Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 00:23

Pentecote-GhP.JPG

 

Peinture sur bois peinte par Sr Ghislaine Pauquet, rc

Pentecôte

On peut la voir au centre spirituel du céancle de Versailles

(France 20ème siècle)

 

 

Le Cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Ou le consentement à une absence pour une autre présence.

« Une nuée vint les soustraire à leur regard » Ac 1/9.

Entre Ascension et Pentecôte, ce temps du Cénacle est éducation à voir le Christ d’une autre manière, se familiariser à un autre forme de présence.

 

1- « Ils montèrent à la chambre haute, où ils se tenaient habituellement » Ac 1/13

On y voit cette première communauté, d’hommes et de femmes réunis ensemble.

Cela nous indique une première attitude spirituelle à garder précieusement, à cultiver.

Viser la communion. Se donner, se trouver, des lieux de partage. Et pas seulement en avoir mais aussi en estimer la valeur, s’y investir.

En saisir le sens profond : Il s’agit de faire l’expérience d’une présence du Christ, selon la promesse faite : «  Que deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » Mt 18/20.

La communauté est lieu de présence du Christ, au milieu d’elle, en elle. Corps du Christ.

 

2-« Tous d’un même cœur, étaient assidus à la prière » Ac 1/14

Il y a tellement de choses à dire

Des raisons pour prier :

-Devenir d’autres Christ.

C’est tout l’enjeu de la prière avec l’Evangile. En contemplant le Christ, en fait, je me mets en situation de suite du Christ, comme les disciples qui l’ont suivi sur les routes de Palestine. Le fréquenter pour lui devenir semblable. Le regarder, L’écouter pour regarder comme Il regarde, saisir de l’intérieur les grandes options de Son existence pour que peu à peu elles imprègnent mes décisions. Saisir Sa manière particulière d’aimer, me laisser aimer par Lui pour qu’Il puisse me transformer pour aimer à mon tour.

 « Dans les actes du Christ, aussi bien que dans Ses paroles, se révèlent les principes qui inspirent Son action, les jugements de valeur qui dictent Son attitude, et commandent Ses réactions. C’est cela que nous devons faire nôtre, incorporer progressivement à la substance de notre être. Plus nous le ferons, plus nous agirons spontanément comme le Christ…Nous serons d’autres Christ, c’est à dire des chrétiens. C’est pourquoi, la méditation de l’Evangile n’est pas un exercice facultatif pour ceux qui veulent vivre leur incorporation au Christ. C’est là qu’ils en puiseront les moyens »

Y de Montcheuil, Problèmes de vie spirituelle, Epi, 1947, p98)

 

-Etre animé par l’Esprit.

Mais cela ne se fait pas à la force du poignet, de manière volontariste. C’est de l’ordre d’un abandon, d’un « laisser-faire » de l’accueil d’un don. Ces 10 jours entre Ascension et Pentecôte sont symboliques  d’un Espace. Faire de la place à Dieu, ne pas se précipiter dans l’action. Entrer dans un discernement avant d’agir pour que notre action qui reste bien la nôtre, soit aussi celle de Dieu. Que notre action soit animée par l’Esprit. C’est le sens de cette expression si audacieuse qu’on trouve dans les Actes : « L’Esprit Saint et nous mêmes avons décidé… » Ac 15/28

C’est notre aventure : celle d’être configuré-e au Christ, dans le consentement à Lui devenir semblable et par  l’espace que nous offrons à l’Esprit pour discerner ce qui est selon Dieu. Chacun-e de nous peut devenir   présence du Christ dans ce monde : un-e Autre Christ.

Pour cela il est nécessaire de garder des espaces de recul dans son emploi du temps, des temps pour soi, temps de solitude, de silence, d’intériorité, de relecture du vécu . Descendre au plus profond de soi pour reconnaître ce qui est source de paix, de joie, d’élan paisible, source de plus grande confiance en soi, dans les autres, en Dieu, source de plus d’espérance et d’amour. Car ce sont des signes de l’Esprit. Un désir, une pensée, un sentiment, des idées qui sont portés par ce climat, on peut y discerner l’Esprit du Christ. On peut les accueillir et les réaliser. Au contraire, un désir, une pensée, une idée, un sentiment porté par un climat de peur, de méfiance, d’agitation, de découragement, de tristesse, de ressentiment sont plutôt indicateurs d’un mauvais esprit et l’indication d’un combat spirituel à mener.

