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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 18:10

 

Dieu, en la personne de son Fils s’est fait homme.

La parole de Dieu s’est faite chair : « le Verbe s’est fait chair », du prologue de l’Evangile de Jean.

Révélation de Dieu qui est une révolution.

L’absolu qui est Dieu entré dans la finitude, la petitesse, la vulnérabilité, le temps, l’histoire : il n’y a qu’à regarder le petit enfant de la crèche.

Le Tout-Autre que nous, le tout différent de nous devient le même que nous.

Pourquoi ?

La réponse, je vais la prendre chez St Irénée :

«  à cause d’un surabondant amour »

Un amour qui se réalise

-en s ‘approchant de nous

-en se tournant vers nous

-en partageant notre vie

-en s’engageant à nos côtés à ses risques et périls.

Si on veut résumer cette révolution qu’opère l’Incarnation, on peut dire que Dieu s’y révèle : DIEU POUR NOUS

Un Dieu qui s’approche de nous en nous respectant profondément, en douceur, en respectant notre rythme, nos lenteurs, nous prenant là où nous sommes pour aller plus loin, pour nous accoutumer peu à peu à recevoir Dieu

 

Mais il faut aller encore plus profond dans le pourquoi.

Pourquoi cette proximité ?

Parce que Dieu nous cherche. Dieu est chercheur d’humanité.

Dieu est en recherche, comme le berger à la recherche de sa brebis

Il y a dans l’Incarnation, un objectif de salut, la brebis de la parabole se perd et c’est le Christ qui va la chercher, la rejoindre, la ramener dans la communion avec Lui.

L’autre texte évangélique qui dit bien la raison de l’Incarnation comme acte sauveur,  c’est la parabole du bon samaritain

Le Christ est comme ce samaritain qui descend de Jérusalem= de Dieu pour rejoindre l’homme blessé par le péché, le soigner et le confier à la Communauté représentée par l’aubergiste.

 

Enfin Dieu est en recherche pour une communion, une amitié à nouveau possible, un partage où chacun donne et reçoit.

Dieu en quête de l’homme pour nous  faire partager sa vie.

Mystère d’un échange :

- Dieu qui reçoit la vie humaine par Marie

- L’homme qui reçoit la vie divine par le Christ.

 Là ce mystère de l’incarnation va jusque l’inouï :

Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu.

Le but ultime de l’Incarnation, c’est, comme le dit l’apôtre Pierre : « pour que nous devenions participants de la nature divine »

Pour une amitié où chacun donne et reçoit

Pour un partage où chacun donne et reçoit

L’Incarnation a pour but de nous faire réaliser notre vocation  à tous qui est vocation à la communion avec Dieu.

Révélation de Dieu et révélation de ce que nous sommes vraiment, aimé-es de Dieu, appelé-es à une amitié et une communion sans fin avec Lui.

Cela est irréalisable sans le Christ. C’est réalisé en Lui :

L’Incarnation réalise une solidarité irréversible entre l’homme et Dieu, une union que rien ne peut briser.

L’Incarnation réalise une humanité accomplie, selon le cœur de Dieu. Jésus est l’humain accompli, l’humain dans sa vérité.

L’Incarnation ouvre un chemin pour tous : suivre Jésus, mettre nos pas dans Ses pas, se mettre à Son école, accepter de nous laisser guérir par Lui, c’est s’humaniser de plus en plus, c’est se réaliser, accomplir notre humanité dans sa vérité.

Plus nous devenons compagnon de Jésus, plus nous devenons ce que nous sommes, nous nous réalisons, nous nous accomplissons.

 

Je termine par un dernier point

Tout à fait spécifique au judéo-christianisme

Dieu communique avec nous selon un langage humain, toujours selon une médiation humaine. La révélation passe par de l’humain.

Il n’y a pas de parole divine sans parole humaine.

Et le sommet c’est cette Parole de Dieu incarnée dans une existence humaine, celle de Jésus. Ce qui fera dire à St Jean de la Croix, mettant dans la bouche de Dieu cette phrase : « j’ai tout dit en mon Fils Jésus »

Tout est pour nous, le Christ est pour nous, jusqu’au don absolu qui est Sa vie livrée, Son Eglise qui est Son corps visible, Son Incarnation continuée dans les sacrements qui sont Ses actes sauveurs dans l’aujourd’hui de nos vies.

 

 

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 12:33

Comment rencontrer Dieu ?

Ce qui vient spontanément ce peut être : on peut le recontrer dans sa parole, dans l’oraison, dans les sacrements, dans les autres, dans la création…

Et on oublie un autre lieu d’accès à Dieu qui est soi-même.

Un des lieu d’accès à Dieu, c’est moi-même. Une des portes, c’est aussi moi-même.

Pour que vous ne pensiez pas que je suis dans la totale hérésie, je vais vous citez 1 texte biblique fondamental que vous connaissez par cœur : Gn 1/27

« Dieu créa l’Homme à son image

à l’image de Dieu, il les créa

homme et femme il les créa »

ou encore regardez une sculpture de la cathédrale de Chartres : le Christ créant Adam, le visage d’Adam ressemblant à celui du Christ.

Le modèle, le prototype, c’est le Christ et chacun-e de nous est fait à son image, lui ressemble.

Je crois qu’on ne prend pas assez conscience de ce qui est dit là dans ce verset de la Genèse et si bien représenté par cette sculpture.

Ce que Dieu a, il me le donne, ce qu’il est, il me le donne et quand je perd ce qu’il me donne à cause du péché, il continue de me le redonner, sans se lasser jusqu’au jour définitif ou le péché n’existera plus et qui est ce qu’on appelle le Ciel où Dieu pourra se donner sans refus de ma part.

 

Cette création à son image n’est pas une action du passé, c’est ici et maintenant pour chacun-e que Dieu nous crée.  En  en ce moment, il nous crée, c’est un acte définitif, à jamais, un don qui ne se reprend pas, Dieu ne reprend jamais ses dons.

