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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 21:27
Prier avec sa vie: la prière d'alliance

La prière d’alliance, c’est ressaisir chaque jour cette alliance avec Dieu. Ce lien, cette amitié, nous avons à en prendre soin, cette prière d’alliance est une manière de prendre soin de cette amitié avec Dieu. Si on est vraiment ami avec quelqu’un, on aime lui raconter notre journée.

Un autre avantage aussi est de nous arrêter, faire STOP sinon on risque de vivre sans s’arrêter et de vivre sans réfléchir à ce qu’on fait. C’est une manière de sentir le prix qu’à notre vie

de cultiver l’émerveillement « merveille que je suis ». dit le psaume 139.

Nous n’avons pas assez conscience que la vie, que notre vie n’est pas banale.

Notre vie a suffisamment de prix pour que je puisse avoir ce moment pour la regarder, en goûter le bon, me réjouir de ce qui est bon et m’interroger sur le moins bon.

Un autre avantage encore de cette prière c’est qu’elle va cultiver en nous la gratitude.

Passer du tout est dû au tout est don puisque sa première partie aboutit à dire des merci.

C’est une prière quotidienne ça peut-être le soir ou le matin. Mais ça peut être aussi au terme d'une semain ou d'un mois.

Se mettre en présence de Dieu et demander une grâce:

« Donnes-moi de regarder ma journée à ta lumière et sous ton regard »

PREMIERE PARTIE : SE REJOUIR SIMPLEMENT D’EXISTER

Se réjouir de ce qui s’est passé dans la journée.

  1. Se réjouir d’exister.

Si tous les soirs on commence par se réjouir d’exister,  des choses vont changer !

Se réjouir d’être en bonne santé ( si on l’est !)

Se réjouir de marcher, d’avoir des yeux pour voir de belles choses. ( si on a tout cela)

Prendre conscience de tout ce qui nous est donné. Ce n’est pas un dû, c’est un don.

Cela va développer en nous la conscience que ce n’est pas banal.

  1. Se réjouir de ce que j’ai reçu des autres dans la journée.

Il y en a plus ou moins, mais il y en a des bonnes choses que d’autres m’ont données!

Les petites choses deviennent des grandes choses. C’est un des fruits de cette prière d’alliance, de voir tout ce que je reçois des autres. Se réjouir de choses les plus habituelles. Tant de choses,  me viennent grâce au travail des autres.

  1. Se réjouir des bonnes choses que j’ai faites.

Moi aussi je fais des bonnes choses. Donc m’en réjouir sans fausse humilité.

Goûter d’avoir pu réaliser simplement le travail qui est le mien, la présence, l’écoute, le soutien que j’ai pu apporter, toute action, toute pensée qui ont été dans le sens du beau, du vrai, du beau dans ma journée.

  1. Se réjouir des bonnes choses que d’autres ont faites pour d’autres,

Je n’en suis ni l’auteur, ni le bénéficiaire mais je me réjouis des bonnes choses dont d’autres ont été bénéficiaires.

TOUT CECI me fait monter au cœur : un merci à la vie, un merci à moi-même, un merci aux autres.

Et je fais remonter ce merci à Dieu. En prenant bien conscience que ce n’est pas Dieu qui fait ces évènements, c’est bien moi ou les autres, mais merci à Dieu car  Dieu est la source de toute bonté, vérité, justice. Je fais donc remonter à l’origine, mais cela est passé par des personnes concrètes.C’est la première partie et cela peut-être suffisant

DEUXIEME PARTIE : PRIERE DE DISCERNEMENT

1-D’abord je sonde mon cœur. Comment je me sens ? Dans la joie, dans la tristesse ? Avec un goût amer ? Beaucoup de bonheur, du découragement ? De la confiance ?

Quel sentiment m’habite?

En regardant cette journée écoulée, qu’est-ce qui reste ? Quelle est la météo de mon cœur ?