 

3-« Vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre » Ac1/8.

Il s’agit maintenant de chercher et de trouver le Christ au cœur même de l’action.

Le monde comme lieu pour trouver Dieu, le monde comme lieu de Dieu.

Cela ouvre un accès à Dieu par la médiation du monde : tout ce qui est bon, juste, vrai, beau, en moi dans les autres, dans les choses est Présence de Dieu. Présence à  adorer, à contempler.

L’apostolat n’est pas d’apporter Jésus mais de le découvrir à l’œuvre dans ce monde, révéler sa présence au cœur de ce que nous vivons.

« Je vis, écrit comme en lettres d’or, ce mot de bonté…je le vis, écrit sur toutes les créatures…toutes portaient ce nom de bonté, je le voyais même sur la chaise qui me servait de prie-Dieu. Je compris alors que tout ce que ces créatures ont de bon …est un bienfait que nous devons à la  bonté infinie de notre Dieu,

afin que nous la rencontrions en tout et partout ».

Lettre de Ste Thérèse Couderc du 10 août 1866

Cela rejoint la phrase attribuée à Ignace de Loyola : « Chercher et trouver Dieu en toutes choses ».

J’y ajoute ce commentaire d’un jésuite d’aujourd’hui :

« Dieu n’est cherché en Lui-même que pour être trouvé en toutes chose…Le désir de voir Dieu trouve son repos en Dieu trouvé ici et maintenant dans l’humilité du quotidien ».

P.Philippe Charru sj,  homélie de la fête de Thérèse Couderc, sept 2007.

 

Ensemble, dans la contemplation du Christ et l’écoute de l’Esprit, pour être apôtre.

Voici ce temps du cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Un temps et un espace dont on ne peut faire l’impasse si l’on veut que notre vie chrétienne devienne de plus en plus vivante.

 

4- « Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes dont Marie mère de Jésus et avec ses frères ».

Pesez le « tous ». Il s’agit de l’Eglise entière ! Femmes et hommes. Tous et toutes disciples. Il est vraiment dommage que tant de peintures, d’icônes de la Pentecôte ne représentent que des hommes avec Marie. ( Et même quelquefois sans elle !). Dans notre Centre spirituel, il y a une peinture de la Pentecôte sur bois où l’on voit  Marie et des disciples femmes et hommes recevoir l’Esprit et partir en joyeux-ses messagères et messagers de la Bonne Nouvelle. Je me souviens de l’étonnement d’un prêtre d’y voir des femmes : « Mais il n’y avait pas de femmes au Cénacle quand les apôtres ont reçu l’Esprit Saint ! » me dit-il. Je lui ai ouvert Ac 1/14 : « avec quelques femmes dont Marie ». Comme quoi les représentations mentales et picturales sont plus fortes que l’objectivité d’un texte.

 

Regarder Marie. Quel est son rôle ici ? Pourquoi la pensons-nous uniquement silencieuse ? Elle qui est remplie de l’Esprit depuis l’Annonciation , elle qui retenait toutes ces choses dans son cœur ( Lc 2/19)…Pourquoi ne pas la voir enseignant, à tous et toutes ,les chemins de la foi, l’accès nouveau à Dieu inauguré par le Christ ? Faire comprendre son absence comme une chance : désormais Le découvrir, Le reconnaître à l’œuvre par nos mains. Donner goût à Le contempler pour que quelque chose de Ses yeux, de Son cœur deviennent les nôtres pour devenir Christ pour les autres . Regarder Marie transmettant ainsi son expérience du Christ son Fils et son Sauveur.

 

Par aubonheurdedieu-soeurmichele - Publié dans : commentaire biblique - Communauté : spiritualités de bonheur et de liberté
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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 21:21

 


Le Cénacle de Pâques à l’Ascension ou le passage de la peur à la foi.

