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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 21:24
Invité-es, Katrin Agafia: Le désir du Vivant, Mt 28/1-10

« Oh Dieu, puissé-je être vivant quand je mourrai ! » Voilà ce qu’écrivait Donald Winnicott, un célèbre psychanalyste et pédiatre, peu de temps avant sa mort. Et s’il avait raison… si le problème n’était pas tant de savoir quelle sera notre vie après la mort, que de nous interroger sur notre façon d’être vivants dès ici-bas ! Etre vivant oui, mais comment ?

Dans ce texte, on rencontre d’un côté des femmes et de l’autre des gardes. Chacun est vivant, bien-sûr, vacant à ses occupations, mais le texte nous dit combien la peur s’est emparée des gardes. Les voilà tout tremblants, comme morts… Vivants, mais déjà morts, sans désir propre, obéissants aux ordres ; ils subissent les évènements, esclaves de leur propre peur !

Les femmes, elles, sont poussées par leur envie de « voir le tombeau ». Elles sont en marche. Leur ami a été arraché à la vie et la morsure du manque est immense ! Alors pour conjurer l’absence, il leur faut habiter ce lieu où repose l’être aimé ; il leur faut chercher Jésus le crucifié, jusque dans le néant de la mort, telles des sentinelles à l’affût de la moindre étincelle d’éternité.

« Ne craignez rien, vous. Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ». Ainsi le messager sait, il connaît ce désir qui les fait avancer.
Un désir pétri d’impatience qui
oblige à courir, à se hâter… parce que si on y regarde bien, l’Amour n’aime pas se laisser enfermer. Il est ailleurs, toujours ailleurs, jusqu’en Galilée. Et il faut donc se presser pour ne rien perdre de ce qui est dévoilé, pour ne rien amasser de ce qui est donné !

Un désir creusé par la faim: faim de réponses, faim de sens, faim de présence, faim de cette joie capable de tout faire trembler, de tout faire craquer, même la plus lourde de nos pierres où la mort s’est terrée . Une faim comme gage de justesse et de sincérité. Une faim si grande que Dieu, Lui-même, s’est approché. Et soudain, le temps d’un regard, deux mondes se sont trouvés : l’humain a caressé le divin, et le divin s’est laissé enlacer. Oui, juste le temps d’un regard, l’instant présent, suspendu à ce désir fou de vivre pour de vrai, a épousé l’éternité.

Certes, il est malheureusement possible de subir nos existences, prisonniers des exigences imposées par notre société. Il est possible d’être rassasiés de toutes ces choses qui nous donnent l’impression d’exister. Il est possible de faire semblant de vivre et laisser la mort tout emporter.

Mais à la lecture de ce texte, un autre chemin est envisageable ; un chemin où deux femmes nous ont précédés, où Jésus lui-même nous a guidés. Le chemin d’une bonne nouvelle où vivre, c’est faire le choix d’écouter son cœur en premier, ce cœur qui nous supplie de toujours nous relever ; un chemin où vivre, c’est aller au tombeau, et se tenir là, vidés, juste au bord du gouffre, sans jamais cesser de veiller ; un chemin où vivre, c’est accepter la faim, la soif, comme autant de sentiers qui nous mènent vers notre liberté ; un chemin où vivre, c’est tenir serrés là, tout contre son cœur, les quelques mots de tendresse qui nous ont été confiés ; et puis marcher, marcher, sans jamais s’arrêter jusqu’en ce lieu, où nous n’avons jamais osé mettre les pieds ; un chemin où vivre, ce n’est pas juste s’approcher, c’est tomber à genoux et enlacer les pieds de l’être aimé, ce n’est pas juste aimer, c’est s’empresser d’aimer, comme si ce jour allait être le dernier; un chemin où « vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. »[1]

Alors, si vivre c’est désirer, on peut comprendre que Jésus soit ressuscité car son plus grand rêve était de nous rendre aussi Vivant que Lui, ressuscités avec Lui, ressuscités en Lui. Et au matin de Pâques, ce désir s’est faufilé jusqu’au creux de notre humanité ; un désir brûlant et contagieux comme les flammes d’un grand feu pour nous rappeler que « vivre » et « se consumer » sont deux mots de la même lignée.

 

 

[1] Christian Bobin « Noireclaire »

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 16:44
Repenser la question de la Création en christianisme

"Je crois en Dieu créateur"  disons-nous  à chaque fois que nous récitons le Credo.

Mais que « pensons-nous » en disant cela ?

Quelle représentation nous faisons-nous de cette création ?

Comment Dieu crée-t-il ?

 

Il n’est plus possible de nous représenter cette création telle qu’elle est décrite dans les deux récits de création : 7 jours pour le premier récit et un humain tiré de la glaise pour le second. Car nous comprenons maintenant que la vérité de ces textes ne relève pas de l’ordre du comment mais du pourquoi. Pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que rien ? (Leibniz) Ces textes répondent à cette question en disant qu’à la source de l’être il y a une décision de Dieu, que ce qui est créé à sa source en Dieu, que c’est bon, et que c’est une création dont nous sommes responsables.

 

Cependant les réponses du comment tels que les sciences nous les présentent interrogent la foi. Comment Dieu est créateur dans ce long processus qui a débuter il y a 15 milliards d’année ?

Big bang, constitution des galaxies, notre système solaire qui se constitue, une histoire chaotique de la terre, surgissement de la vie, évolution des espèces, émergence lente de l’humain jusqu’à l’homo sapiens que nous sommes.

Le défi qui est posé au judéo-christianisme est de penser Dieu créateur au cœur même de ce modèle.