Prendre conscience que j’existe, c’est prendre conscience de Dieu qui ne cesse de me créer. J’existe par don.

Donc la première rencontre avec Dieu, c’est tout simplement goûter la vie qui vient de lui.

Goûter, la vie, la recevoir comme un cadeau. Vivre le moment présent : se rendre compte de l’inouï du cadeau : je vis, je marche, je vois, j’entends, je parle, etc.

Tout cela est rencontre de Dieu. A travers ses dons, je rencontre le donateur. En goûtant ces dons, je fais plaisir au donateur

 

Savoir goûter les choses les plus habituelles de notre vie, c’est faire eucharistie, rendre grâce à Dieu. Aimer la vie, c’est louer Dieu.

 

Il me semble qu’une des formes du témoignage chrétien aujourd’hui, c’est la joie. On demande des chrétiens joyeux.

La joie extérieure n’est pas toujours possible et nos vies sont traversés comme tout le monde par la souffrance, le malheur, la maladie mais elles sont  traversées au plus profond par une joie dont Jésus nous assure que nul ne peut nous ravir.

 

La source de cette joie c’est notre foi.

Je suis aimé-e d’un amour inconditionnel.

Je n’ai rien à prouver, je n’ai rien à mériter, tout m’est donné.

 

La seule chose à faire c’est d’accueillir le don, de se laisser aimer, de se laisser sauver, de se laisser faire.

Tel-le que je suis , je suis aimable au yeux de Dieu.

Vous pouvez peut-être penser qu’il a mauvais goût mais cela ne changera rien à l’affaire, vous ne changerez pas son choix, sa décision de vous aimer !

Quelque soit l’idée que vous vous faites de vous-même, lui, Dieu ne changera pas d’idée : vous êtes à jamais le, la disciple qu’il aime. Vous avez reconnu l’expression qui est en St Jean : « le disciple que Jésus aimait ». On ne dit pas le nom de ce disciple pour une raison simple : ce disciple c’est chacun-e de nous, et son prénom, c’est le nôtre.

La rencontre avec Dieu la plus immédiate c’est bien nous-même

S’accueillir comme il nous accueille, se voir comme il nous voit, s’aimer comme il nous aime, se recevoir comme il nous reçoit

C’est à dire : se vivre, se comprendre, s’estimer comme

-désiré-e du cœur de Dieu

-d’origine divine sortant à chaque instant de ses mains

-non pas le fruit du hasard destiné-e au néant mais le fruit d’une volonté aimante faite pour la vie éternelle.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 09:53

 

Quel accès à Dieu par Jésus-Christ pour tous ceux qui ne sont pas chrétiens ?

Cela englobe tous ceux qui ont vécu leur vie humaine avant le Christ, ceux qui n’ont pas été rejoints ne serait-ce même par la connaissance de son existence, mais aussi ceux qui honnêtement ne peuvent pas croire.

On peut répondre qu’ils ont accès à Dieu par leur propre humanité. Cela demande d’aller jusqu’au bout de la logique de l’incarnation et de celle de la création.

Hommes et femmes images de Dieu sont tous et toutes des Adam créé-es à l’image de Celui qui est l’image par excellence,  Parole du Père, Logos de Dieu. « Qui me voit et voit tout homme, toute femme, voit le Père ».

Bien sûr, image voilée, souvent blessée et défigurée mais image qui reste gravée de manière indélébile.

L’Evangile de Matthieu en a fait la démonstration incontournable dans son chapitre 25/31-46  par la question suivante : « Quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de t’avoir désaltéré, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade et prisonnier et de venir te voir ? » Et sa réponse : « dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Ces versets sont souvent cités dans l’œuvre de Rahner. En effet, pour lui, du fait qu’il y a humanité, il y a événement d’une « autocommunication ». Dieu s’est lui-même toujours et partout communiqué à tout homme comme le centre le plus intime de son existence, l’investissant de grâce et de responsabilité. Dieu toujours à l’œuvre là où l’homme existe comme homme (sujet, liberté, responsabilité), dès toujours, ontologiquement orienté vers le Dieu d’absolue proximité. Même dans la faute, l’homme a conservé sa nature car la faute est dès toujours englobée et dépassée par la volonté de Dieu de se communiquer lui-même en vue de Jésus-Christ.

 

Plutôt que de penser comment l’homme a accès à Dieu, il y a à penser comment Dieu a accès à l’homme. Mais n’est-on pas là dans l’originalité du christianisme ? Non religion de l’effort de l’homme pour accéder à Dieu. Effort vain, voué à l’échec, source d’orgueil et d’intolérance pour ceux qui se croient arrivés. Mais plutôt, initiative de Dieu pour nous rejoindre, déjà là dans l’acte créateur, accomplie dans l’incarnation qui nous donne un visage humain à contempler.

 

Le christianisme est donc l’inverse du religieux. On pourrait « dessiner » cette différence ainsi :

Le chemin religieux, c’est comme un triangle avec une pointe en haut, l’humanité est en bas et doit, pour avoir accès à lui, monter vers Dieu par son effort.

Et à mesure que l’on monte, le schéma montre un rétrécissement : de moins en moins de gens y parviennent. On en « perd en route »…

 

Dans le chemin chrétien, au contraire, la pointe du triangle est en bas et  le Dieu Trinité est en bas, en position de serviteur. Il n’est non pas le Très-haut mais le Très-Bas (à genoux, lavant les pieds tel que nous le montre l’Evangile de Jean au chapitre 13/1-20). C’est la Trinité qui fait tout le chemin et à mesure qu’Elle monte vers l’humanité, Elle nous rejoint tous et toutes.