2-Essayer de repérer ce qui est à l’origine de cela.

Peut-être il n’y a rien, peut-être il y a des raisons. J’essaye d’aller un peu plus loin une fois que le constat a été fait. Je discerne pour en faire quelque chose :

  • Si cela provoque des sentiments positifs : joie, paix, confiance en moi, en Dieu, dans les autres, c’est un bon signe de quelque chose qui est à garder, à poursuivre. Signe d’un chemin à prendre ou à continuer.
  • Si cela provoque des sentiments négatifs : tristesse, découragement etc

Il faut en faire quelque chose, il faut en tirer profit. Cela m’indique peut-être un chemin à ne pas prendre et au contraire à prendre le contre-pied. Cela m’indique peut-être à donner un pardon ou à demander pardon. Faire cela c’est un peu comme les disciples d’Emmaüs, ils exposent leur amertume à quelqu’un et le faisant, quelque chose va s’éclairer.

TROISIEME PARTIE : CONFIER LA JOURNEE DE DEMAIN

Vous regardez votre agenda, le travail à faire, les rencontres. Vous confiez à Dieu votre journée. Si ce sont des choses joyeuses, vous vous réjouissez à l’avance, si ce sont des choses difficiles vous les confiez à Dieu. Pratiquement dans cette forme de prière, c’est inviter Dieu à être le compagnon de notre vie. C’est ne pas être en solo. C’est ne pas laisser Dieu sur le palier de ma porte. Dieu ne va pas faire les choses à notre place. Mais c’est cette présence qui est notre force et notre joie. On est contemplatif de sa présence.

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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 19:42
Contemplons avec Luc 9/10-17: fête du St sacrement année C

Quand les Apôtres revinrent, ils racontèrent à Jésus tout ce qu’ils avaient fait. Alors Jésus, les prenant avec lui, partit à l’écart, vers une ville appelée Bethsaïde. Les foules s’en aperçurent et le suivirent. Il leur fit bon accueil ; il leur parlait du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

 

Nous sommes avec Jésus, parmi ses disciples de retour de mission. Car c’est vrai aussi pour nous. Nous venons de vivre une journée et nous étions envoyé-es en mission, quelle qu’aient été nos activités. Apôtres de Jésus nous sommes envoyé-es par lui au cœur de notre vie humaine, dans ce qui fait le plus ordinaire de nos vies.

Et maintenant nous allons vivre un temps de rencontre privilégié avec lui pour l’écouter et le contempler.

 

1er piste

Regarder la foule. Qu’est-ce qui peut les faire se déplacer ainsi ? Leurs attentes ? Leurs désirs ?

Et le mien, quel est-il ?

 

2ème piste

Contempler le Christ. Oui, le regarder, s’imprégner de ce qu’il fait, de ses attitudes, de ses sentiments avec au cœur un désir : le connaître davantage pour mieux l’aimer. S’imprégner de lui pour que quelque chose de sa vie passe dans la nôtre.

- Il écoute ses disciples au retour de mission, attentif à ce qu’ils disent, comme aujourd’hui encore il est attentif à ce que nous lui partageons,

- il part à l’écart avec eux

- il fait bon accueil à la foule,

- il leur parle du règne de Dieu

- il guérit des malades

- il fait asseoir les gens,

-il se sert des 5 pains qu’on lui apporte

- il rompt le pain et tous sont rassasiés.

Il s’agit de rester là à regarder et de sentir le poids d’amour qu’il y a dans tous ces gestes, ces sentiments.

Il aime en nourrissant de parole et de pain. Il aime en écoutant ses disciples, il aime en les associant à son œuvre.

Il s’agit ensuite de se laisser aimer par Jésus. C’est aujourd’hui, maintenant que Jésus fait cela pour chacun-e de nous : il nous écoute avec attention, il nous rompt le pain de sa parole, il nous regarde avec amour. Laissons-le-nous aimer ainsi !