 

De Pâques à l’Ascension c’est un  temps qu’on peut appeler « de la peur à la foi ».

On voit les disciples dans l’Evangile enfermé-es dans le lieu où ils et elles ont l’habitude de se retrouver, le lieu où Jésus avait célébré la dernière Cène et que la tradition nomme le Cénacle.

La peur les a fait s’enfermer. On peut comprendre ! Disciples d’un condamné à mort, ils et elles appartiennent au camp de la défaite, au parti de la défaite. En fait, comme leur maître : enfermé-es dans un tombeau,  lieu de la déception après tant d’espoir suscité par l’action de Jésus quand ils le suivaient , lieu de tristesse après tant de joie que sa parole avait éveillée en eux, lieu de la nuit après tant de lumière que sa présence leur donnait, lieu de mort après tant de vie qu’il donnait à qui le rencontrait !

Au Cénacle à ce moment- là, ils et elles  sont dans la peur et l’enfermement.

N’est-ce pas à certains moments de notre vie, un lieu connu de nous et dont nous avons eu l’expérience ?

 

Mais voilà que ce lieu va devenir un lieu d’expérience de Dieu. En effet Jésus va venir les rejoindre dans ce lieu-là. Ils et elles  vont faire l’expérience qu’aucun verrou au monde ne peut empêcher Jésus de nous rejoindre. Verrou de la déception, de la tristesse, de la nuit, de la mort.

Et ils et elles vont regarder éblouis, Jésus se tenir là pour les assurer de sa présence,

Ecoutons, étonné-es, Jésus leur adresser cette parole qui dit et fait la paix en eux, en elles.

Donc ce 2ème lieu du Cénacle va être peu à peu le lieu d’un passage : de la peur à la foi, de la peur à la paix, de la peur à la joie.

N’est-ce pas aussi à certains moments, un passage connu de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?


Cela nous donne 3 signes de la présence active de Dieu dans nos vies : la foi, la paix, la joie.

Et ce sont des dons à la fois du Père, du Fils et de l’Esprit, signe de leur victoire en nous, de la victoire de la vie sur la mort.

 

Le vaincu, le rejeté, le condamné, le crucifié mort sur la croix. Il est vivant et on l’a vu vivant.

La lumière après la nuit, la joie après la douleur.

Il nous faut peser la force de cette joie, qui seule explique la force de leur témoignage, la transformation que cela va opérer et qui ira jusqu'à donner leur vie pour témoigner de Lui.

Cela voulait dire aussi que tout dans la vie de Jésus est véridique, que tout est digne de foi.

Dieu a donné raison au crucifié contre ceux qui en avaient fait un paria, un blasphémateur.

Notre foi repose sur leur témoignage.

Ils et elles ont vu c’est pourquoi ils et elles ont parlé.

Peser ce poids de joie des disciples.

N’est-ce pas aussi à certains moments, une force connue de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?

 

Il y a donc dans ce lieu de passage de la peur à la foi, une expérience spirituelle profonde. Expérience spirituelle qui est expérience de l’Esprit Saint.

Dans le texte, il est indiqué un signe de l’Esprit qui est le pardon des péchés : « Remettez les péchés »

Pour bien profiter de ces paroles du Christ, remarquons qu’elles s’adressent aux disciples, donc à chacun-e de nous. Nous sommes envoyé-es, pour cela nous recevons la force de l’Esprit Saint , et la mission confiée est d’être signe du pardon offert.

Souvent, nous ne prenons pas assez au sérieux ce que nous dit Jésus, nous nous protégeons de ses paroles en nous disant : ce n’est pas à nous qu’il s’adresse.

Baptisé-es, donc disciples, nous sommes envoyé-es :

Accueillons cet appel au pardon, c’est constitutif de notre être baptismal.

Envoyé-es pour dire la miséricorde.

Ces mots de Jésus aux disciples sont pour nous.

N’est-ce pas aussi à certains moments, une expérience de l’Esprit  connue de nous et dont nous avons déjà fait l’expérience ?