Le Dieu qui peut toucher les cœurs des hommes et des femmes d’aujourd’hui n’est pas le Dieu en surplomb mais le Dieu « en humble place » ( Exercices spirituels n°144).

 

Demeure une question vive : quelle figure doit offrir l’Eglise, en sa structure institutionnelle comme en chacun de ses membres, pour rendre plus effectivement visible cette "humble place" dans l’aujourd’hui de l’histoire ?

 

K.RAHNER, traité fondamental de la foi, 5ème étape

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 23:27

Jésus-Christ donne accès à Dieu au fil d’une histoire qui rejoint nos vies jusqu’au bout.


Ce jusqu’au bout est celui de la mort. Il est passé par la mort comme chacun de nous y  passe.

Il est donc accès à Dieu passible et non impassible. La proximité (évoquée dans l'article 8 des fondamantaux) va jusqu’au bout de la relation, jusqu’à cet extrême de nos vies qu’est la mort.


Rien de ce qui fait nos vies, la naissance et la mort, ne lui sont étrangers. Dieu d’infinie proximité. Dieu avec nous.


De plus, la mort est violente et injuste. Elle dénonce toute injustice. Le Dieu crucifié est jugement contre toute injustice. Dieu, victime de l‘injustice, est dénonciation de toute injustice.

 

Par la croix qui est le jusqu’au bout de la proximité, Dieu souffre. S’il n’était pas ce Dieu là Dieu resterait distant, froid, silencieux ».

Pour Moltmann, il y a obligation  de découvrir Dieu lui-même dans la passion du Christ et la passion du Christ en Dieu.

Penser la passivité active qui est libre ouverture à l’affliction d’autrui, souffrance de l’amour passionné parce que « si Dieu était à tout point  de vue incapable de souffrir, il serait aussi incapable d’aimer… Dieu ne souffre pas comme la créature par manque d’être. En ce sens il est impassible. Il souffre cependant par son amour qui est la surabondance de son être. En ce sens il est passible. ».


Et la résurrection est promesse, par un « déjà » survenu,  d’un avenir ouvert pour tous, d’un accès à Dieu dans le définitif de nos vies. Arrhes d’une promesse qui nous fait aspirer à en vivre en plénitude.

P 38 et 39

C.E. ROLT, The World’s Redemption, London 1913, p 95, cité par J.Moltmann, Trinité et royaume de Dieu, p 48

J.MOLTMANN, Théologie de l’espérance, Cerf, p350-354

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 23:56

Jésus-Christ donne accès à Dieu au fil d’une histoire qui rejoint nos vies

Joseph Moingt écrit : « Ce Dieu qui est mort  n’est donc pas authentiquement, malgré son origine chrétienne,  celui qui s’est révélé en Jésus, c’est le Dieu de la religion et de la raison, dont la tradition chrétienne avait revêtu le Dieu de Jésus ».

Quelle est l’image de Dieu qui ne peut que provoquer rejet et indifférence ? Quelle image à partir des Evangiles revisités peut à nouveau intéresser l’homme d’aujourd’hui, lui ouvrir des chemins de salut ?

Que disons-nous quand nous disons Dieu, de son accès par Jésus-Christ qui soit bonne nouvelle de salut ?

Cet Evangile revisité, bonne nouvelle, Joseph Moingt nous en livre une esquisse quand il s’interroge sur ce qui a pu étonner les contemporains de Jésus. Ce texte montre l’originalité de l’accès à Dieu inauguré par le Christ, un accès qui est bonne nouvelle de salut pour l’homme d’aujourd’hui.

En suivant le texte de Joseph Moingt, voici ce qu’il me semble possible de repérer. Joseph Moingt fait une relecture du récit évangélique. La bonne nouvelle de l’Evangile se présente sous forme de récit. L’accès à Dieu par Jésus-Christ n’est pas un discours, mais une vie racontée. Vie racontée selon des intentions théologiques, des schémas de récit, mais qui reste en style narratif. Jésus, ça se raconte. Vie racontée et interprétée de manière différente selon les époques. La relecture qu’en fait Joseph Moingt est sur fond d’une situation de modernité, d’un monde d’indifférence à la question de Dieu. L’accès à Dieu par ce récit évangélique peut dire quelque chose de pertinent pour l’homme d’aujourd’hui, d’abord parce qu’il est récit. Pourquoi ? Le récit d’une vie (même théologisé et normé comme le sont les Evangiles) rejoint nos vies. Il est question de naissance, d’actions, de paroles, de relation, de conflit, d’amitié, de souffrance, de repas, de mort, d’amour, de vie, d’espoir … et de ce fait le récit rejoint les questions fondamentales de la vie humaine. L’accès à Dieu par Jésus se dit au cœur d’une vie humaine et donc peut rejoindre les nôtres.

Les rejoindre, mais pour quoi ? Pour les libérer de ce qui les empêche d’être humanisées et humanisantes. Joseph Moingt remarque que les miracles de Jésus décrivent des situations symboliques sur le côté nocturne de notre vie : ce qui est lié au mal, à la souffrance, à la mort et met Jésus en contact avec des gens confrontés au tragique de l’existence : mort, maladie, pauvreté, injustice du sort, et de ce fait « exclus ». C’est la parole de Jésus « par l’intensité de la relation qu’il nouait avec tous ces exclus qui leur donnait la force de briser les chaînes de leur destin qui entravaient leur liberté. » Ce récit rejoint nos vies pour les transformer, pour les libérer de ce qui les entrave. Le fait de donner des textes de guérisons pendant des retraites spirituelles montre bien la force de transformation dont ces textes aujourd’hui sont porteurs : guérison spirituelle de surdité, de mutisme, de paralysie… Nous sommes ici au cœur d’une expérience de salut. Ce symbolisme nous est accessible car nous pouvons pressentir que notre propre destin y est représenté : « La parole de Jésus est porteuse pour nous aussi d’un message et d’une force de libération ».