Comment est-il créateur dans ce processus ?

 

C’est à cette question qu’il nous faut nous atteler. Ceci en s’aidant du théologien Adolphe Gesché dans son livre Dieu pour penser le Cosmos.

Dans un chapitre de ce livre, il pose la question : Dieu est-il horloger ?

Sa réponse est négative. Car le monde n’est pas une horloge, une mécanique bien réglée auquel rien ne peut être changé. Et Dieu n’est pas un mécanicien qui a réglé la machine.

Voilà comment il pose la question :

« Si, comme on le voit aujourd’hui, le cosmos n’est pas une horloge ; si le monde invente pour une part, les structures de son processus ; si l’homme, par son geste co-créateur, a droit et devoir d’une liberté inventive, qu’en est-il encore de Dieu ? »

 

Et voilà comment en résumé, il répond.

Créer ce n’est pas fabriquer des choses toutes faite, des choses complètement déterminées, ce n’est pas modeler ce n’est pas faire une copie toute faite.

Créer, c’est ouvrir un espace d’autonomie avec des processus d’autorégulation et d’invention

Dieu est celui qui fait que les choses se font comme elles se font mais rigoureusement, il ne les fait pas, il ne les fabrique pas. Il les provoque au devenir, il leur donne ordre d’avenir.

Dieu a créé un cosmos comme espace de possibilités internes et de liberté inventive et non une dictée à laquelle il n’y aurait rien à changer.

Il a créé un processus, des virtualités, un monde comme un champ ouvert.

Il est vrai créateur car créateur de création.

Il n’est pas horloger, géomètre, auteur d’une mécanique, il ne dicte rien mais il est créateur posant ce qui rend possible un cosmos qui se fera comme il se fera, en lui donnant de se faire comme il se fera

Il est créateur d’un monde qui s’invente, une part créatrice voulu par le créateur. Cela se crée, et ce n’est pas fabriqué.

Cela permet de comprendre la symbolique du repos du 7ème jour de la Gn. Ce 7ème jour n’est pas la fin de la création c’est son ouverture à une aventure à continuer d’inventer : cosmos créatif, un monde en genèse, en devenir, un monde de complexité innovantes et pas un scénario tout fait

En pensant ainsi on réconcilie foi judéo-chrétienne en un Dieu créateur et la réalité du monde telle que la science nous la découvre

On réconcilie aussi Dieu avec la liberté humaine

« L'idée de création implique que la liberté est vue comme un don. Ce qui signifie, cette fois, que l'homme est appelé à l'invention, à la créativité…L'homme n'est pas simplement créé, il est créé créateur. L'idée de création atteint toute sa signification dans l'homme. La liberté y devient créatrice. L'homme n'a pas devant lui un destin tout tracé, fût-ce par Dieu, et dont il ne serait que le scribe calquant sous dictée un texte divin. Parler de l'homme créé créateur, c'est dire que la liberté lui a été donnée d'inventer du nouveau, de l'inconnu, voire de l’inouï ; de faire de sa vie l'éclosion et l'invention de choses nouvelles, remises et confiées à ses choix et à ses initiatives. Le don n'implique pas, lui non plus, une statique, mais une dynamique. La liberté prend ici les contours d'une invention de notre être. » ( Adolphe Gesché)

 

Dieu n’est donc pas la négation ou l’écrasement de l’humain mais sa preuve et son attestation. Il autorise l’humain à s’inviter lui-même, à sans cesse se dépasser avec l’infini comme horizon.

*La liberté n’est pas arrachée à Dieu, elle est originelle par essence parce que nous sommes libres à l’image de Dieu qui est libre. La liberté est un DON de Dieu.

*La liberté est vocation, de l’ordre de l’existence à faire dans l’histoire, une tache à réaliser. Les Pères de l’Eglise, commentant la phrase de la genèse : créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, disent que l’Image est un don et que la ressemblance est à réaliser.

 

Cette pensée de Gesché m’a ouverte à la réflexion ci-dessous :

Pour pouvoir vivre vraiment de cette liberté, il est donc bon que nous nous libérions de conceptions qui sont cause d’athéisme en nous et chez les autres.

 

Se libérer donc de l’idée que Dieu aurait créé un monde tout fait. Pour employer une comparaison de couture : un monde prêt à porter. Il n’y aurait qu’à enfiler ce vêtement auquel on ne pourrait rien changer. Cette image dit un ordre des choses décidé par Dieu. Un monde tout fait où il n’y aurait rien à changer, rien à créer, auquel il ne manquerait rien.

Donc dans ce cas l’action humaine serait simplement de conserver les choses en leur état. La réponse de l’humain serait de rien abimé de ce qui serait sorti des mains de Dieu.

La liberté consisterait à pouvoir dire oui ou non à un ordre établi par Dieu, être obéissance à cet ordre dans le oui, et désobéissance, révolte et péché dans le non.

Cette conception nous habite et il est nécessaire d’en voir toutes les conséquences.

 

*La première conséquence, c’est que ce monde dans ce modèle, en soi a peu d’intérêt puisque rien ne lui manque, qu’il n’y a rien à y faire de décisif qui lui manquerait, il est seulement le lieu d’une épreuve, le lieu où l’on fait ses « preuves » de l’obéissance ou de la désobéissance.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela justifie. Un Dieu qui imposerais son modèle à l’exclusion de tout autre. C’est lui qui l’a fait ainsi. C’est un modèle où Dieu impose. Image d’un pouvoir absolu. Image de Dieu comme monarque absolu.

