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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 17:32
Une Pentecôte pour toutes et tous Ac 1/1-14

Ac 1/1-14

Cher Théophile, dans mon premier livre, j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » Alors, ils retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat. À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques. Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères.

 

Un jour, je faisais visiter la maison à un prêtre. Nous étions dans la grande salle où il y a une peinture du Cénacle qui montre des femmes et des hommes avec Marie faisant l’expérience du don de l’Esprit et partant tout joyeux dire la bonne nouvelle de Jésus.

« Au Cénacle, il n’y avait que les douze apôtres avec Marie », me dit-il. Et je lui ai lu ce passage : « Assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. »

Il n’est pas le seul à penser cela. Si vous regardez l’imposante iconographie de la Pentecôte, vous y trouverez souvent des peintures sans femmes, sans autres hommes que les douze apôtres et même sans Marie !

Et pourtant ils sont bien là dans le texte : Marie, des disciples hommes et femmes et les douze apôtres.

Cela peut nous avertir tous sur nos aveuglements de lecture. On lit sans voir car nos représentations nous aveuglent et cachent des intérêts. Par exemple, ne voir que douze apôtres recevant l’Esprit Saint dit une Eglise où seuls certains auraient l’inspiration de Dieu.

Bien lire le texte et voir qu’il y a tout le monde, dit une Eglise où tous ont l’inspiration de Dieu. Cela dit un lieu biblique où tous sont appelés. Pour y vivre quoi ?

Une expérience de confiance et de joie (Lc 24,5).

Il s’agit d’entrer au Cénacle sur invitation de Jésus.

Entrer au Cénacle pour dix jours entre Ascension et Pentecôte.

Dix jours ? Non pas une durée mais une attitude intérieure : une entrée dans une écoute de la Parole, une entrée dans un éveil de la vie profonde, une entrée dans l’accueil d’un don, une entrée dans une vie animée par l’Esprit de Jésus. Temps de gratuité, temps pour goûter simplement le fait de vivre et d’être aimé-e. Temps pour devenir des Théophiles, c’est à dire aimant Dieu et aimés de Dieu, trouvés par lui, faisant de notre vie Sa demeure, car il habite notre cœur, il est chez Lui chez nous.

Et le faire avec Marie. Quel est son rôle ici ? Là aussi, pourquoi la penser uniquement silencieuse ? Elle qui est remplie de l’Esprit depuis l’Annonciation, elle qui retenait toutes ces choses dans son cœur (Lc 2,19) … Pourquoi ne pas la voir enseignant à tous et toutes les chemins de la foi, l’accès nouveau à Dieu inauguré par le Christ ?

Entendre Marie nous faire comprendre son absence comme une chance.

Marie nous enseignant à désormais le découvrir, le reconnaître dans le plus petit, dans le plus fragile, Marie nous rappelant le projet de son fils : construire un royaume de justice, de partage, projet à réaliser avec lui par nos mains.

Marie nous donnant goût à le contempler pour que quelque chose de ses yeux, de son cœur devienne les nôtres pour devenir Christ pour les autres.

Une Pentecôte pour toutes et tous Ac 1/1-14
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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 19:40
Invité, Didier Lévy : Incompatibilité entre la foi chrétienne, l’héritage humaniste et le Front national.

Combien il a été utile que des voix catholiques s’élèvent entre les deux tours et affirment – unies aux autres familles chrétiennes, aux autres spiritualités et aux héritiers de toutes le Lumières - l’incompatibilité entre la foi chrétienne, ou l’héritage humaniste, et le discours de haine du Front National. Pour réparer la complaisance qui au sein de l’Institution, et à son plus haut niveau, se refusait à dire à qui voulait l’entendre, quel était, en justice, ‘’le bon choix’’.

Parce qu’à cet étage, au regard de l’esprit de libre examen que le candidat républicain manifestait sur des questions attachées aux positionnements bioéthiques les plus verrouillés de l’Eglise romaine, l’enracinement historique de l’extrême-droite et l’exhortation à toujours exclure et rejeter davantage – l’autre, le plus démuni - de la candidate frontiste, inébranlablement calée sur des enfermements nationalistes, identitaires et xénophobes, ne pesait finalement pas plus lourd.


Et combien, il est éclairant de revenir, grâce à l’article du blog de Sr Michèle[1], sur la succession des dérives qui, additionnant au fil des temps leurs écarts par rapport au message messianique, ont construit la préoccupation hégémonique de l’ordre sous toutes ses formes, avec en parallèle « une conception fixiste du monde et de l’humain ». Et imposé la primauté de l’autorité sur la libre « conversion personnelle et collective » mise au service de ce Royaume que « dans le sens de l'amour, de la justice, du partage (…), il nous revient de bâtir ».

 

Le croire n’unit pas. Le croire divise quand il ne fait pas haïr.

 

Sans doute est-ce d’une certaine façon le prix à payer, dans le temps long de la création où nous sommes depuis la sortie du mythique Eden, pour que l’image du Juste se dégage au milieu de l’aventure que traverse l’humanité. Dans la durée de son cheminement.

Ce juste auquel les 7 commandements de Noé sont venus dessiner un balisage incertain et toujours exposé à s’effacer.