Il ne s’agit pas d’avoir des idées sur ce texte mais de vivre une expérience de rencontre avec le Christ.

 

 

 

 

 

 

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 23:16
Invité-es:Didier Lévy, désobéir une éthique de protestation.

On a trop méconnu la nécessité d’enseigner la désobéissance. Vertu pourtant plus utile, comme en témoigne une somme de vies humaines exemplaires, que l’obéissance ordinaire, souvent frileuse et sans imagination. Oui, « sans cette désobéissance (…) pas de libération ». Oui, la désobéissance nous réconcilie avec tout ce qui est contenu dans l’idée de dignité quand elle est « le refus d’obéir à l’injustice », quand elle est « (une) résistance au mal qui se fait agissante, qui prend les moyens de résister ».

Que d’occasions offertes dans l’Histoire à l’exercice de cette vertu que résume si exactement la notion d’objection de conscience. Une notion qu’enfant, j’ai découverte parce que de jeunes hommes s’en réclamaient pour refuser de prendre part à une ‘’sale guerre’’ - ‘’sale’’ comme le sont toutes les guerres, mais avec cette accentuation particulière dans le registre de l’abjection et de la cruauté qu’ont toujours les guerres coloniales.

Un peu plus âgé, on m’a instruit de ce que nous devions aux Justes. Ces « justes parmi les nations » qui comme la fille de Pharaon, ont obéi à leur conscience - selon une formule qui semble si convenue et si banale - et qui partant n’ont rien cédé à la force de lois iniques ni aux détenteurs des instruments de la puissance et de l’apparence de la légitimité qui avaient promulgué ces lois. Obéir à sa conscience : effectivement une expression qui semble tombée dans le langage commun et y avoir perdu à peu près toute capacité d’évocation de ce qu’elle désigne. Pourtant ces justes-là, en leur temps, ont préservé un espace du monde, celui qu’ils ont investi parce que cette même conscience leur avait signifié qu’il leur était imparti, et ils l’ont préservé pour que ce que nous nous représentons comme l’humanité ne soit pas totalement aboli. Et placés chacun au cœur de leur nation, c’est aussi l’honneur de celle-ci qu’ils ont sauvé pour la durée des siècles qui restent à accomplir.

La désobéissance ne vient pas seule, elle ne se montre pas sous les seuls traits qui lui sont couramment attribués. Cet honneur qu’on vient d’évoquer l’accompagne - car est-il rien qui l’engage davantage que d’être « la bouche qui dit non ! » devant une prétention, vouée à être tyrannique voire meurtrière, à détenir la vérité, que tout dans la raison infirme ? L’esprit de subversion n’en est pas moins séparable en ce qu’il est la première ressource de la contestation de l’injustice, comme il en est souvent le premier déclencheur : sans lui, de quoi seraient parties, sur quoi se seraient appuyées et affermies la volonté de réhabiliter Calas, celle d’innocenter le capitaine Dreyfus ?

Mais l’objection de conscience porte aussi sa propre récompense. Ne laisse-t-elle pas percevoir, plus invinciblement peut-être que ne le fait pour son compte toute autre espèce de lien fédérateur à travers le monde, la communion qu’elle instaure entre celles et ceux qui interpellent, fût-ce dans le silence du combat clandestin, la violence de l’ordre établi et l’insoutenable que celui-ci entend faire prévaloir quand il se fait totalitaire ? Autre illustration de cette devise teilhardienne qui nous promet que « tout ce qui monte converge ».