*la troisième conséquence permet de justifier tous les conservatismes. Les choses de ce monde n’ont pas à être changées parce qu’elles sont telles que Dieu les a créés. Cela permet de justifier les instances de pouvoir. De même que Dieu impose un ordre des choses, il est normal que certains l’imposent aux autres. Ainsi nous nous faisons une idée de Dieu conforme à ce qui se passe dans nos sociétés ou certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres.

Le fait que Dieu soit aussi celui qui impose son modèle, justifie que qu’il en soit ainsi dans les relations humaines. Le ciel justifie la terre et la terre est à l’image du ciel. Nous projetons sur Dieu, le style de relations aliénés que nous vivons entre nous. « Les relations sociales basés sur la domination existant entre nous ont servi d’exemple pour concevoir la relation entre les humains et Dieu » Berdiaeff ,De l’esclavage à la liberté p 91

Cette conception du monde et de Dieu sont solidaires. Dans ce modèle, le péché va s’appelé révolte, désobéissance, refus.

Et ce modèle est pour moi une des raisons de l’athéisme.

 

Pour pouvoir vivre vraiment de cette liberté, il est donc bon d’accueillir un autre modèle qui dit une autre image de Dieu, de l’humain et de la liberté :

Dieu n’a pas créé un monde tout fait mais un monde à faire. Pour continuer la comparaison de la couture : ce n’est pas un monde prêt à porter. Ce sont des vêtements à confectionner nous-mêmes. Dieu nous offre ce qu’il faut pour coudre mais c’est à nous d’être créatif, d’inventer des formes, des couleurs à l’infini. Ce monde n’est pas tout fait, il est à faire. Et si nous ne le faisons pas il y manquera ce que nous nous seuls pouvons faire, pouvons y apporter. Il ne s’agit pas de conserver un monde préétabli mais de bâtir un monde neuf. La liberté ici est liberté de création où chacun doit inventer son chemin. Dans ce modèle, la liberté peut produire de l’inédit qui ajoute quelque chose d’original, quelque chose qui manque. C’est une liberté créatrice où tout humain doit inventer son chemin.

Les conséquences sont l’inverse

*La première conséquence, c’est que ce monde à faire acquiert un intérêt fondamental. Sa création est remise à notre responsabilité. Il lui manque ce que nous arriverons à créer et qui ne serait pas sans nous. Ce que nous y ferons acquièrt une dimension de décisif. Il est lieu de créativité. La liberté n’est pas une épreuve, elle est condition de création.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela révèle. Un Dieu qui nous fait co-créateur. Il n’impose pas un modèle. Il ouvre des possibles confiés à notre créativité. Il n’est pas le Dieu qui impose et s’impose, qui dirige. Il crée comme la mer, les continents, en se retirant. Il n’est pas à l ‘image d’un pouvoir absolu mais son autorité est de celle qui autorise à vivre à plein. Va vers toi-même dira-t-il à Abraham.

*la troisième conséquence permet de libérer l’initiative pour tous et toutes. Les choses de ce monde n’ont pas à rester telle quelle, elles peuvent et doivent être changées. Le pouvoir est rendu à chacun. Les instances de pouvoir sont légitimes non en soi mais dans la mesure où elles sont au service du progrès, de l’humanisation de toutes et de tous. Ainsi cette autre idée de Dieu conteste ce qui se passe dans nos sociétés où certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu ne soit pas celui qui impose son modèle, justifie la recherche de relations humaines basées sur la fraternité et l’égalité, la recherche de relations non aliénés. Dans ce modèle, le péché va prendre une toute autre tonalité. Il va être plus de l’ordre de l’omission, du désintérêt des choses de ce monde, du non engagement à bâtir ce monde, de tout pouvoir dans la mesure où il empêche l’autre d’exister et d’inventer sa vie librement. Il va se découvrir en se demandant ce qui fait obstacle aux relations fraternelles, faites de respect et d’égalité. La conversion va se comprendre comme conversion à une autre image de Dieu. Avoir entendu Dieu nous dire : « Va vers toi-même », avoir vraiment entendu cette parole va libérer notre cœur pour pouvoir dire et être pour les autres ce que Dieu fait pour nous. Donc se détourner de ce qui justifie l’injustice, le conservatisme, la domination, l’aliénation et accueillir ce qui nous stimule à bâtir des relations libérantes pour nous et pour les autres.

 

Quel choix faisons-nous ? Lequel de ces 2 modèles informe nos vies ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 17:04
Temps pascal : la résurrection à vivre