Egalement par  la clarté libératrice de son enseignement : « Il rendait possible à tous les humains un avenir différent, ouvert à une communication libre et fraternelle entre tous, parce qu’il défendait la cause des opprimés, se faisait le partenaire de ceux qui n’avaient pas d’interlocuteur et rendait la parole à ceux qui en étaient dépossédés ».

Son enseignement peut être synthétisé par le mot de Royaume. Sa manière d’en parler donne à voir ce que Dieu veut. Quand un scribe lui déclare qu’aimer Dieu et le prochain vaut mieux que tous les sacrifices et les holocaustes, Jésus lui répond qu’il n’est pas loin du Royaume Mc12, 34. Un royaume qui n’est refusé à personne.

L’Evangile de Marc commence par cette déclaration de proximité : « le royaume de Dieu est tout proche » Mc 1,15. Proximité du Royaume non pas temporelle mais dans  « l’horizon de l’existence de chaque jour ». Non pas refoulée dans le futur mais déjà là en toute occasion. Royaume déjà à l’œuvre dans l’histoire et dans les cœurs comme une semence.

Les images employées dans les paraboles prouvent cette proximité dont personne n’est exclu. Des images de la vie quotidienne comme la lampe, la mesure de farine, la pièce d’argent, la brebis, la semence. Un royaume fait d’événements courants et non pas dans un hors-monde ou dans un espace pensé comme sacré, séparé du profane. Par ce royaume donné comme proche, c’est la compréhension même de l’accès à Dieu qui est présentée. Un Dieu qui se trouve et se laisse trouver dans la vie humaine la plus simple quand elle est porteuse de vie, de croissance.

Qui a entendu ces paroles a entendu Dieu, qui a vu celui qui les disait et qui les vivait a vu Dieu car son « Message est inséparable de sa personne »

Actes et paroles de libération qui interrogent sur son identité. Qui est-il ? Lui-même posera la question : « Pour vous qui suis-je ? » La question de Dieu est donc à poser, en régime chrétien, au cœur de la vie humaine de Jésus. La vie humaine de Jésus est accès auprès de Dieu. Jésus dit Dieu par sa vie humaine. « Qui m’a vu a vu le Père ». C’est sa vie qui nous dit Dieu et nous donne accès à lui, dans une connaissance qui ne peut qu’être expérience d’un « suivre ». Il nous dit Dieu par l’originalité de sa propre expérience de relation avec celui qu’il appelle Père, par la manière singulière, marginale, de se situer face à Dieu : un lien de réciprocité qui a questionné et peut continuer à questionner. « Qui donc est Dieu pour lui et qui est-il en vérité pour tous les hommes si Dieu trouve en lui sa vraie manifestation ? » Il nous dit Dieu et nous ouvre un chemin d’accès à lui. Il parle et fait expérimenter par son attitude même un Dieu miséricordieux. Il donne à voir un Dieu non de vengeance mais de  pardon, qui aime qu’on lui fasse confiance, qui aime pardonner, donner, accueillir les petits. Voici les constantes de l’image de Dieu qu’il donne à voir.

Ce qui est donné à voir est une vraie révolution religieuse : c’est un Dieu qui sort des catégories du religieux. (le rituel, le sacrifice, la délimitation d’un espace sacré, la démarcation entre le pur et l’impur). Joseph Moingt développe cette sortie du religieux qui change justement les codes d’accès à Dieu. Cela me semble d’autant plus pertinent que cette sortie du religieux est aussi, par là même, contestation de tout religieux sécularisé et peut donc éclairer l’homme incroyant sur son comportement.

J. MOINGT, Le Dieu qui vient à l’homme, tome 1, Cerf, 2002, p 276

Joseph Moingt, l’homme qui venait de Dieu, Cerf, 2002, le prologue p21-69

Idem p. 47

P 48

P 47

P 60

P 58

P 57

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 10:40

C’est très important de prendre conscience des fausses images que nous faisons de Dieu, des représentations qui proviennent de notre imaginaire, qui n’ont rien à voir avec la réalité, dans l’Ancien testament, on appelle cela des idoles et nous en avons tous.

Je vais donner quelques exemples pour bien me faire comprendre :

-dieu qui se cache au coin de la rue pour me prendre en flagrant délit de faute.

-dieu qui voit tout (cette représentation de Dieu est à l’origine de l’athéisme de Simone de Beauvoir, on voit cela dans son livre Mémoire d’une jeune fille rangée)  à qui rien n’échappe pour mieux m’accuser.

-dieu qui tient notre destin dans ces mains et donc a écrit sur son grand livre ce que je dois faire, sinon ce sera le malheur pour moi.

-dieu paratonnerre, qui moyennant quelques sacrifices, me protégera des souffrances de la vie ;

-dieu puissant qui impose sa loi de fer etc.

On peut allonger la liste, les exemples donnés sont des caricatures, mais nous n’en sommes pas indemnes et elles peuvent s’insinuer en nous sans qu’on y prenne garde.

 

L’enfant qui nait à Bethléem me guérit peu à peu de ces fausses images. Peu à peu parce que nous sommes lents à se laisser convertir, à quitter nos fausses représentations.

 

Il nous faut longuement regarder ce vrai visage de Dieu qui se donne à voir dans la fragilité de cet enfant.

L’Eternel qui est Dieu entre dans notre histoire en se faisant petit enfant.

C’est une révolution de l’image de Dieu, c’est une subversion, une contestation radicale.

Un enfant qui ne sait pas encore parler et qui pourtant nous dit simplement par ce qu’il est : « Je ne suis pas ce que vous croyez, regardez-moi et vous saurez qui est vraiment Dieu. »

Regardons…Dieu est un petit enfant.