Évoquer la figure du juste à propos du péril que la progression des suffrages lepéniste a mis devant nos pas, ne peut que nous renvoyer aux années où cette figure a repris vie et gagné ou regagné un sens.

Où était en effet la chrétienté (s’entend ici le fait d’être chrétien) pendant les années d’Occupation – puisque s’agissant de l’extrême-droite, c’est inéluctablement à celles-ci que nous sommes renvoyés.

Est-elle sous les pas du Chef de l’Etat français quand celui-ci franchissait le parvis des cathédrales où le clergé du lieu, mitre en tête, l’accueillait en grand pompe ? Tout à sa béatitude devant le ‘’Sauveur de la France’’ qui refermait la page ouverte par la Révolution française, si impie et si honnie. Est-elle dans les discours radiophoniques de Philippe Henriot, ci-devant député ultra catholique et orateur déchaîné contre la Résistance et les Alliés ? Est-elle sous l’uniforme de Mgr Mayol de Lupé, aumônier militaire de la Légion des volontaires français puis de la Division SS Charlemagne ?

 

Ou bien est-elle, comme tout nous en forge l’intime et pénétrante conviction, dans les prises de position publiques des évêques Saliège et Théas dressés contre le déchaînement des persécutions antisémites ? Et au Chambon-sur-Lignon, autour du Collège Cévenol, parmi les enfants juifs qui y étaient cachés ? Et dans ces villages des Cévennes où protestants et catholiques, qui ne se parlaient plus depuis les Dragonnades, retrouvaient un ‘’vivre-ensemble’’ en se répartissant les familles juives à sauver ? Et dans ces communautés religieuses et ces presbytères qui prenaient leur part de ce sauvetage, ainsi que dans ces écoles où s’est joué ‘’pour de vrai’,’ pendant des mois ou des années, la version originale de ’’Au revoir les enfants’’ ?

Et dans les engagements des chrétiens – professeurs de droit, journalistes, prêtres, pasteurs et fidèles sans grade – qui ont voulu se reconnaître dans le si beau mot de ‘’Témoignage’’. Et qui dans les mouvements et les réseaux, puis dans les maquis se sont réunis pour la même Résistance aux autres croyants, aux athées, aux ‘’bouffeurs de curés’’ d’avant-guerre, aux héritiers patriotes de familles de vieille noblesse ou de bonne bourgeoisie, et aux militants communistes qui chantaient avec eux la même Marseillaise. Et aux inconnus de l’Histoire.

 

Tous ont couru les mêmes dangers devant la barbarie nazie. Tous ont consenti au sacrifice de leur vie qu’en grand nombre ils ont rencontré au bout de leur chemin.

Tous, c’est à dire ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n’y croyaient pas.

 

C’est là le legs, mais aussi l’avertissement, que le poète nous alors laissés en un vers inoubliable. Pour distinguer et pour désigner ceux qui se retrouvent dans ‘’le bon choix’’, et pour dire de quoi celui-ci est fait.

 

Didier LEVY – 12 05 2017

 

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 22:23
Etre disciple du Christ et se dire catholique : pas forcément équivalent !

Des catholiques ont largement voté, ce dimanche, pour Marine Le Pen : à 38%, soit 4% de plus que la moyenne nationale, 29% pour les pratiquants réguliers. Au premier tour, 15% des pratiquants réguliers avaient porté leurs suffrages sur la candidate de l’extrême droite. Celle-ci obtient son meilleur score parmi les pratiquants occasionnels où elle atteint 46% des voix

Ce type de positionnement rejoint, aux USA, les 83 % des blancs évangélistes et plus de 50% des catholiques qui ont voté Trump.

On ne doit pas lire le même Évangile ! Que font-ils à la messe puisque, pratiquants, ils y vont tous les dimanches ? Comment entendent-ils les lectures de la Bible ? Que célèbrent-ils dans l’Eucharistie ? De qui sont-ils disciples ?

Il faut remonter même au tout début du christianisme pour répondre à ces questions. Pierre, à la Pentecôte a prêché un Evangile de salut : « faites-vous baptisés et vous serez sauvé » (Ac 2/40). Salut comme vie après la mort et non comme changement de manière de vivre entre nous. On avait déjà, en germe, une religion sans incidence sur la manière de vivre en société et n'informant pas le réel des relations humaines dans le sens de l'amour, de la justice, du partage.

Ensuite dans le cours de l’histoire, la dérive n’a fait que s’accentuer : dérive d’une religion personnelle de salut comme vie éternelle après la mort ; dérive de la chrétienté où la foi chrétienne devenait religion d’état ; dérive d’une religion sociologique où la foi n’était plus un acte libre mais un conformisme social et une obligation ; dérive d’avoir bradé la liberté évangélique pour les femmes pour se conformer aux habitudes patriarcales des sociétés ; dérive de la justification des pouvoirs en place par une conception de Dieu, monarque tout puissant; dérive de la justification de tous les conservatismes par une conception fixiste du monde et de l’humain ; dérive de la priorité d’un croire formel au lieu de privilégier un agir animé par l’Esprit ; dérive d’avoir concentré toute la foi sur l’identité de Jésus et d’oublier la nouveauté de son agir, le Royaume qu’il a inauguré et qu’il nous revient de bâtir.