Je pense à cet égard à ces villages des Cévennes dont on nous dit que depuis la Révocation de l’Edit de Nantes, plus aucune parole, plus aucun mot, n’y avaient été échangés, de part et d’autre, entre huguenots et papistes. Quand vint, après la défaite de 1940, le temps de vivre sous le régime de Vichy, d’abord en « zone non occupée » et, après novembre 1942, en subissant directement l’occupation allemande, l’arrivée de juifs de tous horizons qui cherchaient et trouvaient refuge sur cette terre cévenole depuis si longtemps formée à la rébellion de la conscience et à l’insoumission, à la résistance spirituelle et à la solidarité avec les proscrits, puis la protection des enfants juifs cachés dans les maisons et dans les fermes alentours, obligèrent à organiser localement des réseaux de prise en charge : une logistique qui ne pouvait être que commune, en particulier pour s’occuper de ces enfants et pour partager la vigilance qui était jour après jour requise pour assurer leur sécurité. Et c’est là qu’on vit pasteur et curé travailler ensemble, catholiques et protestants concourir ensemble à la sauvegarde des persécutés qu’ils avaient accueillis.

Faire échec à la mort, résister au mal, refuser d’obéir à l’injustice : le devoir de désobéissance a, dans les nations, ses ‘’temps forts’’. Mais l’injustice, le mal et la mort sont de ce monde, et il est peu de sociétés, de siècle en siècle, où il ne soit nécessaire de se le remettre en mémoire parce qu’y survient, sans avoir trop crié gare, un obscurcissement plus ou moins durable et, comme on le dit des conflits, de ‘’faible intensité’’, de l’équité, de la notion du bien ou de la compassion. Un obscurcissement qui peut même être tristement banal, composé de dénis ordinaires aux droit des gens et qui pour être combattus n’en appellent pas à l’héroïsme ni à aucune autre vertu éminente - ainsi les victimes de harcèlement (quelle que soient la nature et le lieu de celui-ci) ont-elles seulement besoin d’une solidarité agissante pour que le dommage qu’elles ont subi soit pleinement réparé - encore faut-il que cette solidarité parte d’une dénonciation de l’autorité qui a commis ou couvert ce dommage, dénonciation qui passe immanquablement par une désobéissance ou par ce qui s’apparente à une désobéissance.

Demeure que dans la diversité des causes où elle se met en jeu, l’objection de conscience est un bloc. Qu’elle se dresse face à d’immenses injustices et à des tragédies indicibles, ou contre des abus ou des exactions majoritairement tenus pour appartenir à l’ordre incorrigible des choses, elle témoigne également d’une aspiration à l’élévation de l’âme, une aspiration que nous savons présente dans la créature humaine. Entendons une élévation du niveau d’exigence éthique et une élévation de l’entendement et de l’empathie devant les souffrances infligées à autrui.

Injustices, tragédies, souffrances : tout commanderait d’en prendre pour exemple celles qu’endurent les hommes et les femmes, les familles et les enfants, emportés par les grands mouvements migratoires en cours, de dimensions historique et planétaire. Mais s’agissant de l’impuissance, de la peur ou de la haine qui font barrage à ces réfugiés ou déplacés, toutes origines de ceux-ci confondues, les responsabilités finissent par se diluer dans le nombre des rejets et par se perdre dans l’étendue des abandons de valeurs. Comme se perd de vue le détail des aides qui procèdent de la pitié et de la fraternité et qui, partout, tentent d’être secourables.

De sorte que pour mettre mieux en lumière, au cœur de ce qui nous est contemporain, la grandeur et le caractère irremplaçable de l’objection de conscience en tant que force de résistance au mal, en tant que déterminant et activateur de cette résistance, une échelle plus réduite convient mieux. C’est celle aussi d’une injustice bien ciblée parce qu’elle est installée chez nous de longue date. Et qui de surcroît souligne que le devoir de désobéissance s’exprime aussi dans des actions modestes qui composent un héroïsme du quotidien. Critères qui désignent par excellence ces militantes et ces militants du Pas-de-Calais, de toutes associations, qui manifestent par les gestes les plus simples, les plus élémentaires, une solidarité aussi peu médiatisée qu’elle est inébranlable avec les migrants bloqués sur les falaises du Calaisis où ils ont dû bâtir leurs cabanes ou creuser leurs terriers : nourriture et vêtements distribués, téléphone mobile prêté pour un appel aux proches restés en Iraq ou en Afghanistan, douche chaude et repas offerts chez soi … autant d’actes qui sont susceptibles de tomber sous le coup des lois qui se sont ingéniées a pénaliser l’assistance aux étrangers en situation dite irrégulière.