Il nous aime le premier, il nous rejoint dans notre histoire : il se fait petit, vulnérable, à la merci de tous, ayant besoin de tous. On peut le prendre dans ses mains,  on peut en faire n’importe quoi. (Et on en a fait n’importe quoi…jusqu’à le clouer en croix)

 

Et ce n’est que le début du dévoilement du vrai visage de Dieu.

Dieu a voulu vivre cela. Pour quelle raison ?

1- Il veut nous dire : Voilà ce que je suis, croyez ce que je vousdis de moi et renoncez à vos fausses images.

2-Il veut nous dire aussi : chassez toute crainte, allez à ma rencontre comme les bergers et les rois mages en toute confiance et en toute joie.

 

On peut relire les 4 Evangiles avec cette clé de lecture :

En Jésus on découvre Dieu à l’écoute des gens, Dieu proche de toutes et de tous, Dieu qui propose, qui appelle, qui suscite la liberté, et jamais ne s’impose, Dieu qui pardonne, Dieu qui guérit.

 

Peut-être la prière à faire pour chacun-e de nous, c’est de se mettre devant cet enfant,de le regarder et de lui parler :

« Dis-moi mon Dieu quel amour de moi a pu te conduire à cette fragilité, cette vulnérabilité ?  Guéris les fausses images que je peux encore me faire qui sont des poisons pour ma vie et une offense à ton vrai visage. »

 

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 22:06

 

St Paul dans une de ses épitres nous qu’il existe 2 périodes dans notre vie de foi : la période du lait et la période des nourritures solides. Le lait quand nous sommes enfant, les nourritures solides quand nous devenons adultes. Le risque, c’est de se contenter d’une nourriture d’enfant, c'est-à-dire de ne jamais grandir. Pourtant, pour des parents dignes de ce nom, leur désir c’est de voir grandir leurs enfants, pour que peu à peu, ils puissent avoir une relation d’adulte à adulte, d’égal à égal, de réciprocité.

Quelle part dans ma foi est encore « infantile », quelle part est adulte ?

La part infantile de la relation à Dieu : penser Dieu comme celui qui va agir à notre place, celui dont il faut se concilier les bonnes grâces, celui qui récompense et qui punit. C’est le dieu des religions, en fait un dieu comme un Maitre à qui il faut obéir sinon il nous arrivera du malheur. On a un exemple de cela dans l’Evangile quand on demande à Jésus pourquoi cet homme est né aveugle. Est-ce à cause du péché de ces parents ? Poser cette question, c’est penser que Dieu punit lé péché des parents par la cécité de leur enfant. N’est-ce pas la même attitude quand quelqu’un dit encore aujourd’hui : Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive cette tuile ? » . Attitude infantile qui nourrit la peur, la méfiance, la servilité.

La part adulte est à l’image de celle que nous avons vis-à-vis de nos parents quand la relation est juste. Relation d’égale à égale faite d’amour réciproque où l’un n’est pas supérieur à l’autre dans une juste reconnaissance pour la vie reçue d’eux et non pas comme une dette qu’il faudrait payer sans espoir de  pouvoir la solder .

Ignace de Loyola définit l’amour entre Dieu et nous comme une communication réciproque : c'est-à-dire que celui qui aime donne et communique ce qu’il a …à celui qu’il aime ; et de même à l’inverse celui qui est aimé à celui qui l’aime » (Exercices spirituels n° 231)

Nous sommes dans ce texte en parfaite égalité : Dieu est celui qui aime et qui est aimé et nous sommes ceux qui aimons et qui sommes aimés. L’amour consiste dans le don mutuel, réciproque.

C’est bien en cohérence avec Jésus lui-même. Il s’agit d’accueillir l’Evangile en le dépoussiérant, en lui retrouvant sa force libératrice. Il faut vraiment réaliser que quand Jésus dit : «  Je ne vous appelle pas serviteur, je vous appelle AMI » il opère une révolution dans la conception des rapports de Dieu avec l’humanité.

 

Cela fait comprendre autrement le sens de la mort du Christ. Il a été crucifié car son message était insupportable à certains, à ceux qui tirent profit et pouvoir de l’attitude infantile et servile que peut véhiculer toute religion. L’horizontalité de la relation amicale conteste de soi une hiérarchie où certains seraient détenteurs d’un pouvoir sacré et d’autres exclus. Non tous amis donc tous ayant accès à Dieu dans un esprit de liberté, de confiance.

L’attitude adulte, c’est donc d’être debout devant Dieu-Ami, marchant ensemble sur le même chemin, parlant ensemble ou encore assis l’un à côté de l’autre parlant et écoutant à tour de rôle.

 

Cela amène un critère de discernement. Comment je me situe devant Dieu ? Comme un ami pour son ami ? Passer ses attitudes de foi à ce tamis. Par exemple, quand je demande quelque chose à Dieu, est-ce ce que je le demanderais à un ami ? Sa présence, oui, son aide morale, oui, pouvoir lui parler pour que ce partage m’éclaire sur une décision, oui ; mais pas de décider à ma place ( attitude infantile), pas de manière magique pour que mon problème soit résolu.

 

Il y a des prières de demande qui relèvent d’une foi adulte et d’autres qui sont infantiles. Par exemple :

La foi adulte demandera: « Donne-nous la force de ton Esprit pour partager, donner de notre temps »

La foi infantile demandera : « Procure du pain à ceux qui n’en ont pas »

La part infantile en nous est à purifier. La part adulte est toujours à approfondir.

 

 

 

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 16:14

 C’est une notion qui demande vraiment qu’on précise ce que cela veut vraiment dire.

Il y a des fausses conceptions de la volonté de Dieu comme il y a des fausses images de Dieu.

Une manière de progresser dans la vie spirituelle est de démasquer ces fausses conceptions et ces fausses images. Il y a à les démasquer car elles nous empêchent de progresser, elles paralysent, elles alimentent la méfiance envers Dieu ou la peur ou même le refus.