Oui, on peut être catholiques pratiquants et voter FN si on n’a pas été saisi par la nouveauté évangélique, la révolution humaine, spirituelle et politique que Jésus apporte.

Vous connaissez des catholiques pratiquants qui ont voté Le Pen ? Un livre pourra peut-être ouvrir un chemin qui montre que l’attachement à Jésus rend impossible une adhésion aux thèses frontistes : José Antonio Pagola, Jésus, approche historique, Ed du Cerf. Ils y découvriront la nouveauté évangélique : Jésus passionné pour un Royaume à bâtir dès maintenant, défenseur des exclus, libérateur des femmes, dangereux pour les puissants. Sauront- ils écouter ? Jésus a été rejeté par ceux pour qui sa vie, son action, sa parole étaient dangereuses et mettaient en danger les positions acquises, les pouvoirs. Il ne peut pas être mieux écouté aujourd’hui !

La nouveauté de Jésus est encore à venir !

Mais elle a toujours été vivante chez des gens chrétiens ou pas, par des inconnus de l’histoire.

Elle l'est, encore aujourd’hui, vivante, chez beaucoup de gens qui ne feront jamais la « une » des journaux, comme par exemple tous les gens qui cherchent des alternatives pour mieux vivre ensemble.

La nouveauté de Jésus...une vraie conversion personnelle et collective.

 

 

 

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1 mai 2017 1 01 /05 /mai /2017 13:59
Le programme de Jésus dans l'Evangile de Luc 4/16-21

Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés annoncer une année favorable accordée par le Seigneur Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »

Lc 4.16-30

 

Nous avons avec ce texte le projet de Jésus.

Il veut que nos vies individuelles et nos sociétés soient transformées selon les valeurs du cœur de Dieu.

Que la volonté de Dieu se fasse sur terre comme elle se fait dans le ciel.

C’est un royaume qu’il inaugure mais qui demande notre collaboration. Il s’agit de chercher le royaume, d’entrer à sa suite dans un chemin de transformation des cœurs et des sociétés.

 

Pour bien entendre cette parole, on peut la rapprocher d’une autre en Lc 6 /22-23 : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncé aux pauvres ; et heureux celui pour qui je ne serai pas occasion de chute »

 

Jésus montre quel changement est déjà à l’œuvre.

Il nous appelle et nous associe à son œuvre pour qu’il y ait dans notre monde,

-moins de mensonge et plus de vérité ( c’est le sens des guérisons d’aveugle) ;

-plus de liberté pour que chacun-e puisse marcher librement ( c’est le sens des guérisons boiteux) ;

-un accès à la santé le plus large possible ( c’est le sens des guérisons lépreux) ;

-entendre que Dieu nous aime ( c’est le sens des guérisons sourds) ;

-travailler à ce que la vie soit plus forte que tout , combattre toute injustice qui écrase les gens (c’est le sens des résurrections) .

Jésus a commencé ce règne. Il a besoin de nous pour le continuer.

 

Mais pour cela, comme une porte d’entrée, il nous faut d’abord nous accueillir comme pauvre, reconnaître ce qui nous rends captifs, prendre conscience de nos aveuglements et de ce qui nous opprime.

Et aller à Jésus avec tout cela, le regarder, lui, avoir les yeux fixés sur lui. Pour que sa contagion de santé de liberté, de vérité nos atteigne au plus profond de nous-même.

En fait nous rendre vulnérable pour devenir solidaire de son projet de vie.

C’est un chemin à prendre…à la croisée des chemins.

Laissons cet appel nous rejoindre, laissons-le faire son œuvre en nous.

 

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 21:24
Invité-es, Katrin Agafia: Le désir du Vivant, Mt 28/1-10

« Oh Dieu, puissé-je être vivant quand je mourrai ! » Voilà ce qu’écrivait Donald Winnicott, un célèbre psychanalyste et pédiatre, peu de temps avant sa mort. Et s’il avait raison… si le problème n’était pas tant de savoir quelle sera notre vie après la mort, que de nous interroger sur notre façon d’être vivants dès ici-bas ! Etre vivant oui, mais comment ?

Dans ce texte, on rencontre d’un côté des femmes et de l’autre des gardes. Chacun est vivant, bien-sûr, vacant à ses occupations, mais le texte nous dit combien la peur s’est emparée des gardes. Les voilà tout tremblants, comme morts… Vivants, mais déjà morts, sans désir propre, obéissants aux ordres ; ils subissent les évènements, esclaves de leur propre peur !

Les femmes, elles, sont poussées par leur envie de « voir le tombeau ». Elles sont en marche. Leur ami a été arraché à la vie et la morsure du manque est immense ! Alors pour conjurer l’absence, il leur faut habiter ce lieu où repose l’être aimé ; il leur faut chercher Jésus le crucifié, jusque dans le néant de la mort, telles des sentinelles à l’affût de la moindre étincelle d’éternité.