Des lois dont rappel est fait, en forme d’intimidation policière, à des femmes et à des hommes auxquels il indiffère que l’extrême dénuement, matériel et moral, trouvée au terme de l’extrême violence d’un parcours de milliers de kilomètres aux mains de trafiquants de chair humaine, et d’un parcours qui a eu l’insoutenable pour point de départ, réponde ou non à la catégorisation administrative de la ‘‘régularité’’. Des femmes et des hommes qui en se refusant en toute hypothèse à obéir à des lois injustes, administrent à tous les types de défenseurs de l’ordre établi cette ‘’piqure de rappel’’ d’une éthique formulée il y a plusieurs millénaires et qui se réclame de la supériorité des’’ lois non écrites’’. Celles-là même au nom desquelles la conscience désobéit, parce qu’elle y trouve le principe de son objection.

Didier Lévy

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 22:29
Invité-es, Katrin Agafia: Mc 10/35-45, la supplication d'un ami.

Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchèrent de lui et lui dirent :

Maître, nous voulons te demander quelque chose. Quoique ce soit, accorde-le nous !

Que voulez-vous ?

Accorde-nous de siéger dans ta gloire, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche.

Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? Etre engloutis dans le même baptême ?

Nous le pouvons

Très bien, dit Jésus, Vous boirez la même coupe que moi et vous serez engloutis dans le même baptême. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder. Dieu y a déjà pourvu.

Ayant entendu cela, les dix autres s’élevèrent contre Jacques et Jean. Jésus les rappela près de lui et leur dit :

Vous savez que chez les païens, ceux qui passent pour les chefs dominent les autres et que les grands exercent leur autorité. Parmi vous, c’est le contraire : qui veut devenir grand sera votre serviteur. Qui veut être le premier parmi vous sera l’esclave de tous. Car le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir, donner sa vie et payer pour tous.

Traduction de la Bible chez Bayard

 

Vous viendriez dans mon école, vous verriez tous les jours des enfants se disputer pour être les premiers dans le rang ou me tenir la main. Rien de nouveau donc, dans ce texte d’évangile. Depuis toujours, nous louchons sur la meilleure place, comme si notre vie en dépendait. Peut-être qu’au fond, devant notre peur du vide, du néant, du nulle part, s’érige en nous un puissant désir d’exister, exister jusqu’au bout, exister pour de vrai! D’ailleurs, le fait d’occuper une place, nous donne l’impression d’exister, parfois même l’impression de briller ! Alors, je crois que cet espace occupé le temps d’une seconde ou le temps d’une vie, vient comme apaiser, combler cette peur du vide qui nous creuse tous. Jacques et Jean sont nos frères en humanité : même peur du vide, même désir fou d’exister… Et, comme nous, ils rêvent d’un siège, d’une place, d’un espace qu’ils pourraient occuper.
Pour Jésus aussi, il serait plus facile de siéger là-haut quelque part entre deux étoiles et d’y contempler l’immensité du temps ; mais voilà, Jésus a pris un autre chemin : il a préféré nous aimer et pour cela, Il a choisi de plonger. Sa mort, Il vient juste de l’annoncer. Bientôt, on lui ôtera son vêtement, et il plongera, nu, ses bras écartés désignant au loin les chemins d’un possible Ailleurs. Il plongera tout entier, car c’est pour Lui, Sa seule façon d’exister jusqu’au bout, pour de vrai .Il plongera sans rien regretter, car il le sait, son désir de Vie, « Dieu y a déjà pourvu ». C’est écrit là, dans un coin de ce psaume tant de fois chanté, tant de fois prié :
« Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui ? Et le fils de l’humain pour que tu prennes garde à lui ? Tu l’as fait presque dieu, tu l’as couronné de gloire et de magnificence »[i]
Cette gloire, c’est cette part du ciel, amoureusement déposée, aux confins de notre âme, par-delà nos vides, nos néants et nos « nulle part ». Oui, cette gloire-là, Dieu y a déjà pourvu ! « Déjà » … Juste quatre lettres et au-dedans, un condensé d’Amour ! Un Amour si pressé de nous faire exister, qu’Il nous a depuis toujours, tout donné.

« Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? Être engloutis dans le même baptême ? »On pourrait penser que la réponse de Jésus à Jacques et Jean résonne comme une invitation à Le suivre jusqu’au bout, jusqu’au don de leur vie, jusqu’au martyr… oui, peut-être…
Mais, si c’était plus que cela ! Si à cet instant d’effroi, cette part du ciel se faisait « absence » en Jésus… Si à cet instant d’effroi, la nuit avait eu raison de l’infinie Tendresse… alors la réplique de Jésus ne serait plus la réponse d’un maître à ses disciples mais la supplication d’un ami, d’un homme à ses frères : Jésus mis à nu dans Sa propre humanité. « Pouvez-vous boire la coupe que je bois ? Etre engloutis dans le même baptême ? » C’est-à-dire « êtes-vous capables de plonger avec moi jusqu’au fond de cette nuit qui m’attend ? Votre main sera-t-elle encore dans la mienne quand l’angoisse défigurera mon visage ? Serez-vous encore là lorsque je serai vidé, anéanti, perdu sur ce morceau de bois sans vie?» Avouons-le, ces questions nous débordent tous quand l’horreur s’invite au voyage. C’est ça, ou bien mourir d’asphyxie et de solitude ! D’ailleurs, bien plus que des questions, c’est un cri adressé à Jacques et Jean par Jésus… C’est notre cri à tous, souvent enfoui, inavoué, adressé à ceux que nous aimons au soir de nos vies ; comme si, à cet instant, cette part du ciel qui nous est destinée, était allée se nicher quelque part dans les mains, dans le cœur de ceux qui marchent à nos côtés. C’est un cri lancé vers Dieu, dans un ultime agenouillement au-dedans de nous-mêmes. Un cri, mendiant d’une présence.

Alors, Jacques et Jean ont-ils vraiment compris à quel point vivre et plonger étaient deux mots de la même lignée? Je ne sais pas. Par contre, ce qui est sûr c’est que leur réponse (« Nous le pouvons ») contenait des trésors d’amitié dans lesquels Jésus a dû puiser pour continuer d’avancer ; des trésors d’amitié qui L’ont poussé à rappeler Ses disciples « près de Lui »… si près de Lui qu’ils n’avaient plus besoin de s’assoir à telle ou telle place pour se sentir exister. Non ! Seule comptait, à cet instant précis, la densité de leurs existences partagées. Et l’expérience de cette extrême Présence valait toutes les premières places du monde. Combien alors, on comprend Jésus, qui nous invite à renoncer à ces places d’honneur ; des places d’honneur qui ne sont qu’illusion, devant la force de notre désir d’exister! Aussi grandes soient-elles, elles seront toujours trop petites pour abriter cette part du ciel qui nous est confiée.
Alors si par hasard, comme Jacques et Jean, vous rêvez de gloire, une gloire capable de vous faire exister et que vous vous mettez à la chercher, ne soyez pas étonnés de ne pas la trouver, là où vous pensiez. Non, pour la trouver, il vous faudra plonger car elle s’est assise tout au fond, à la dernière place, quelque part entre le mot servir et le mot aimer…ça a toujours été sa place préférée !

Katrin Agafia

 

[i] Psaume 8, verset 5 et 6

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11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 11:30
Peinture de Anne Tiessé

Peinture de Anne Tiessé

Cette homélie figure dans le propre liturgique des Soeurs du Cénacle. Elle dit notre désir: être des apôtres à l'image de soldats de paix, de paysans de fécondité, de commerçants de trésors, des marins de haute -mer, de bergers de sollicitude.