Le tombeau était scellé. La mort semblait triompher. C’était à la fois la personne de Jésus mais aussi son message, le Royaume dont il témoignait qui étaient enterrés. Un Royaume qu’il avait commencé à instaurer par ses paroles et ses actes. Royaume de respect de toutes et tous sans discrimination. Royaume de frères et sœurs dans l’égalité. Royaume de justice, de pardon, de partage. Royaume de joie. C’est tout cela qui se trouvait enfermé dans la nuit du tombeau. Et l’inouï se produit : la tombe est ouverte et vide. Où est-il ? La vie a triomphé de la mort. Dieu a ouvert ce qui était fermé. Et cette ouverture est pour nous le gage de la victoire sur tout ce qui nous enferme, de tout ce qui est mortifère : Dieu est de notre côté dans l’Ouvert. Et c’est depuis toujours que Dieu a pris le parti de l’Ouvert : Créer, recréer, ressusciter, c’est ouvrir. Prendrons-nous le même parti ? Pour cela, une vraie conversion est nécessaire : la résurrection du Christ n’est pas quelque chose à croire comme on récite une formule, c’est quelque chose à vivre. Vivre ce que l’on croit, c’est répondre à un appel à vivre autrement. La foi est un engagement, une prise de position, un combat pour faire gagner la vie, pour faire gagner le royaume de respect d’égalité, de partage de justice inauguré par Jésus. C’est vivre dans l’ouvert. Un des drames de l’histoire de l’Eglise, c’est de n’avoir pas su assez tiré les conséquences politiques et sociales de la résurrection. La résurrection donne raison à Jésus, donne raison à ce qu’il a fait contre ceux qui l’ont crucifié au nom de fausses conceptions de Dieu, et parce que Jésus remettait en cause l’utilisation religieuse du pouvoir et voulait un royaume de justice. Au lieu d’en faire un formidable levier de résistance à l’injustice, elle a souvent servi à n’être qu’un article de foi qui renvoyait la justice à la vie après la mort, ne contestait aucun pouvoir, confortait une résignation. L’impossibilité d’une lecture sociale et politique de la résurrection s’explique par la résistance au changement mais aussi au fait qu’on vivait dans un monde qui semblait immobile : entre naissance et mort d’une personne, rien n’avait changé. Aujourd’hui, dans nos sociétés, entre sa naissance et sa mort une personne a pu voir et vivre de profonds bouleversements. C’est pourquoi, la lecture sociale de la résurrection a plus de chance aujourd’hui d’être reçue. La résurrection est bien l’espérance que nos vies sont faites pour l’éternité, que rien n’est jamais perdu pour Dieu, jamais fini pour Dieu mais elle est aussi la certitude que Dieu ne se résigne pas à l’injustice, qu’il la combat à côté de ceux qui la subissent et la combattent. Comment faire pour que l’orthodoxie d’un énoncé de foi ne reste pas inopérante dans nos vies et nos sociétés ? Pour cela voir le Christ humilié et crucifié en tout personne humaine qui souffre, dans toutes les déshumanisations de notre monde. Voir la résurrection à l’œuvre en tout lieu, en toute action, en toute personne, en tout ce qui humanise notre monde. Croire en la résurrection, c’est sortir de ce qui est fermé pour ouvrir les chemins du possible.

 

 

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 09:10
Le Christ ressuscité institue des femmes apôtres

Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent visiter le sépulcre. Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre : l'Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s'assit. Il avait l'aspect de l'éclair, et sa robe était blanche comme neige. A sa vue, les gardes tressaillirent d'effroi et devinrent comme morts.

Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes : "Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez voir le lieu où il gisait,

et vite allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d'entre les morts, et voilà qu'il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez. Voilà, je vous l'ai dit." Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre : "Je vous salue", dit-il. Et elles de s'approcher et d'étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. Alors Jésus leur dit : "Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront."

Mt 28/1-10

Regardons ces deux femmes unies dans la douleur. Celui qu’elles aiment est mort. Celui qui savait aimer comme personne n’a jamais aimé, n’est plus. Celui en qui elles avaient mis tant d’espoir de libération est dans un tombeau.

Regardons l’ange qui roule la pierre et s’assoit dessus. Le tombeau n’est plus fermé, il s’ouvre à la lumière du jour, signe déjà que de l’inouï peut survenir.

Ecoutons le discours de l’ange. Il nous dit de ne pas craindre. Il reconnaît en nous ce qui habite notre cœur, la recherche du Christ. Il annonce la vie plus forte que la mort. Il indique où trouver Jésus : en Galilée, là où Il nous précède. En Galilée seulement ? Non, pas seulement, car dès maintenant aussi, dans l’écoute de la mission reçue, ces femmes Le rencontrent. Aimer Jésus, c’est Le découvrir en toutes mes activités faites pour Lui, selon Son esprit, en cohérence avec Son royaume.

Ecoutons la parole de Jésus : « Je vous salue » C’est la même que celle adressée à Marie à l’Annonciation. Parole pour une autre naissance, celle de Dieu au plus profond de nous. Je vous salue est un mot intraduisible en français, il dit à la fois salut, joie et grâce. En le disant à ces femmes, c’est à chacun-e de nous qu’il le dit.

Pour quelle naissance en nous ?

Ecoutons « Ne craignez pas, allez annoncer à mes frères ». Jésus les institue apôtres de sa résurrection.

Il nous institue apôtres !

 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 17:59
Vendredi Saint: La croix du Christ, jugement contre toute injustice.

Avec la mort du Christ, nous pouvons atteindre les sommets des fausses images de Dieu. Quel est ce Dieu, ce Père, qui aurait besoin de la mort de son Fils pour nous pardonner ? De cette mort pour réparer l’offense ?

« Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifier son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur » (Juan Louis Segundo, sj ).

Alors comment parler de la passion pour que ce soit la bonne nouvelle d’un amour qui va jusqu’au bout ?

En s’incarnant, Dieu est passé par la mort comme chacun de nous. Dieu est donc passible (susceptible de souffrir) et non pas impassible. Il se fait proche jusqu’au bout de ce qui fait nos vies, jusqu’à l’extrême de nos vies qu’est la mort. Rien de ce qui fait nos vies, la naissance et la mort ne lui sont étrangers. Il est le Dieu d’infinie proximité, sans tricher. Dieu avec nous, jusqu’au bout. Par la croix, Dieu souffre. S’il n’était pas ce Dieu là, Dieu resterait distant, froid, silencieux. « Si Dieu était incapable de souffrir, il serait aussi incapable d’aimer. Dieu souffre par son amour qui est la surabondance de son être » (Jurgen Moltmann).

