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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 22:38

Dans l’Evangile de Matthieu au chapitre 14 verset 13 à 21

L'ayant appris, Jésus se retira en barque dans un lieu désert, à l'écart ; ce qu'apprenant, les foules partirent à sa suite, venant à pied des villes.

En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié ; et il guérit leurs infirmes.

Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : "L'endroit est désert et l'heure est déjà passée ; renvoie donc les foules afin qu'elles aillent dans les villages s'acheter de la nourriture."

Mais Jésus leur dit : "Il n'est pas besoin qu'elles y aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger" -

"Mais, lui disent-ils, nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons." Il dit :

"Apportez-les-moi ici."

Et, ayant donné l'ordre de faire étendre les foules sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit, puis, rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent aux foules.

Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta le reste des morceaux : douze pleins couffins !

Or ceux qui mangèrent étaient environ 5.000 hommes, sans compter les femmes et les enfants.

Et aussitôt il obligea les disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules.

Et quand il eut renvoyé les foules, il gravit la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.

 

Le texte débute par une information que Jésus apprend : l’arrestation de Jean-Baptiste. Cette notation est-elle importante ? Oui, parce que cela nous montre comment Jésus réagit à un événement : il monte dans une barque, il se retire dans un lieu désert pour être à l’écart. Un autre découpage liturgique de ce texte aurait davantage mis en valeur cela. En effet après que la foule eut été rassasié, le texte nous indique une réaction similaire de Jésus : il ordonne aux disciples de monter dans une barque sans lui, il renvoie la foule, il gravit la montagne, il se met à l’écart pour être seul et prier. Le point commun de ces 2 réactions est un choix de solitude. C’est une même réaction devant deux événements opposés. Le premier est l’événement tragique de l’arrestation de Jean, l’échec que cela représente, la tristesse de la mort d’un ami, le danger de mort qui se profile. Le second est l’événement heureux d’une foule rassasiée, donc une réussite.

Echec et réussite provoque en Jésus la même réaction, la même attitude, la même décision : solitude et prière. Regardons sa manière de réagir. Elle nous indique un chemin de vie. Nous avons besoin de temps de solitude pour nous laisser interroger par les événements, pesez les décisions à prendre, pour ne pas être déstabilisés par les échecs ou tromper par les réussites. Solitude et prière qui ouvre un chemin dans ce qui est obscur ou lumineux dans nos vies. Solitude habitée puisqu’elle est écoute, parole, dialogue avec un autre. En fait, tout bien considéré, espace pour aimer et se laisser aimer par Dieu. Ce faisant, Jésus, débarquant, vit du même amour. Il aime en n’étant pas aveugle sur cette foule en attente de lui. Il aime en étant bouleversé devant cette foule et en les guérissant. Il aime ses disciples en les faisant partenaires de son action, d’abord par l‘accueil de leurs pauvres 5 pains et 2 poissons et ensuite en les faisant serviteurs d’une abondance à partager. Il aime celui qu’il appelle Père et qu’il sait trouver au cœur de l’action par la bénédiction, source d’une telle fécondité qu’elle nourrit toute une foule. Arrêtons-nous à cette bénédiction. Bénédiction du pain ? Oui mais à travers ce pain, bénédiction de la pauvre offrande des disciples. C’est lui qui l’a suscité par sa question mais c’est eux qui en ont fait l’offrande. Et à l’instar de la pauvre veuve qui a donné tout ce qu’elle avait pour vivre, Jésus bénit ce pain de leur pauvreté. Pauvreté offerte et bénédiction de Jésus font le miracle de nourrir une foule. Quelles sont mes pauvretés à offrir à la bénédiction du Christ pour qu’il en fasse abondante nourriture ?

 

 

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Published by aubonheurdedieu-soeurmichele - dans Homélies de Soeur Michèle
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commentaires

Alice Damay-Gouin 05/12/2013 14:26

Merci à ce voyageur qui a fait ce merveilleux commentaire, en disant ce que provoque en lui ce texte;"Donnez leur vous-mêmes à manger". Cela a été oublié du temps où l'on récitait le Benedicite:
"et procurez du pain à ce qui n'en ont pas"... Heureusement il a été retraduit par "aide-nous à procurer du pain..." Merci à vous , Michèle, qui a commencé par m'agacer. L'éloge de la solitude
m'irrite puisque pour la hiérarchie, cela est toujours mis en avant! Pour ma part, je préfère la joie de la rencontre, ma soif du partage. Mais cela a même paru suspect à mon ami Théophile! J'avoue
que j'ai aimé "solitude habitée puisqu'elle est écoute, parole, dialogue avec un autre". ce que j'ai appelé "ma respiration"! Merci et joie
Alice

le Voyageur 05/12/2013 12:08

Votre billet est intéressant. Un peu conventionnel toutefois. Il est vrai que j'ai toujours de la difficulté avec la phraséologie chrétienne, n'appartenant pas à cette religion, ce qui ne m'empêche
pas de croire au Dieu de Jésus. Ce qui veut dire que votre question, posée à la fin, « ne me parle pas ». Si elle était formulée en langage clair et commun, j'y comprendrais peut-être quelque
chose… Mais bon, votre blog doit probablement s'adresser aux adeptes.

Pour ma part, ce qui fait choc dans le texte de l'Évangile, c'est cette phrase :
— donnez-leur vous-même à manger.
Je vois là combien Jésus a foi dans l'homme, combien il croit en lui, en ses capacités insoupçonnées, son potentiel, ses valeurs, sur lesquels l'être humain aurait tendance à s'endormir… Manquant
de foi en soi et de foi en celui qui suscite la vie qui l'anime.
Jésus suscite un énorme sursaut dans ses disciples et dans cette foule. Plutôt que d'offrir des pauvretés, il propose d'offrir des richesses insoupçonnées. Alors bien sûr, il faut qu'il les secoue
un peu, qu'il aille susciter ce fond d'eux-mêmes vu qu'ils n'ont pas vraiment compris cette dynamique, ou plutôt n'y ont pas cru, et que la sagesse populaire formule ainsi :
« quand il y en a pour trois il y en a pour quatre ».
Et comme Jésus ne fait pas des tours de magie, par respect pour l'homme et la création, on peut penser que chacun, dans la foule, avait bien un petit quelque chose au fond de sa poche…
Il est là le miracle : susciter le partage. Faire qu'il réussisse.

Mais bon, je ne suis pas un chrétien patenté pour exprimer ce que je crois…