Homélie syriaque du 5ème siècle

Les disciples se trouvaient réunis dans la chambre haute ...

« Et ils se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de parler ».

0 chambre haute, qui es devenue un pétrin, où fut jeté le levain qui fit lever l'univers entier!

0 chambre haute, qui' es devenue la mère de toutes les Eglises!

0 sein merveilleux qui as enfanté des temples pour la prière!

0 chambre haute qui as vu le miracle du buisson: Moïse s'émerveilla de voir un buisson où brûlait le feu et qui ne se consumait pas. Venez donc voir des membres de chair se réjouir au milieu des langues de feu!

0 chambre haute, qui étonnas Jérusalem par un prodige bien plus grand que le prodige de la fournaise, lequel émerveilla les habitants de Babylone!

Le feu de la fournaise brûlait les gens de l'extérieur, mais épargnait ceux de l'intérieur; le feu de la chambre haute rassemblait ceux du dehors désireux de le voir, et il réconfortait ceux du dedans. Le feu de la fournaise, c'est à l'extérieur des corps des saints qu'il brûlait, mais celui de la chambre haute, c'est au fond du cœur des apôtres qu'il flambait.

0 feu dont la venue était accompagnée d'une voix, dont le silence répandait la lumière, et qui établissait les cœurs dans l'action de grâce!

Or les apôtres étaient là, assis, attendant la venue de l'Esprit.

Ils étaient comme les soldats d'un roi qui attendent le moment où ils pourront revêtir leur armure pour marcher au combat.

Ils étaient là comme des flambeaux qui guettent le moment où ils pourront être allumés par l'Esprit Saint et éclairer toute la création par leur enseignement.

Ils étaient là comme des paysans qui portent la semence dans le pan de leur manteau et qui guettent le moment où ils recevront l'ordre de semer.

Ils étaient là comme des commerçants pleins de zèle, attendant le moment où ils pourront se mettre en marche pour distribuer au monde leurs trésors.

Ils étaient là comme des marins dont la barque est ancrée au port du commandement du Fils et qui attendent qu'un vent doux souffle pour eux.

Ils étaient là comme des bergers qui viennent de recevoir leur houlette des mains du grand Pasteur de tout le troupeau, et qui guettent le moment où les troupeaux leur seront donnés en partage.

 

« De toutes les nations qui sont sous le ciel, il se trouvait donc là des gens réunis » par l'action de l'Esprit et « ils les entendaient parler dans leurs propres langues » et ils disaient: « Ces gens-là ne sont-ils pas des galiléens? » Comment parlent-ils dans nos langues? ... « Ces gens-là ont bu du vin et ils sont ivres ».

Vous avez dit la vérité, mais ce n'est pas ce que vous croyez. Ce n'est pas du vin des vignes qu'ils ont bu. C'est un breuvage nouveau qui leur coule du ciel. C'est un vin récemment pressé sur le Golgotha. Les Apôtres le firent boire et ils enivrèrent ainsi la création. C'est un vin que pressèrent les bourreaux à la Croix. Ceux-ci n'en burent pas mais c'est un vin qui fut donné aux croyants pour le pardon ...

 

... Le prophète avait crié: « dans les derniers jours, je répandrai mon Esprit sur toute chair et ils prophétiseront ».

Le Père a promis, le Fils a agi et l'Esprit a accompli ... 0 merveille que réalisa l'Esprit par sa venue!

 

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 15:01
Peinture sur bois de Sr Ghislaine Pauquet, rc, Centre spirituel du Cénacle de Versailles.

Peinture sur bois de Sr Ghislaine Pauquet, rc, Centre spirituel du Cénacle de Versailles.