 

 

 

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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 13:55

Le centre spirituel du Cénacle de versailles est animé par une famille spirituelle qui a choisi un lieu biblique comme fondement de sa vie spirituelle : un lieu qui s’appelle « Cénacle »

Un nom qui n’est pas facile à porter pour 2 raisons :

-le langage courant du dictionnaire, le définit comme « Petit groupe fermé sur lui-même » ! Dur à porter !

-la prédication courante des homélies l’assimile à la seule peur des disciples enfermés.

 

Nous allons essayer de déconstruire ces images !

 

1-Le premier lieu du Cénacle, c’est le lieu de la Cène, le lieu du dernier repas de Jésus.

C’est donc le lieu du don de sa vie que fait Jésus, par amour pour nous, pour aller jusqu’au bout de la fidélité à Sa mission.  Geste du pain et du vin qui signifie qu’Il entre librement dans Sa passion, qu’Il Se livre totalement. Thérèse Couderc, fondatrice de la Famille spirituelle du Cénacle a tellement contemplé ce mystère de la Cène au Cénacle, qu’elle a fait de ce mot «  se livrer » l’expression ultime de la réponse d’amour qu’on peut faire au Christ : se livrer au Christ en réponse au don qu’Il nous fait.

 

2-le deuxième lieu du Cénacle, entre Pâques et Ascension commence bien par la peur et l’enfermement.

Par exemple : « Le soir de ce même jour…toutes portes closes par peur…là où se trouvaient les disciples, Jésus vint… » Jn 20/19

Ce lieu est important. Il ne s’agit pas de le traiter à la légère, du genre : allez ! dehors !

Car c’est un lieu de passage, un temps de passage de la peur à la foi. Et bien, cela prend du temps ! C’est un lieu où l’on se laisse éduquer par Jésus, où on Le laisse nous pacifier.

 

3-Mais il y a un 3ème temps

Ce 3ème temps est méconnu par beaucoup de chrétiens et d’homélies !

c’est le temps du Cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Nous lisons cela en Ac1/1…13

01  Mon cher Théophile, dans mon premier livre j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement,
02  jusqu'au jour où Il fut enlevé au ciel après avoir, dans l'Esprit Saint, donné Ses instructions aux Apôtres qu'Il avait choisis.
03  C'est à eux qu'Il S'était montré vivant après Sa Passion : Il leur en avait donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, Il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.
04  Au cours d'un repas qu'Il prenait avec eux, Il leur donna l'ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis. Il leur disait : « C'est la promesse que vous avez entendue de ma bouche.
08  Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
09  Après ces paroles, ils Le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
12  Alors, ils retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem,
13  Arrivés dans la ville, ils montèrent à l'étage de la maison.

.

et en Lc 24/50-52

50  Puis Il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, Il les bénit.
51  Tandis qu'Il les bénissait, Il se sépara d'eux et fut emporté au ciel.
52  Ils se prosternèrent devant Lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie.

 

Ce temps est situé entre l’Ascension et la Pentecôte.

-Ils sont réunis ensemble : c’est dire l’importance de la dimension communautaire de toute vie chrétienne.

-Ils sont en prière dans l’attente du don promis qui est l’Esprit Saint : c’est dire l’importance de la prière pour recevoir de l’Esprit le dynamisme de sa vie chrétienne.

-Ils vont, grâce à cette expérience de communauté et de prière, devenir témoins.

 

Et cela sur ordre de Jésus et dans un climat de joie.

Donc entre Ascension et Pentecôte, il n’est plus question de peur.

Ils sont dans ce lieu sur ordre de Jésus, dans la joie et l’attente du don promis.

Car ce mystère du Cénacle de la Cène à la Pentecôte, n’est pas réservé à la famille spirituelle du Cénacle. C’est un trésor à partager.

Les articles qui vont suivre vont développer  le 2ème et le 3ème temps du Cénacle.