Jésus, par sa vie et sa mort, donne accès à ce Dieu là. Cela permet de mettre en question la doctrine de la toute puissance de Dieu. Cette doctrine n’est plus crédible pour l’homme d’aujourd’hui. La toute puissance que Dieu possède et manifeste dans le Christ est la toute puissance de l’amour souffrant.

De plus la mort du Christ sur la croix est violente et injuste. Le Dieu crucifié est jugement contre toute injustice. Dieu victime de l’injustice, est dénonciation de toute injustice. La mort du Christ est communion avec celles et ceux qui sont dans la nuit.

Le Christ est là avec nous, non seulement un jour du temps quand il a hurlé de douleur sur la croix, mais aussi de tout temps. Il crie sa douleur pour tout ce qui dans ce monde pourtant si beau, est défiguré par l’injustice et par l’absurde. Il est là avec nous, sans mots, mais il est là. Il nous prend la main, il nous prend dans ses bras pour que, de la douleur, puisse naître peu à peu une détermination, une force pour combattre, une force pour vivre et faire vivre.

Arrêtons donc de dire que la mort du Christ sur la croix est la volonté de Dieu comme condition de pardon ! La miséricorde qui est Dieu n’a besoin d’aucune souffrance ni d’aucune croix pour être remuée aux entrailles devant nos égarements.

« Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à l’extrême ». Voilà la raison de la croix : un amour en excès. Une fidélité de Dieu qui va jusqu’au bout. Il va jusqu’au bout de la non-violence et ne répond pas à la violence par la violence. Il fait jusqu’au bout ce qu’il a toujours dit et fait. Reculer devant la croix, cela aurait décrédibilisé tout l’Evangile.

Au pire de la souffrance, une parole de pardon est dite « Père, pardonne-leur ». C’est le pardon absolu qui « rachète » toute faute si l’on veut bien le recevoir. Cela nous délivre de vouloir être à nous-mêmes notre sauveur, ce qui est impossible et nous plonge dans une quête de réparation sans fin. Seul le Christ est sauveur et son salut est total et gratuit.

A la croix, Dieu nous dit son avant dernière parole : « comment est-ce possible que vous ayez encore peur de moi ? Mes mains sont solidement clouées au bois. Les mains de mon amour et le bois de vos vies, liés de toute éternité. Rien, rien ne peut nous séparer ».

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 17:00
Un texte inouï: le lavement des pieds dans l'évangile de Jean 13/1-17

Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : "Seigneur, toi, me laver les pieds ?" Jésus lui répondit : "Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras." Pierre lui dit : "Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !" Jésus lui répondit : "Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi." Simon-Pierre lui dit : "Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête !" Jésus lui dit : "Qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver ; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous." Il connaissait en effet celui qui le livrait ; voilà pourquoi il dit : "Vous n'êtes pas tous purs." Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : "Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé.

Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

 

« Il voulut les aimer jusqu’au bout »

Ce geste du lavement des pieds ouvre le temps de la Passion. Avec ce geste, nous allons regarder un amour qui va jusqu'au bout, qui va jusqu'à l'extrême Il y a un excès de l'Amour à contempler.

« Il savait que le Père avait tout mis entre ses mains et qu’il retournait à Dieu comme il était venu de Dieu » Regarder la pleine liberté de Jésus. Ce don qu’il fait de sa vie n’est pas imposé de l’extérieur. Il consent de tout son être à la fidélité à sa mission.

Prendre vraiment du temps pour regarder chaque geste qu’il fait : se lever de table ; retirer son vêtement ; mettre un linge autour de sa taille ; verser de l’eau dans une cuvette ; se mettre à genoux devant chacun ; leur laver les pieds ; les essuyer avec le linge. Sentir la délicatesse de Jésus avec laquelle il fait cela.

Se rappeler que dans la société où vivait Jésus ce geste de laver les pieds ne pouvait être fait que par un esclave. Donc, ici, dans ce geste, Jésus prend la place d’un esclave. Paul dira dans l’épître aux Philippiens : « prenant la condition d’esclave » Ph2/6. Il prend donc la dernière place. Cette place d’esclave devient la place de Dieu ! Se laisser étonner de cela. En tirer profit.

Ne pas oublier de se mettre dans la scène, à la suite des disciples, regarder Jésus qui est à genoux devant moi et me lavant les pieds. Qu’est-ce que je ressens ? Qu’est-ce que j’ai envie de lui dire ?

 

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 16:33
En lisant l’évangile selon Matthieu, chapitre 26 et 27. Que voyons-nous ?

Un homme qui va être livré pour être cloué sur une croix. (26/2). Ceux qui ont le pouvoir politique et religieux se sont concertés en vue de l’arrêter par ruse et de le tuer (26/4). Un ami le trahit et permet son arrestation ( 26/14-16). Il vit l’angoisse devant la mort (26/37). Il est arrêté, on met la main sur lui (26/50). On le condamne à mort pour blasphème (26/65). On lui crache à la figure, on le gifle, on lui donne des coups (26/66). Un ami le renie ( 26/75). Il subit le supplice du fouet (27/26). On l’humilie ( 27/27-31). On cloue ses mains et ses pieds sur une croix, le supplice des esclaves (27 /35). On l’injurie et on se moque de lui (27/39-44). Il crie vers Dieu : pourquoi m’as-tu abandonné (27/46). Il meurt ( 27/50). Il est déposé dans un tombeau ( 27 /59)

 

Voilà donc la brutalité des faits.