« Ne craignez rien, vous. Je sais que vous cherchez Jésus le crucifié ». Ainsi le messager sait, il connaît ce désir qui les fait avancer.
Un désir pétri d’impatience qui
oblige à courir, à se hâter… parce que si on y regarde bien, l’Amour n’aime pas se laisser enfermer. Il est ailleurs, toujours ailleurs, jusqu’en Galilée. Et il faut donc se presser pour ne rien perdre de ce qui est dévoilé, pour ne rien amasser de ce qui est donné !

Un désir creusé par la faim: faim de réponses, faim de sens, faim de présence, faim de cette joie capable de tout faire trembler, de tout faire craquer, même la plus lourde de nos pierres où la mort s’est terrée . Une faim comme gage de justesse et de sincérité. Une faim si grande que Dieu, Lui-même, s’est approché. Et soudain, le temps d’un regard, deux mondes se sont trouvés : l’humain a caressé le divin, et le divin s’est laissé enlacer. Oui, juste le temps d’un regard, l’instant présent, suspendu à ce désir fou de vivre pour de vrai, a épousé l’éternité.

Certes, il est malheureusement possible de subir nos existences, prisonniers des exigences imposées par notre société. Il est possible d’être rassasiés de toutes ces choses qui nous donnent l’impression d’exister. Il est possible de faire semblant de vivre et laisser la mort tout emporter.

Mais à la lecture de ce texte, un autre chemin est envisageable ; un chemin où deux femmes nous ont précédés, où Jésus lui-même nous a guidés. Le chemin d’une bonne nouvelle où vivre, c’est faire le choix d’écouter son cœur en premier, ce cœur qui nous supplie de toujours nous relever ; un chemin où vivre, c’est aller au tombeau, et se tenir là, vidés, juste au bord du gouffre, sans jamais cesser de veiller ; un chemin où vivre, c’est accepter la faim, la soif, comme autant de sentiers qui nous mènent vers notre liberté ; un chemin où vivre, c’est tenir serrés là, tout contre son cœur, les quelques mots de tendresse qui nous ont été confiés ; et puis marcher, marcher, sans jamais s’arrêter jusqu’en ce lieu, où nous n’avons jamais osé mettre les pieds ; un chemin où vivre, ce n’est pas juste s’approcher, c’est tomber à genoux et enlacer les pieds de l’être aimé, ce n’est pas juste aimer, c’est s’empresser d’aimer, comme si ce jour allait être le dernier; un chemin où « vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. »[1]

Alors, si vivre c’est désirer, on peut comprendre que Jésus soit ressuscité car son plus grand rêve était de nous rendre aussi Vivant que Lui, ressuscités avec Lui, ressuscités en Lui. Et au matin de Pâques, ce désir s’est faufilé jusqu’au creux de notre humanité ; un désir brûlant et contagieux comme les flammes d’un grand feu pour nous rappeler que « vivre » et « se consumer » sont deux mots de la même lignée.

 

 

[1] Christian Bobin « Noireclaire »

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 16:44
Repenser la question de la Création en christianisme

"Je crois en Dieu créateur"  disons-nous  à chaque fois que nous récitons le Credo.

Mais que « pensons-nous » en disant cela ?

Quelle représentation nous faisons-nous de cette création ?

Comment Dieu crée-t-il ?

 

Il n’est plus possible de nous représenter cette création telle qu’elle est décrite dans les deux récits de création : 7 jours pour le premier récit et un humain tiré de la glaise pour le second. Car nous comprenons maintenant que la vérité de ces textes ne relève pas de l’ordre du comment mais du pourquoi. Pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que rien ? (Leibniz) Ces textes répondent à cette question en disant qu’à la source de l’être il y a une décision de Dieu, que ce qui est créé à sa source en Dieu, que c’est bon, et que c’est une création dont nous sommes responsables.

 

Cependant les réponses du comment tels que les sciences nous les présentent interrogent la foi. Comment Dieu est créateur dans ce long processus qui a débuter il y a 15 milliards d’année ?

Big bang, constitution des galaxies, notre système solaire qui se constitue, une histoire chaotique de la terre, surgissement de la vie, évolution des espèces, émergence lente de l’humain jusqu’à l’homo sapiens que nous sommes.

Le défi qui est posé au judéo-christianisme est de penser Dieu créateur au cœur même de ce modèle.

Comment est-il créateur dans ce processus ?

 

C’est à cette question qu’il nous faut nous atteler. Ceci en s’aidant du théologien Adolphe Gesché dans son livre Dieu pour penser le Cosmos.

Dans un chapitre de ce livre, il pose la question : Dieu est-il horloger ?

Sa réponse est négative. Car le monde n’est pas une horloge, une mécanique bien réglée auquel rien ne peut être changé. Et Dieu n’est pas un mécanicien qui a réglé la machine.

Voilà comment il pose la question :

« Si, comme on le voit aujourd’hui, le cosmos n’est pas une horloge ; si le monde invente pour une part, les structures de son processus ; si l’homme, par son geste co-créateur, a droit et devoir d’une liberté inventive, qu’en est-il encore de Dieu ? »

 

Et voilà comment en résumé, il répond.