 

Une fausse conception de la volonté de Dieu

Cela peut se dire ainsi : Dieu aurait de toute éternité décider ce que je dois être et faire ; par exemple, il aurait décidé que je dois me marier ou devenir religieux ; ou que je dois faire telle ou telle profession.

C’est une fausse image : Dieu devant un grand livre avec nos noms et en face, la décision de Dieu.

Non, 3 fois non.

Pourquoi cela ne peut pas être cela ?

-Parce que cela induit une image d’une volonté arbitraire de Dieu. Une sorte de caprice, pourquoi l’un et pas l’autre ? Il y a derrière cette conception une image d’un monarque absolu dont les décisions ont force de loi.

Il n’y a plus de liberté, il y aurait seulement  à chercher ce que Dieu veut sans que de mon côté, il puisse y avoir un quelconque désir.

-C’est faire de Dieu, en fait, un mauvais parent, vous savez de ceux qui veulent à tout prix que leur fille fasse telle profession, ou que leur fils fasse le même métier que lui etc…

Le bon parent, au contraire, après avoir donné le meilleur de soi pour que son enfant grandisse, lui dira : je n’ai pas de plan sur toi, tu n’as pas à recevoir de moi tes choix : invente ta vie.

Dieu serait-il un moins bon parent que le meilleur d’entre nous ?

-Parce que c’est source d’angoisse. En effet comment vais-je découvrir cette volonté écrite de toute éternité. Qui me la dira ? Et si je me trompe ? Si je ne choisis pas ce que Dieu a choisis pour moi ? Si je choisis d’être une chose alors que Dieu aurait décidé autre chose pour moi ? Quelle horreur !

 

En disant cela, je vous donne un principe de discernement sur nos pensées sur Dieu.

Ce principe est le suivant : est-ce que penser de cette manière fait honneur à Dieu ou pas ?

Ici cela ne lui fait pas honneur puisque cela l’assimile à un parent autoritaire qui veut imposer sa volonté.

Mais aussi est-ce que cela fait rend honneur à notre humanité ? Si nous pensons que Dieu décide à notre place et si d’une certaine manière nous préférons qu’il décide à notre place, nous sommes dans une attitude infantile.

 

Mais alors ne veut-il rien ?

Il veut que nous inventions pour nous et pour les autres des chemins de bonheur, de justice, de liberté, de paix, de partage mais c’est à nous de les inventer, de les construire avec d’autres. Il ne nous dit pas : « tu dois » mais tu peux le faire. Ce qu’il veut, c’est que nous vivions à plein.

Il ne veut pas d’homme et de femme qui ne voudraient pas grandir, mais des femmes et des hommes debout, qui prennent en main leur vie, prennent des décisions, qui osent risquer.

De ce point de vue la parabole des talents nous dit bien cela. Le maître confie toute sa fortune et ne donne aucune consigne pour la faire fructifier. C’est à nous d’inventer pour que le don s’épanouisse en vie plus grande pour nous et les autres. Et quand le maître revient, les 2 premiers disent : voilà ce que tu m’as donné (donc la reconnaissance du don qui a été fait) et voilà ce que j’ai gagné ( reconnaissance des fruits recueillis de son initiative) Mais encore faut-il avoir conscience du don qui nous est fait.

 

Mais alors comment décider ? Comment décider si ce n’est pas une parole extérieure à moi-même ?

Justement, en allant à l’intérieur de soi-même. Pour cela, au quotidien, favoriser l’intériorité, se donner des temps pour écouter ce qui se passe à l’intérieur de soi. Se donner des temps de gratuité, de silence, de solitude. Ne pas vivre à 300 à l’heure, dans un tourbillon où l’on se perd. Se donner du temps pour prier en regardant le style de vie de Jésus et son chemin de bonheur. En faisant une retraite spirituelle. Tout cela pour chercher et trouver le désir profond le désir fort qu’il ya en nous. Il peut y avoir des désirs superficiels qui vont nous satisfaire un moment mais qui ne peuvent nous faire vivre profondément. Ils sont à la surface de nous-même. Pour découvrir les désirs profonds, c’est comme désensabler une source, enlever des pierres, creuser profond pour atteindre la source qui va pouvoir jaillir en vraie vie.

 

Il s’agit de sonder son cœur, se rendre attentifs aux mouvements qui l’habite. Et faire confiance à ce qui en nous est porteur des éléments suivants :

 

1 -la perspective de décider telle chose me donne de la paix, de la force tranquille, une joie simple.

2- elle me donne confiance en moi, dans les autres, en Dieu ; elle me met en confiance pour l’avenir.

 

On pourrait aussi dire que la volonté de Dieu c’est que nous l’aimions. Mais pas au sens d’une obligation.

Son amour n’est pas une dette dont on serait forcé de s’acquitter.

Dieu a tout donné. Il attend une réponse, oui, puisque sa décision à lui, c’est de proposer son amour, son amitié. Mais l’amour ne se commande pas et Dieu le sait et il ne veut qu’on l’aime par obligation mais par un vrai désir.

 

Dieu ne peut que se tenir à la porte, ne peux dire que : « veux-tu ? » Et attendre.

 

 

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 19:12

Cet article a déjà été publié au début de mon blog comme réflexion pour la retraite de l'été. Je le publie à nouveau dans la serie: les fondamentaux de la foi, car il pose une question fondamentale: quelle conception avons-nous de la création?

 

 

 

Nous pensons que le monde n’est pas le fruit du hasard mais d’un désir de Dieu. Dire cela, cela équivaut à dire que Dieu est créateur. Mais comment est-il créateur ? Qu’est-ce qu’il a créé ? Cette question mérite d’être creusée.