 

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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 18:28

« Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église. »

„Über dem Papst als Ausdruck für den bindenden Anspruch der kirchlichen Autorität steht noch das eigene Gewissen, dem zuallererst zu gehorchen ist, notfalls auch gegen die Forderung der kirchlichen Autorität.“

Joseph Ratzinger, dans le Lexikon für Theologie und Kirche, vol III, Herder, Freiburg 1968, p. 328.

 

Citation trouvé dans le blog:

http://royannais.blogspot.fr/     

 

 

 

 

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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 21:35

 

Je continue à vous partager mon étude de la lettre encyclique Mulieris Dignitatem. Après avoir montré l’heureuse rupture que ce texte apporte  par rapport aux discours antérieurs, j’aborde maintenant en quoi il reste prisonnier d’une symbolique discriminante pour les femmes.

 

Lecture symbolique de Ep5 : le Christ époux

C’est la  lecture symbolique du numéro 25 qui va servir à justifier des vocations différenciées. Elle met le masculin du côté du divin et le féminin du côté de la créature humaine. Pour étayer cette idée fondamentale, la lettre s’appuie sur la permanence biblique à présenter Dieu comme un époux et Israël comme son épouse en ce qui concerne l’Ancien Testament. Pour le Nouveau Testament, la lettre s’appuie sur la présentation que Jean-Baptiste fait du Christ comme époux et sur le fait que le Christ lui-même se présente ainsi en Mc 2/19-20.

C’est un fait scripturaire indéniable. Mais il peut être interrogé et interprété. Comme se fait-il que la lettre encyclique puisse reconnaître dans son commentaire de Ep5 la nécessité de  remettre  ce passage dans son contexte  et ne pas faire de même pour la symbolique de l’époux et de l’épouse ? Pourquoi cette assimilation masculine à Dieu qui fait de lui un époux, et  cette assimilation féminine au peuple d’Israel qui fait de lui une épouse, ne serait-elle pas dûe, elle aussi,  à  l’enracinement dans « les mœurs et la tradition religieuse du temps » (MD 24)qui établissait une hiérarchie entre les sexes ? Dans une société marquée par une « tradition qui était discriminatoire à l’égard des femmes »(MD 12)Dieu créateur, sauveur, tout puissant ne pouvait être dit qu’au masculin de l’époux. La femme dans sa condition seconde, dépendante, convenait bien pour dire la dépendance de l’humain à son Dieu. Dans le cadre d’une nouvelle anthropologie qui rétablit l’égalité, il n’y a plus de raison de faire du féminin le symbole de l’épouse, ni d’assimiler Dieu à l’époux. Dans une anthropologie où hommes et femmes sont égaux, la symbolique du Christ-Epoux ne peut plus être utilisée comme symbole du masculin face au féminin. Mais la lettre encyclique ne va pas jusqu’au bout de cette logique : sa symbolique biblique n’est pas objet d’herméneutique contextualisante.

Analysons avec précision le numéro 25 du chapitre 7 qui présente  une lecture symbolique de Ep 5. L’amour de Dieu pour son peuple, semblable à celui d’un époux exprimerait la qualité sponsale de cet amour. Cependant, en rigueur de termes,  la qualité sponsale qui est ici mise en avant peut être  présentée autant comme celle de l’épouse pour son époux que celle de l’époux pour son épouse. Le texte précise que l’analogie Epoux/Dieu et Epouse/peuple exprime le caractère divin et non humain de cet amour. Cette affirmation peut être interprétée de deux manières. Cela veut-il dire que le mot époux qui est masculin exprime le caractère divin de cet amour alors que le féminin d’épouse ne pourrait l’exprimer ? Ou cela veut-il dire que le caractère divin de cet amour est bien au-delà de ce qui peut être vécu au niveau humain ? (Au sens de l'analogie thomiste qui n'est pas synonyme de  ressemblance imparfaite mais qui dit un rapport de dépendance qui nous unit à Dieu. Ce que nous disons de Lui dépasse ce que nous en comprenons, n'est pas en Lui tel que nous le concevons. Dire de Lui qu'il est époux, c'est dire que toute relation d'amour a sa source en Lui, que son existence en nous, dépend de Lui).