Créer ce n’est pas fabriquer des choses toutes faite, des choses complètement déterminées, ce n’est pas modeler ce n’est pas faire une copie toute faite.

Créer, c’est ouvrir un espace d’autonomie avec des processus d’autorégulation et d’invention

Dieu est celui qui fait que les choses se font comme elles se font mais rigoureusement, il ne les fait pas, il ne les fabrique pas. Il les provoque au devenir, il leur donne ordre d’avenir.

Dieu a créé un cosmos comme espace de possibilités internes et de liberté inventive et non une dictée à laquelle il n’y aurait rien à changer.

Il a créé un processus, des virtualités, un monde comme un champ ouvert.

Il est vrai créateur car créateur de création.

Il n’est pas horloger, géomètre, auteur d’une mécanique, il ne dicte rien mais il est créateur posant ce qui rend possible un cosmos qui se fera comme il se fera, en lui donnant de se faire comme il se fera

Il est créateur d’un monde qui s’invente, une part créatrice voulu par le créateur. Cela se crée, et ce n’est pas fabriqué.

Cela permet de comprendre la symbolique du repos du 7ème jour de la Gn. Ce 7ème jour n’est pas la fin de la création c’est son ouverture à une aventure à continuer d’inventer : cosmos créatif, un monde en genèse, en devenir, un monde de complexité innovantes et pas un scénario tout fait

En pensant ainsi on réconcilie foi judéo-chrétienne en un Dieu créateur et la réalité du monde telle que la science nous la découvre

On réconcilie aussi Dieu avec la liberté humaine

« L'idée de création implique que la liberté est vue comme un don. Ce qui signifie, cette fois, que l'homme est appelé à l'invention, à la créativité…L'homme n'est pas simplement créé, il est créé créateur. L'idée de création atteint toute sa signification dans l'homme. La liberté y devient créatrice. L'homme n'a pas devant lui un destin tout tracé, fût-ce par Dieu, et dont il ne serait que le scribe calquant sous dictée un texte divin. Parler de l'homme créé créateur, c'est dire que la liberté lui a été donnée d'inventer du nouveau, de l'inconnu, voire de l’inouï ; de faire de sa vie l'éclosion et l'invention de choses nouvelles, remises et confiées à ses choix et à ses initiatives. Le don n'implique pas, lui non plus, une statique, mais une dynamique. La liberté prend ici les contours d'une invention de notre être. » ( Adolphe Gesché)

 

Dieu n’est donc pas la négation ou l’écrasement de l’humain mais sa preuve et son attestation. Il autorise l’humain à s’inviter lui-même, à sans cesse se dépasser avec l’infini comme horizon.

*La liberté n’est pas arrachée à Dieu, elle est originelle par essence parce que nous sommes libres à l’image de Dieu qui est libre. La liberté est un DON de Dieu.

*La liberté est vocation, de l’ordre de l’existence à faire dans l’histoire, une tache à réaliser. Les Pères de l’Eglise, commentant la phrase de la genèse : créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, disent que l’Image est un don et que la ressemblance est à réaliser.

 

Cette pensée de Gesché m’a ouverte à la réflexion ci-dessous :

Pour pouvoir vivre vraiment de cette liberté, il est donc bon que nous nous libérions de conceptions qui sont cause d’athéisme en nous et chez les autres.

 

Se libérer donc de l’idée que Dieu aurait créé un monde tout fait. Pour employer une comparaison de couture : un monde prêt à porter. Il n’y aurait qu’à enfiler ce vêtement auquel on ne pourrait rien changer. Cette image dit un ordre des choses décidé par Dieu. Un monde tout fait où il n’y aurait rien à changer, rien à créer, auquel il ne manquerait rien.

Donc dans ce cas l’action humaine serait simplement de conserver les choses en leur état. La réponse de l’humain serait de rien abimé de ce qui serait sorti des mains de Dieu.

La liberté consisterait à pouvoir dire oui ou non à un ordre établi par Dieu, être obéissance à cet ordre dans le oui, et désobéissance, révolte et péché dans le non.

Cette conception nous habite et il est nécessaire d’en voir toutes les conséquences.

 

*La première conséquence, c’est que ce monde dans ce modèle, en soi a peu d’intérêt puisque rien ne lui manque, qu’il n’y a rien à y faire de décisif qui lui manquerait, il est seulement le lieu d’une épreuve, le lieu où l’on fait ses « preuves » de l’obéissance ou de la désobéissance.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela justifie. Un Dieu qui imposerais son modèle à l’exclusion de tout autre. C’est lui qui l’a fait ainsi. C’est un modèle où Dieu impose. Image d’un pouvoir absolu. Image de Dieu comme monarque absolu.

*la troisième conséquence permet de justifier tous les conservatismes. Les choses de ce monde n’ont pas à être changées parce qu’elles sont telles que Dieu les a créés. Cela permet de justifier les instances de pouvoir. De même que Dieu impose un ordre des choses, il est normal que certains l’imposent aux autres. Ainsi nous nous faisons une idée de Dieu conforme à ce qui se passe dans nos sociétés ou certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres.