Il y a deux modèles :

 

1-Soit il a créé un monde tout fait. Pour employer une comparaison de couture : un monde prêt à porter. Il n’y a qu’à enfiler le vêtement. Ce vêtement il est comme il est, on ne peut rien changer. Il y a un ordre des choses décidé par Dieu.  Un monde tout fait où il n’y a rien à changer, rien à créer, auquel il ne manque rien. Donc dans ce cas l’action humaine est de conserver les choses en leur état. La réponse de l’humain est de rien abimé de ce qui est sorti des mains de Dieu. La liberté s’exerce dans ce cas à pouvoir dire oui ou non à un ordre établi par Dieu. La liberté se fait obéissance à cet ordre dans le oui, elle se fait désobéissance,  révolte et péché dans le non.

*La première  conséquence, c’est que ce monde en soi a peu  d’intérêt puisque rien ne lui manque, qu’il n’y a rien à y faire de décisif qui lui manquerait, il est seulement le lieu d’une épreuve, le lieu où l’on fait ses  « preuves » de l’obéissance ou de la désobéissance.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela justifie. Un Dieu qui impose son modèle à l’exclusion de tout autre. C’est lui qui l’a fait ainsi. C’est un modèle où Dieu impose. Image d’un pouvoir absolu. Image de Dieu comme monarque absolu.

*la troisième  conséquence permet de justifier tous les conservatismes. Les choses de ce monde n’ont pas à être changées  parce que elles sont telles que Dieu les a créés. Cela permet de justifier les instances de pouvoir. De même que Dieu  impose un ordre des choses, il est normal que certains l’imposent aux autres. Que Dieu commande, cela justifie que certains le fassent. Ainsi nous nous faisons une idée de Dieu conforme à ce qui se passe dans nos sociétés ou certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu soit aussi celui qui impose son modèle, justifie que qu’il en soit ainsi dans les relations humaines. Le ciel justifie la terre et la terre est à l’image du ciel. Nous projetons sur Dieu, le style de relations aliénés que nous vivons entre nous

« Les relations sociales basés sur la domination existant entre nous ont servi d’exemple pour concevoir la relation ente les humains et Dieu » Berdiaeff ,De l’esclavage à la liberté p 91

Cette conception du monde et de Dieu sont solidaires.

Dans ce modèle, le péché va s’appelé révolte, désobéissance, refus.

Et ce modèle est pour moi une des raisons de l’athéisme.

 

2-Mais il y a un autre modèle qui dit une autre image de Dieu, de l’humain et de la liberté

Dieu n’a pas créé un monde tout fait mais un monde à faire. Pour continuer la comparaison de la couture : ce n’est pas un monde prêt à porter. Ce sont des  vêtements a confectionné nous-mêmes. Dieu nous offre ce qu’il faut pour coudre mais c’est à nous d’être créatif, d’inventer des formes, des couleurs à l’infini. Ce monde n’est pas tout fait, il est à faire. Et si nous ne le faisons pas il y manquera ce que nous nous seuls pouvons faire, pouvons y apporter. Il ne s’agit pas de conserver un monde préétabli mais de bâtir un monde neuf. La liberté ici est liberté de création où chacun doit inventer son chemin.

Dans ce modèle, la liberté peut produire de l’inédit qui ajoute quelque chose d’original, quelque chose qui manque. C’est une liberté créatrice où tout humain doit inventer son chemin.

Les conséquences sont l’inverse

*La première  conséquence, c’est que ce monde à faire acquiert un intérêt fondamental. Sa création est remise à notre responsabilité. Il lui manque ce que nous arriverons à créer et qui ne serait pas sans nous. Ce que nous y ferons acquière une dimension de décisif. Il est lieu de créativité. La liberté n’est pas une épreuve, elle est condition de création.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela révèle. Un Dieu qui nous fait co-créateur. Il n’impose un modèle. Il ouvre des possibles confiés à notre créativité. Il n’est pas le Dieu qui impose et s’impose, qui dirige. Il crée comme la mer, les continents, en se retirant. Il n’est pas à I’image d’un pouvoir absolu mais son autorité est de celle qui autorise à vivre à plein. Va vers toi-même dira-t-il à Abraham.

*la troisième  conséquence permet de libérer l’initiative pour tous et toutes. Les choses de ce monde n’ont pas à rester telle quelle, elles peuvent et doivent être changées. Le pouvoir est rendu à chacun. Les instances de pouvoir sont légitimes non en soi mais dans la mesure où elles sont au service du progrès, de l’humanisation de toutes et de tous.

Ainsi cette autre idée de Dieu conteste  ce qui se passe dans nos sociétés où certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu ne soit pas celui qui impose son modèle, justifie la recherche de relations humaines basées sur la fraternité et l’égalité, la recherche de relations non aliénés.

Dans ce modèle, le péché va prendre une toute autre tonalité. Il va être plus de l’ordre de l’omission, du désintérêt des choses de ce monde, du non engagement à bâtir ce monde, de tout pouvoir dans la mesure où il empêche l’autre d’exister et d’inventer sa vie librement. Il va se découvrir en se demandant ce qui fait obstacle aux relations fraternelles, faites de respect et d’égalité.

La conversion va se comprendre comme conversion à une autre image de Dieu. Avoir entendu Dieu nous dire : « Va vers toi-même », avoir vraiment entendu cette parole va libérer notre cœur pour pouvoir dire et être pour les autres ce que Dieu fait pour nous. Donc se détourner de ce qui justifie l’injustice, le conservatisme, la domination, l’aliénation et accueillir ce qui nous stimule à bâtir des relations libérantes pour nous et pour les autres.

 

Quel choix faisons nous? Lequel de ces 2 modèles informe nos vies?