Les trois citations suivantes me semblent aller dans le sens de la première interprétation :

L’épouse est un sujet collectif qui englobe tout le peuple de Dieu.

C’est par le rachat  de chaque homme et de chaque femme que le Christ exprime

Son amour et accomplit le caractère sponsal de Son amour. Il le fait en Se livrant de manière radicale par le don de Lui-même. Il est l’époux devant des hommes et des femmes appelé-es à être  épouses . « Ainsi le fait d’être épouse, et donc le féminin, devient le symbole de tout l’humain». ( MD 25 )

 

Quelle est la caractéristique " féminine"  de l'épouse ?

C’est le fait d’accueillir comme un don l‘amour du Christ rédempteur : « Dans l’Eglise, tout être humain, homme et femme, est l’épouse parce qu’il accueille comme un don l’amour du Christ rédempteur et aussi parce qu’il tente d’y répondre à travers le don de sa personne » ( MD 25 ).

 

Quelle la caractéristique de l’époux ?

Le Christ est l’époux et par là s’exprime la vérité sur l’amour de Dieu qui a aimé le premier. Un époux qui, en s’incarnant, est devenu vrai homme au masculin. « Le symbole de l’époux est donc du genre masculin. » ( MD 25 ). C’est par ce symbole masculin que Dieu exprime Son amour.

 

L’argumentation repose sur un présupposé non dit : une représentation de l'homme masculin comme celui qui aurait l’initiative, qui aimerait et donnerait le premier et une représentation du féminin qui recevrait et ne pourrait donner qu’en réponse. Avec cette présupposition, il devient légitime de mettre le Christ du côté de ce symbole masculin de l’époux car le Christ est bien celui qui aime et donne le premier. Mais la présupposition est-elle juste ? Le texte lui-même nous a décrit l’amour humain comme un don mutuel dans la réciprocité .

Mettre le masculin du côté de l’initiative et le féminin du côté de l’accueil , n’est-ce pas revenir au schéma du masculin premier et du féminin second dont le chapitre 3 de la lettre encyclique nous avait délivrés ?

Ce qui peut être questionné au niveau de la symbolique, ne peut l’être au niveau du réel de la masculinité de l’homme Jésus. Mais quel est le sens de cette masculinité ? A-t-elle un sens au niveau de la révélation et de la rédemption ? Etait-il de nécessité de salut qu’il en fût ainsi ? Et surtout cela est-il pertinent pour déterminer une identité , une vocation, des rôles différenciés du féminin et du masculin ?( A ce sujet, voir E.A.JOHNSON, "La masculinité du Christ", Concilium, n°238, p.148-151, article reproduit dans B.CHENU et M.NEUSCH, Théologiens d'aujourd'hui, vingt portraits, Paris, Ed.Bayard/Centurion, 1995, p91-96 )

Cette symbolique met les hommes et les femmes en tant qu’humains du côté de l’épouse, puisque le féminin est symbole de l’humain. Elle met les hommes seuls du côté de l’époux puisqu’ils ont le sexe de l’époux. Et cela permet de justifier l’assymétrie du masculin et du féminin dans la célébration de l’Eucharistie.

« Si le Christ, en instituant l'Eucharistie, l'a liée d'une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu'il voulait de cette façon exprimer la relation entre l'homme et la femme, entre ce qui est "féminin" et ce qui est "masculin", voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l'Eucharistie s'exprime avant tout sacramentellement l'acte rédempteur du Christ-Epoux envers l'Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l'Eucharistie, où le prêtre agit "in persona Christi", est accompli par l'homme (MD 26 ).

 

L’interprétation d’Ep5 est le lieu à la fois d’une rupture avec la manière classique de considérer la différence. Une différence dans une parfaite réciprocité. Mais aussi donne lieu à la continuité d’un discours sur la différence comme positionnement asymétrique par la symbolique époux-épouse.

Cette manière asymétrique de penser la différence est renforcée par le procédé typologique que nous verrons dans l’article qui suivra.

 

Par aubonheurdedieu-soeurmichele - Publié dans : Mulieris dignitatem - Communauté : spiritualités de bonheur et de liberté
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