Le fait que Dieu soit aussi celui qui impose son modèle, justifie que qu’il en soit ainsi dans les relations humaines. Le ciel justifie la terre et la terre est à l’image du ciel. Nous projetons sur Dieu, le style de relations aliénés que nous vivons entre nous. « Les relations sociales basés sur la domination existant entre nous ont servi d’exemple pour concevoir la relation entre les humains et Dieu » Berdiaeff ,De l’esclavage à la liberté p 91

Cette conception du monde et de Dieu sont solidaires. Dans ce modèle, le péché va s’appelé révolte, désobéissance, refus.

Et ce modèle est pour moi une des raisons de l’athéisme.

 

Pour pouvoir vivre vraiment de cette liberté, il est donc bon d’accueillir un autre modèle qui dit une autre image de Dieu, de l’humain et de la liberté :

Dieu n’a pas créé un monde tout fait mais un monde à faire. Pour continuer la comparaison de la couture : ce n’est pas un monde prêt à porter. Ce sont des vêtements à confectionner nous-mêmes. Dieu nous offre ce qu’il faut pour coudre mais c’est à nous d’être créatif, d’inventer des formes, des couleurs à l’infini. Ce monde n’est pas tout fait, il est à faire. Et si nous ne le faisons pas il y manquera ce que nous nous seuls pouvons faire, pouvons y apporter. Il ne s’agit pas de conserver un monde préétabli mais de bâtir un monde neuf. La liberté ici est liberté de création où chacun doit inventer son chemin. Dans ce modèle, la liberté peut produire de l’inédit qui ajoute quelque chose d’original, quelque chose qui manque. C’est une liberté créatrice où tout humain doit inventer son chemin.

Les conséquences sont l’inverse

*La première conséquence, c’est que ce monde à faire acquiert un intérêt fondamental. Sa création est remise à notre responsabilité. Il lui manque ce que nous arriverons à créer et qui ne serait pas sans nous. Ce que nous y ferons acquièrt une dimension de décisif. Il est lieu de créativité. La liberté n’est pas une épreuve, elle est condition de création.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela révèle. Un Dieu qui nous fait co-créateur. Il n’impose pas un modèle. Il ouvre des possibles confiés à notre créativité. Il n’est pas le Dieu qui impose et s’impose, qui dirige. Il crée comme la mer, les continents, en se retirant. Il n’est pas à l ‘image d’un pouvoir absolu mais son autorité est de celle qui autorise à vivre à plein. Va vers toi-même dira-t-il à Abraham.

*la troisième conséquence permet de libérer l’initiative pour tous et toutes. Les choses de ce monde n’ont pas à rester telle quelle, elles peuvent et doivent être changées. Le pouvoir est rendu à chacun. Les instances de pouvoir sont légitimes non en soi mais dans la mesure où elles sont au service du progrès, de l’humanisation de toutes et de tous. Ainsi cette autre idée de Dieu conteste ce qui se passe dans nos sociétés où certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu ne soit pas celui qui impose son modèle, justifie la recherche de relations humaines basées sur la fraternité et l’égalité, la recherche de relations non aliénés. Dans ce modèle, le péché va prendre une toute autre tonalité. Il va être plus de l’ordre de l’omission, du désintérêt des choses de ce monde, du non engagement à bâtir ce monde, de tout pouvoir dans la mesure où il empêche l’autre d’exister et d’inventer sa vie librement. Il va se découvrir en se demandant ce qui fait obstacle aux relations fraternelles, faites de respect et d’égalité. La conversion va se comprendre comme conversion à une autre image de Dieu. Avoir entendu Dieu nous dire : « Va vers toi-même », avoir vraiment entendu cette parole va libérer notre cœur pour pouvoir dire et être pour les autres ce que Dieu fait pour nous. Donc se détourner de ce qui justifie l’injustice, le conservatisme, la domination, l’aliénation et accueillir ce qui nous stimule à bâtir des relations libérantes pour nous et pour les autres.

 

Quel choix faisons-nous ? Lequel de ces 2 modèles informe nos vies ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 17:04
Temps pascal : la résurrection à vivre