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 11:56

 

Un constat : en parlant de Dieu, nous disons il et non pas elle. Nous parlons donc de Dieu au masculin. L’art a globalement utilisé des images masculines pour « peindre » Dieu (Le vieillard barbu de la chapelle sixtine par exemple ). Il y a là une vraie difficulté parce que  Dieu n’est ni masculin, ni féminin. Cependant, on ne peut pas se passer d’image, de mot pour dire Dieu. Ces images, ces mots, nous ne pouvons les prendre que dans notre réalité humaine .Donc en soi employer des images et des mots au masculin est légitime à condition d’employer aussi des images et des mots au féminin.

 

Pour les femmes, il y a un grand avantage à employer des images à la fois masculines et féminines de Dieu. Les images masculines les situent en altérité, aident à se vivre épousée par Dieu. Les images féminines les situent en ressemblance avec Dieu, à l’image de Dieu, c’est à dire que la féminité se situe alors en inclusion du divin et non en exclusion.

Pour les hommes aussi, il y a un grand avantage à employer à la fois des images masculines et féminines de Dieu. Images féminines : cela les situe aussi en altérité face à Dieu, et leur permettrait d’avoir vis à vis de Dieu une plus grande attitude d’affection et de tendresse ( se découvrir épousé par Dieu) et aussi cela aiderait certains à ne pas se prendre pour des dieux !

J’ai employé le conditionnel car ces images féminines de Dieu sont encore loin d’être utilisées.

 

Ces images féminines existent dans la Bible, en petit nombre, certes, mais d’autant plus significatives qu’elles ont réussi à exister dans une culture patriarcale. Ces images, encore aujourd’hui sont peu mises en valeur et quelquefois occultées par les traductions. Elles été bien remarquées dans le livre de Virginia.R. Mollenkott, Dieu au féminin, Centurion, 1990 :

 

1- Dieu comme une mère qui a mis au monde :

-Nous trouvons cela dans la bouche de Moïse quand il se plaint à Dieu que la charge de ce peuple est trop lourde ; Il lui dit :

« Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ?

moi qui l’ai mis au monde ? » Nb 11/11

 

2-Dieu comme une aigle femelle qui protège ses oisillons

« Il l’entoure, il l’instruit, il veille sur lui comme sur la prunelle de son œil, il est comme l’aigle qui encourage sa nichée, il plane au-dessus de ces petits, il déploie toute son envergure, , il les prend et les porte sur ces ailes » Dt 32/6

Pourquoi dire « il » alors que visiblement il s’agit des actions d’une mère-aigle ?

On peut prier ces mots en disant : « elle » pour nous situer devant Dieu qui m’entoure, m’instruit, veille sur moi comme on veille sur la prunelle de son œil, qui m’encourage, qui me prend et me porte sur ses ailes.

 

3-Dieu comme une femme qui est en travail d’enfantement pour libérer son peuple

«Depuis longtemps, j’ai gardé le silence, je me taisais, je me retenais de parler ; comme la femme qui enfante, je gémissais, je soufflais, j’étais haletant… Je conduirai les aveugles sur la route, je les mènerai par des sentiers qu’ils ne connaissent pas. Les ténèbres pour eux deviendront lumière, je leur aplanirai les endroits difficiles, voilà ce que je ne manquerai pas de faire. » Is 42/14 et 16 

 

4-Dieu comme une femme qui n’abandonne pas ses enfants

« Sion disait : Yahvé m’a abandonné, le Seigneur m’a oublié.

Une femme oubliera-t-elle son nourrisson, oublie-telle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ?

Même si celle-là oubliait, moi je ne t’oublierai pas. Voici que sur mes paumes, je t’ai gravé » Is49/15

 

5-Dieu comme le sein maternel

Ici il faut faire un peu d’hébreu. Quand dans l’Ancien Testament,  il est question de miséricorde, on  a le mot Rahamin= miséricorde, on a une image féminine. Car le mot miséricorde est tiré du mot  rehem qui veut dire sein maternel, utérus. La miséricorde de Dieu, c’est ses entrailles de mère.

Par exemple en Dn 9/9 : « au Seigneur notre Dieu appartiennent la miséricorde et le pardon »

Il a 102  mentions de la miséricorde dans la Bible, donc 102 fois mention des entrailles maternelles de Dieu

A chaque fois donc qu’on rencontre le mot miséricorde dans la Bible, nous sommes devant une image féminine de Dieu.

 

6-Dieu comme une femme qui fait lever son pain

« Quelle image puis-je donner du Royaume de Dieu ? Il est tout comme le levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine jusqu’à ce que tout soit levé »  Lc 13/21

 

7-La manière particulière dont Jésus parle de Dieu

 « Les images paternelles de Dieu se prêtent à une grande diversité d’interprétation, y compris celle de la colère ou de la vengeance. Au contraire, les images du langage maternel de Dieu vont toujours dans le même sens : un amour incontournable qui ne se fatigue jamais ». Voilà ce qu’écrit le Frère Emmanuel de Taizé dans son livre, un amour méconnu à la page 168.

Cela l’amène à dire que l’image de Dieu que présente Jésus ressemble autant, sinon plus à un comportement de mère que de père.

*Dieu qui se veut proche de chacun Mt 10/7 ; Mc 1/15 ; Lc9/10 ; Jn 14/23

*Dieu d’amour qui recherche inlassablement les plus éloignés et qui ne veut abandonner personne : Mt18/12-14 ; Mc 2/16-17 ; Lc15/4-32 ; Jn 3/16-17

*Dieu qui veut guérir les blessures, au pardon toujours offert : Mt9 :10-13 ; Mc2/3-12 ; Lc 15/11-32 ; Jn 8/3-11

*Dieu qui ne demande qu’accueillir et être accueilli : Mt10/40 ;Mc9/37 ; Lc 19/2-10 ; Jn 14/2-3 et 23

*Dieu qui désire être intensément aimé : Mt22/37-38 ; Mc12/30 ; Lc10/27 ; Jn21/15-17

*Dieu rejeté qui continue à aimer jusqu’au bout : Lc23/33-34 ; 18/25-27 avec 21/15-17.

 

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