Ce qui arrive à cet homme, depuis la nuit des temps, des hommes et des femmes l’ont vécu : accusé-es injustement, victime de l’obscurantisme religieux et des pouvoirs politiques, torturé-es, humilié-es, assassinées. Hier, aujourd’hui et malheureusement encore demain.

Il en a fallu du courage aux rédacteurs des évangiles pour raconter cela. Car c’est l’histoire d’un échec. Jésus était à classer dans le camp des « losers ».

Mais c’est en fait la première victoire des évangiles. L’injustice a un récit qui la dénonce. Un récit (et ceux des 3 autres évangiles) raconte l’inacceptable, nous met devant les yeux ce que nous devons refuser de toutes nos forces, ce que nous devons combattre. C’est un récit pour nous lever, entretenir en nous la volonté ferme et l‘action pour dire non à tout ce qui défigure l’humain.

La deuxième victoire de ce récit est une révolution de l’image de Dieu. Cet homme, pour la foi chrétienne, est Visage de Dieu. En se laissant rejoindre par ce récit, nous voyons Dieu comme jamais nous ne pouvions le concevoir : Dieu arrêté, trahi, angoissé, condamné, humilié, abandonné, crucifié. En fait Dieu solidaire des exclus, avec tous ceux et celles qui subissent l’injustice. Dieu qui sait ce que c’est ! Dieu qui peut tenir la main de tous ceux et celles qui sont, comme lui l’a été un jour du temps, victime de la violence humaine. Tenir la main pour ne pas se résigner, pour continuer de croire à leur dignité et tenir le combat de la vérité et de la justice.

Comment se fait-il que cette lecture de la Passion a été occultée et que d'autres lectures y ont vu, par exemple, le prix à payer pour apaiser la colère de Dieu ou encore pour justifier la résignation, pour magnifier la souffrance?

Surement plusieurs réponses à cette question. Une parmi d'autres: il y a dans toutes les religions, une capacité de se pervertir. A chacun-e de nous et les uns par les autres, de nous en délivrer.

 

 

 

 

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 15:03
Repenser la question du salut en christianisme

« Pour nous les hommes et pour notre salut »

Disons-nous dans le crédo.

Nous sommes donc des sauvé-es !

Mais que mettons-nous derrière ce mot ?

 

La réponse qui vient immédiatement, c’est de penser le salut comme l’équivalent de la vie éternelle : pour faire bref, être on non au Paradis. Cette manière de penser le salut a été centrale dans la réflexion chrétienne. La seule chose importante était le sort individuel de chacun-e après la mort. C’est le discours de Pierre à la Pentecôte : faites-vous baptiser et vous serez sauvés. C’est ce qui explique la pratique de chrétiens des 1ers siècles qui attendaient l’imminence de la mort pour se faire baptiser ou encore l’instauration du baptême des enfants pour leur éviter l’enfer s’ils mouraient. C’est le nœud du différent de Luther et de l’Eglise : sauvé par la foi ou par les œuvres.

Cette manière de voir le salut demande d’être ré-examinée pour qu’elle soit crédible.

D’abord la comprendre

*Quand on naissait avec une espérance de vie moyenne de 30 ans,

*Quand le monde que vous quittiez à la mort, était le même qu’à votre naissance, sans changement

*Quand il n’y avait aucune espérance de changer les choses

Et bien la question de votre destin éternel était la seule question vitale.

Ensuite voir sur quel schéma théologique il s’appuyait : un monde paradisiaque à l’origine qui avait été détruit par le péché dit originel introduisant la mort et la perdition. Sauvé-e par la mort rédemptrice du Christ et dont on reçoit les fruits par le baptême.

Si on prend une image, c’est comme si on est perdu en mer, la seule chose désirée est d’être sauvé-e. La seule chose espérée est qu’un sauveteur arrive. Cela suppose donc qu’il soit arrivé une catastrophe comme par exemple que son bateau ait coulé.

 

C’est sur ce schéma qu’a été conçue une certaine conception du salut en théologie chrétienne.

En poursuivant mon image cela donne cela :

*Le bateau est sur l’eau tranquille= c’est la création sortie des mains de Dieu, le paradis

*Le bateau coule, le marin est perdu= c’est le péché originel

*Il est repêché= c’est la rédemption

 

Ce schéma n’est plus pensable depuis que l’on sait que notre existence sur terre est le fruit d’une longue évolution. Il n’est plus possible de penser une terre qui aurait un jour été un paradis, un homme et une femme qui auraient fait une faute telle que toute l’humanité à cause d’eux aurait été perdue et que leur salut a été possible par la mort de Jésus sur la croix !

 

Impensable devant l’évidence de nos connaissances scientifiques mais impensable aussi si l’on réfléchit à l’image de Dieu que cela donne en particulier celle d’un Dieu qui ferait rejaillir la faute de deux sur tous et qui ne pourrait sauver que par du sang répandu sur une croix.

 

C’est cette théologie qui a gagné en Occident en particulier avec St Augustin. Mais d’autres théologies ont produit d’autres conceptions.

St Irénée, qui voit la création dans une histoire où les péchés des humains sont des fautes de jeunesse. Ou encore les théologies chrétiennes orientales qui conçoit le salut comme un désir de Dieu de s’unir à nous.