Le tombeau était scellé. La mort semblait triompher. C’était à la fois la personne de Jésus mais aussi son message, le Royaume dont il témoignait qui étaient enterrés. Un Royaume qu’il avait commencé à instaurer par ses paroles et ses actes. Royaume de respect de toutes et tous sans discrimination. Royaume de frères et sœurs dans l’égalité. Royaume de justice, de pardon, de partage. Royaume de joie. C’est tout cela qui se trouvait enfermé dans la nuit du tombeau. Et l’inouï se produit : la tombe est ouverte et vide. Où est-il ? La vie a triomphé de la mort. Dieu a ouvert ce qui était fermé. Et cette ouverture est pour nous le gage de la victoire sur tout ce qui nous enferme, de tout ce qui est mortifère : Dieu est de notre côté dans l’Ouvert. Et c’est depuis toujours que Dieu a pris le parti de l’Ouvert : Créer, recréer, ressusciter, c’est ouvrir. Prendrons-nous le même parti ? Pour cela, une vraie conversion est nécessaire : la résurrection du Christ n’est pas quelque chose à croire comme on récite une formule, c’est quelque chose à vivre. Vivre ce que l’on croit, c’est répondre à un appel à vivre autrement. La foi est un engagement, une prise de position, un combat pour faire gagner la vie, pour faire gagner le royaume de respect d’égalité, de partage de justice inauguré par Jésus. C’est vivre dans l’ouvert. Un des drames de l’histoire de l’Eglise, c’est de n’avoir pas su assez tiré les conséquences politiques et sociales de la résurrection. La résurrection donne raison à Jésus, donne raison à ce qu’il a fait contre ceux qui l’ont crucifié au nom de fausses conceptions de Dieu, et parce que Jésus remettait en cause l’utilisation religieuse du pouvoir et voulait un royaume de justice. Au lieu d’en faire un formidable levier de résistance à l’injustice, elle a souvent servi à n’être qu’un article de foi qui renvoyait la justice à la vie après la mort, ne contestait aucun pouvoir, confortait une résignation. L’impossibilité d’une lecture sociale et politique de la résurrection s’explique par la résistance au changement mais aussi au fait qu’on vivait dans un monde qui semblait immobile : entre naissance et mort d’une personne, rien n’avait changé. Aujourd’hui, dans nos sociétés, entre sa naissance et sa mort une personne a pu voir et vivre de profonds bouleversements. C’est pourquoi, la lecture sociale de la résurrection a plus de chance aujourd’hui d’être reçue. La résurrection est bien l’espérance que nos vies sont faites pour l’éternité, que rien n’est jamais perdu pour Dieu, jamais fini pour Dieu mais elle est aussi la certitude que Dieu ne se résigne pas à l’injustice, qu’il la combat à côté de ceux qui la subissent et la combattent. Comment faire pour que l’orthodoxie d’un énoncé de foi ne reste pas inopérante dans nos vies et nos sociétés ? Pour cela voir le Christ humilié et crucifié en tout personne humaine qui souffre, dans toutes les déshumanisations de notre monde. Voir la résurrection à l’œuvre en tout lieu, en toute action, en toute personne, en tout ce qui humanise notre monde. Croire en la résurrection, c’est sortir de ce qui est fermé pour ouvrir les chemins du possible.

 

 

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 09:10
Le Christ ressuscité institue des femmes apôtres

Après le jour du sabbat, comme le premier jour de la semaine commençait à poindre, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent visiter le sépulcre. Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre : l'Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s'assit. Il avait l'aspect de l'éclair, et sa robe était blanche comme neige. A sa vue, les gardes tressaillirent d'effroi et devinrent comme morts.

Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes : "Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez voir le lieu où il gisait,

et vite allez dire à ses disciples : Il est ressuscité d'entre les morts, et voilà qu'il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez. Voilà, je vous l'ai dit." Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre : "Je vous salue", dit-il. Et elles de s'approcher et d'étreindre ses pieds en se prosternant devant lui. Alors Jésus leur dit : "Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront."

Mt 28/1-10

Regardons ces deux femmes unies dans la douleur. Celui qu’elles aiment est mort. Celui qui savait aimer comme personne n’a jamais aimé, n’est plus. Celui en qui elles avaient mis tant d’espoir de libération est dans un tombeau.

Regardons l’ange qui roule la pierre et s’assoit dessus. Le tombeau n’est plus fermé, il s’ouvre à la lumière du jour, signe déjà que de l’inouï peut survenir.

Ecoutons le discours de l’ange. Il nous dit de ne pas craindre. Il reconnaît en nous ce qui habite notre cœur, la recherche du Christ. Il annonce la vie plus forte que la mort. Il indique où trouver Jésus : en Galilée, là où Il nous précède. En Galilée seulement ? Non, pas seulement, car dès maintenant aussi, dans l’écoute de la mission reçue, ces femmes Le rencontrent. Aimer Jésus, c’est Le découvrir en toutes mes activités faites pour Lui, selon Son esprit, en cohérence avec Son royaume.

Ecoutons la parole de Jésus : « Je vous salue » C’est la même que celle adressée à Marie à l’Annonciation. Parole pour une autre naissance, celle de Dieu au plus profond de nous. Je vous salue est un mot intraduisible en français, il dit à la fois salut, joie et grâce. En le disant à ces femmes, c’est à chacun-e de nous qu’il le dit.

Pour quelle naissance en nous ?

Ecoutons « Ne craignez pas, allez annoncer à mes frères ». Jésus les institue apôtres de sa résurrection.

Il nous institue apôtres !

 

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 17:59
Vendredi Saint: La croix du Christ, jugement contre toute injustice.

Avec la mort du Christ, nous pouvons atteindre les sommets des fausses images de Dieu. Quel est ce Dieu, ce Père, qui aurait besoin de la mort de son Fils pour nous pardonner ? De cette mort pour réparer l’offense ?

« Un Dieu d’amour n’est pas compatible avec un être qui peut être offensé au point de devoir sacrifier son Fils pour rester en paix avec soi-même et se réconcilier avec l’offenseur » (Juan Louis Segundo, sj ).

Alors comment parler de la passion pour que ce soit la bonne nouvelle d’un amour qui va jusqu’au bout ?