 

Il y a donc à penser le salut de cette manière plus large. Pour cela je m’inspire d’un article du théologien Adolphe Gesché (Dieu pour penser la destinée, Ed du Cerf, page 27 à 69)

 

Le salut c’est ne pas passer à côté de sa vie, ne pas la manquer

Parler ainsi du salut ou du non salut, c’est le parler en termes de bonheur ou de malheur, de réussite ou échec

L’étymologie du mot salut nous le dit déjà puisque cela vient du mot

salvus qui se traduit par sain, solide et salvare qui veut dire rendre fort garder, conserver.

On est donc dans un registre d’épanouissement, aller jusqu’au bout de soi-même, s’accomplir, trouver sa vie, le sens de sa vie.

En parlant de salut de cette manière là, on peut être en phase avec une aspiration humaine fondamentale et donc que cela parle à nos contemporains. Cela fait appel à notre conscience d’un inachèvement de notre être qui aspire à un plus, à un mieux, qui a soif d’un accomplissement.

Mais c’est d’abord notre être même qui est un salut ! Dieu en créant le monde nous a sauvé du néant c'est-à-dire de ne pas exister !

L’acte créateur est un acte de salut : nous sauver de l’inexistence.

Acte de liberté de Dieu qui veut aimer en lui-même (Trinité) mais aussi à l’extérieur de lui vers nous.

Cette mise au monde n’est pas pour retomber dans le néant mais pour une relation d’amour éternel (et nous retrouvons ici le salut évoqué au début). Notre vie n’est pas pour rien. Elle est ordonnée finalisée par une vie d’amitié avec Dieu pour l’éternité. Nous sommes habité-es par un infini. Cette dignité est notre salut. C’est ce que les théologies chrétiennes orientales nous disent en parlant de divinisation.

 

 

Cette mise au monde se fait dans une histoire où le désir de Dieu est que nous devenions de plus en plus ce que nous sommes déjà : image et ressemblance de Dieu. Nous retrouvons là ce qui a été dit de l’épanouissement.

Mais sur ce chemin, il y a des obstacles. Des obstacles sur le chemin de l’accomplissement.

Sauver c’est donc aussi être délivré-es de ce qui fait obstacle à l’accomplissement.

Mais on n’est pas dans un schéma d’être condamné-e par une malédiction. Il ne s’agit pas d’être délivré-e de soi comme si on trainait en soi une nature en soi mauvaise. On n’a pas à être délivré-e de soi mais de ce qui m’empêche d’être soi. Cela indique une haute idée de l’humain, car cela veut dire que sa vie a du prix et qu’elle ne doit pas se perdre, donc délivré-e de ce qui fait obstacle à sa réussite.

Sauver sa vie, la réussir jusqu’au bout.

 

C’est là que nous retrouvons la question la mort

Au cœur de la foi chrétienne il y a d’être sauvé-e de la mort et l’assurance qu’elle a déjà été vaincue par la résurrection. Elle n’est pas l’obstacle absolu, nous ne sommes pas des êtres pour la mort, la mort n’est pas sa finalité.

C’est là aussi qu’il y a à penser le salut et le mal : Souffrance, mal subi, mal voulu, contraintes de tout ordre, impuissance, conditionnements, limites de la liberté, hérédité déterminisme, contraintes culturelles, épreuves de malchances sociales, maladie injustices

Ce sont des obstacles à la réussite de notre être. On peut s’enfermer là-dedans et penser qu’il n’y a rien à faire.

Face à cela, le Christ est sauveur comme antidote

Et c’est un des sens de l’incarnation : Jésus instaure dans notre histoire, une vie humaine qui guérit et libère, et qui peut nous rendre capable de décisions créatrices, de transgressions de ce qui parait de la fatalité impossible à dépasser.

En particulier, il nous sauve de la peur en nous ouvrant la voie de la confiance en nous. Il nous sauve en nous révélant l’image de Dieu telle qu’elle est : Celui qui dit oui à notre existence, nous donne confiance pour pouvoir à notre tour dire oui à nous même.

 

Ici arrive une objection majeure

A voir le spectacle du monde on peut légitimement penser que le salut est loin de notre terre : nous ne sommes pas sauvé-es.

Mais dès maintenant, dans une perspective chrétienne nous pouvons dire que nous sommes sauvé-es de la tyrannie du mal. Délivré de sa tyrannie, de la peur, du sentiment d’impuissance.

Dès maintenant nous pouvons être délivré-es de ce qui nous enlève toute force. Un salut est possible qui est de construire le royaume inauguré par Jésus. Et ici c’est un salut confié, remis en nos mains : justice, libération, lutte contre les exclusions, pardon, compassion…

Cette révélation et cette visibilité sont à nous confiées. Jn3/14

Je suis venu pour qu’on ait la vie et la vie en abondance Jn10/10

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 14:51
Homélie de Sr Michèle, 4ème dimanche de carême Jn 9: guérison d'un aveugle-né

Voilà bien un texte qui est une bonne nouvelle. Une bonne nouvelle pour nous. Pour vous, pour moi, pour chacun d’entre nous. Une bonne nouvelle à partager à celles et ceux qui ne la connaissent pas ! Mais c’est quoi, cette nouvelle qui est bonne ?

Elle est bonne parce qu’elle nous libère. Alors, d’abord, voyons de quoi elle nous libère.

Au début du texte nous sommes en pleine ténèbre. Celle où est plongé un aveugle de naissance. Et Jésus va libérer cet homme de sa cécité. Oui, mais il y a une ténébre pire que la cécité, c’est celle des disciples. En effet, par la question qu’ils posent : « si cet homme est aveugle, c’est qu’il est pécheur ou que ses parents le sont » on se rend compte qu’ils qui sont plongés dans les ténèbres d’une religion qui explique la maladie par une faute commise. Combien on a besoin d’être libéré de cela, encore aujourd’hui !

Ne dit-on pas quand il nous arrive une épreuve : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’il m’arrive çà ! » Et derrière cette explication se cache une ténèbre encore plus ténébreuse, celle qui nous fait imaginer un dieu qui punirait les fautes en envoyant des maladies. Quelle ténèbre ! Et aujourd’hui encore, ces fausses images de Dieu peuvent être en nous. Alors Jésus viens d’abord de nous libérer de cela. Il le fait par une parole forte : « Ni lui n’a péché, ni ses parents » Parole forte qui fait passer de la nuit au jour, de la ténèbre à la lumière, qui nous fait quitter nos fausses images de Dieu.

Encore faut-il que nous acceptions de les quitter pour nous ouvrir à un Dieu fondamentalement bon et que ne veut que du bon pour nous.

Mais le pire du pire, si c’est possible, est la ténèbre de la religion des pharisiens. Cette impossibilité qu’ils ont à sortir d’un système légaliste : selon eux une guérison faite le jour du sabbat ne peut pas venir de Dieu, celui qui l’accomplit ne peut être qu’un pécheur. C’est la ténèbre de l’exclusion de tous ceux qui ne rentrent pas dans leur système. C’est l’impossibilité à s’ouvrir à la nouveauté d’une parole, à l’inattendu d’une action. La culpabilisation qui enferme les gens dans la fatalité.

Et nous sommes forcés de constater que devant ce type de ténèbres, Jésus lui même n’a rien pu faire.

La révolution spirituelle de Jésus, la libération qu’il apporte ne peut rejoindre des gens murés dans leur certitude, les privilèges que cela leur donne et pour certains le « fonds de commerce « que cela procure.

 

En contre-point, l’itinéraire de l’aveugle nous fait parcourir un chemin de lumière en lumière. Un cheminement d’une étonnante vérité. Il nous est donné de voir un homme vrai qui reste au plus près de son expérience, ni plus, ni moins. Il nous est donné de voir la progression dans une confession de foi. Car nous le savons d’expérience, la foi est un chemin et c’est autant le chemin que le but qui est important.

Sa première confession de foi est d’abord sans parole. Elle est d’abord de se laisser faire par un homme qu’il ne connait pas. Il se laisse enduire de boue les yeux et il écoute la parole qui lui dit d’aller se laver dans la piscine de Siloé.

Pour nous également, notre confession de foi, c’est d’être en confiance vis-à-vis de Jésus, d’écouter sa parole, c’est de témoigner de lui par notre vie et nos actes.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela.

 

Sa deuxième confession de foi, c’est tout simplement la confession de lui-même : « c’est moi » dit-il et il va être fidèle jusqu’au bout en répétant plusieurs fois dans le texte les événements qui lui sont arrivés dans l’exactitude de leur déroulement. Confession de foi sous forme de récit : « voilà ce que j’ai vécu, voilà ce que cela a transformé dans ma vie ». Et quand on lui demande des choses qu’il ne sait pas, il dit : « je ne sais pas ».

Pour nous également, notre confession de foi, c’est de partager tout simplement en quoi la rencontre avec le Christ change quelque chose dans notre vie. Et c’est cela que nos contemporains ont besoin pour être touché par l’Evangile.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela.

Confronté aux pharisiens, il va faire un pas de plus dans la compréhension de ce qui lui arrive et c’est sa 3ème confession de foi : « C’est un prophète ». Cette confession de foi il va la tenir contre l’opposition des pharisiens avec le simple bon sens qui comprend que seul celui qui vient de Dieu peut guérir un aveugle. Mais il va la payer au prix fort, celui d’être traité de pécheur-né et jeter dehors.

Pour nous également, notre confession de foi peut passer par l’épreuve de l’incompréhension, de l’opposition. Témoigner d’un Evangile qui libère bouscule trop les conformismes et les privilèges.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela.

Pendant tout ce temps, Jésus semble absent. Jésus ne réapparaît qu’à la fin et on a l’impression que Jésus l’a laissé seul témoigner et combattre. C’est peut-être le sentiment que l’on a quelque fois au cœur de nos combats. Mais n’est-ce pas preuve de respect pour nous, de foi en notre capacité de vérité et de justice ? N’est-ce pas foi en l’Esprit qui nous habite et nous habilite au témoignage ?

En tout cas, Jésus est là pour l’accueillir quand il est jeté dehors, exclu.

Devant Jésus, cet homme va garder cette même authenticité dont il a fait preuve depuis le début. Il ne sait pas qui est le fils de l’homme dont lui parle Jésus donc pas de raison d’y croire ! « Qui est-il pour que je croie en lui ?» Réponse étonnante ! Et oui, pour croire, il faut des raisons ! Jésus va lui en donner.

Le fils de l’homme, c’est celui qui t’a guéri, qui t’a donner capacité à le voir et c’est lui qui te parle.

Alors seulement peut jaillir sa 4ème confession de foi : « Je crois ». Nous sommes ici dans la lumière. Lumière qu’est Jésus lui-même, lumière d’un monde qui sort de l’exclusion, du mépris, de la fatalité. Lumière du royaume de Jésus à construire avec lui.

Nous sommes envoyés pour cela, être apôtre de cela par le simple fait de notre baptême.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 10:51

J'ai beaucoup aimé cet interview car elle m'a confortée dans le travail qui est le nôtre comme sœurs du Cénacle, en particulier dans un Centre spirituel à Versailles où les gens qui viennent retrouve le temps de vivre.

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