En s’incarnant, Dieu est passé par la mort comme chacun de nous. Dieu est donc passible (susceptible de souffrir) et non pas impassible. Il se fait proche jusqu’au bout de ce qui fait nos vies, jusqu’à l’extrême de nos vies qu’est la mort. Rien de ce qui fait nos vies, la naissance et la mort ne lui sont étrangers. Il est le Dieu d’infinie proximité, sans tricher. Dieu avec nous, jusqu’au bout. Par la croix, Dieu souffre. S’il n’était pas ce Dieu là, Dieu resterait distant, froid, silencieux. « Si Dieu était incapable de souffrir, il serait aussi incapable d’aimer. Dieu souffre par son amour qui est la surabondance de son être » (Jurgen Moltmann).

Jésus, par sa vie et sa mort, donne accès à ce Dieu là. Cela permet de mettre en question la doctrine de la toute puissance de Dieu. Cette doctrine n’est plus crédible pour l’homme d’aujourd’hui. La toute puissance que Dieu possède et manifeste dans le Christ est la toute puissance de l’amour souffrant.

De plus la mort du Christ sur la croix est violente et injuste. Le Dieu crucifié est jugement contre toute injustice. Dieu victime de l’injustice, est dénonciation de toute injustice. La mort du Christ est communion avec celles et ceux qui sont dans la nuit.

Le Christ est là avec nous, non seulement un jour du temps quand il a hurlé de douleur sur la croix, mais aussi de tout temps. Il crie sa douleur pour tout ce qui dans ce monde pourtant si beau, est défiguré par l’injustice et par l’absurde. Il est là avec nous, sans mots, mais il est là. Il nous prend la main, il nous prend dans ses bras pour que, de la douleur, puisse naître peu à peu une détermination, une force pour combattre, une force pour vivre et faire vivre.

Arrêtons donc de dire que la mort du Christ sur la croix est la volonté de Dieu comme condition de pardon ! La miséricorde qui est Dieu n’a besoin d’aucune souffrance ni d’aucune croix pour être remuée aux entrailles devant nos égarements.

« Ayant aimé les siens, il les aima jusqu’à l’extrême ». Voilà la raison de la croix : un amour en excès. Une fidélité de Dieu qui va jusqu’au bout. Il va jusqu’au bout de la non-violence et ne répond pas à la violence par la violence. Il fait jusqu’au bout ce qu’il a toujours dit et fait. Reculer devant la croix, cela aurait décrédibilisé tout l’Evangile.

Au pire de la souffrance, une parole de pardon est dite « Père, pardonne-leur ». C’est le pardon absolu qui « rachète » toute faute si l’on veut bien le recevoir. Cela nous délivre de vouloir être à nous-mêmes notre sauveur, ce qui est impossible et nous plonge dans une quête de réparation sans fin. Seul le Christ est sauveur et son salut est total et gratuit.

A la croix, Dieu nous dit son avant dernière parole : « comment est-ce possible que vous ayez encore peur de moi ? Mes mains sont solidement clouées au bois. Les mains de mon amour et le bois de vos vies, liés de toute éternité. Rien, rien ne peut nous séparer ».

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 17:00
Un texte inouï: le lavement des pieds dans l'évangile de Jean 13/1-17

Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : "Seigneur, toi, me laver les pieds ?" Jésus lui répondit : "Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras." Pierre lui dit : "Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !" Jésus lui répondit : "Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi." Simon-Pierre lui dit : "Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête !" Jésus lui dit : "Qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver ; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous." Il connaissait en effet celui qui le livrait ; voilà pourquoi il dit : "Vous n'êtes pas tous purs." Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : "Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé.

Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

 

« Il voulut les aimer jusqu’au bout »

Ce geste du lavement des pieds ouvre le temps de la Passion. Avec ce geste, nous allons regarder un amour qui va jusqu'au bout, qui va jusqu'à l'extrême Il y a un excès de l'Amour à contempler.

« Il savait que le Père avait tout mis entre ses mains et qu’il retournait à Dieu comme il était venu de Dieu » Regarder la pleine liberté de Jésus. Ce don qu’il fait de sa vie n’est pas imposé de l’extérieur. Il consent de tout son être à la fidélité à sa mission.

Prendre vraiment du temps pour regarder chaque geste qu’il fait : se lever de table ; retirer son vêtement ; mettre un linge autour de sa taille ; verser de l’eau dans une cuvette ; se mettre à genoux devant chacun ; leur laver les pieds ; les essuyer avec le linge. Sentir la délicatesse de Jésus avec laquelle il fait cela.

Se rappeler que dans la société où vivait Jésus ce geste de laver les pieds ne pouvait être fait que par un esclave. Donc, ici, dans ce geste, Jésus prend la place d’un esclave. Paul dira dans l’épître aux Philippiens : « prenant la condition d’esclave » Ph2/6. Il prend donc la dernière place. Cette place d’esclave devient la place de Dieu ! Se laisser étonner de cela. En tirer profit.

Ne pas oublier de se mettre dans la scène, à la suite des disciples, regarder Jésus qui est à genoux devant moi et me lavant les pieds. Qu’est-ce que je ressens ? Qu’est-ce que j’ai envie de lui dire ?

 

 

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