« Ils montèrent à la chambre haute, où ils se tenaient habituellement » Ac 1/13

On y voit cette première communauté, d’hommes et de femmes réunis ensemble. Cela nous indique une première attitude spirituelle à garder précieusement et à cultiver : Viser la communion. Se donner, se trouver, des lieux de partage. Et pas seulement en avoir mais aussi en estimer la valeur, s’y investir. En saisir le sens profond : Il s’agit de faire l’expérience d’une présence du Christ, selon la promesse qu’il nous a faite : « Quand deux ou trois soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » Mt 18/20

« Tous d’un même cœur, étaient assidus à la prière » Ac 1/14

Des raisons pour prier :

-Devenir d’autres Christ.

C’est tout l’enjeu de la prière avec l’Evangile. En contemplant le Christ, en fait, je me mets en situation de suite du Christ, comme les disciples qui l’ont suivi sur les routes de Palestine. Le fréquenter pour lui devenir semblable. Le regarder, L’écouter pour regarder comme Il regarde, saisir de l’intérieur les grandes options de Son existence pour que peu à peu elles imprègnent mes décisions. Saisir Sa manière particulière d’aimer, me laisser aimer par Lui pour qu’Il puisse me transformer pour aimer à mon tour.

« Dans les actes du Christ, aussi bien que dans Ses paroles, se révèlent les principes qui inspirent Son action, les jugements de valeur qui dictent Son attitude, et commandent Ses réactions. C’est cela que nous devons faire nôtre, incorporer progressivement à la substance de notre être. Plus nous le ferons, plus nous agirons spontanément comme le Christ…Nous serons d’autres Christ, c’est à dire des chrétiens. C’est pourquoi, la méditation de l’Evangile n’est pas un exercice facultatif pour ceux qui veulent vivre leur incorporation au Christ. C’est là qu’ils en puiseront les moyens »

Y de Montcheuil, Problèmes de vie spirituelle, Epi, 1947, p98)

 

-Etre animé par l’Esprit.

Mais cela ne se fait pas à la force du poignet, de manière volontariste. C’est de l’ordre d’un abandon, d’un « laisser-faire » de l’accueil d’un don. Ces 10 jours entre Ascension et Pentecôte sont symboliques d’un Espace. Faire de la place à Dieu, ne pas se précipiter dans l’action. Entrer dans un discernement avant d’agir pour que notre action qui reste bien la nôtre, soit aussi celle de Dieu. Que notre action soit animée par l’Esprit. C’est le sens de cette expression si audacieuse qu’on trouve dans les Actes : « L’Esprit Saint et nous mêmes avons décidé… » Ac 15/28

C’est notre aventure : celle d’être configuré-e au Christ, dans le consentement à Lui devenir semblable et par l’espace que nous offrons à l’Esprit pour discerner ce qui est selon Dieu. Chacun-e de nous peut devenir présence du Christ dans ce monde : un-e Autre Christ.

Pour cela il est nécessaire de garder des espaces de recul dans son emploi du temps, des temps pour soi, temps de solitude, de silence, d’intériorité, de relecture du vécu. Descendre au plus profond de soi pour reconnaître ce qui est source de paix, de joie, d’élan paisible, source de plus grande confiance en soi, dans les autres, en Dieu, source de plus d’espérance et d’amour. Car ce sont des signes de l’Esprit. Un désir, une pensée, un sentiment, des idées qui sont portés par ce climat, on peut y discerner l’Esprit du Christ. On peut les accueillir et les réaliser. Au contraire, un désir, une pensée, une idée, un sentiment porté par un climat de peur, de méfiance, d’agitation, de découragement, de tristesse, de ressentiment sont plutôt indicateurs d’un mauvais esprit et l’indication d’un combat spirituel à mener.

 

« Vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux confins de la terre » Ac1/8.

Il s’agit maintenant de chercher et de trouver le Christ au cœur même de l’action.

Le monde comme lieu pour trouver Dieu, le monde comme lieu de Dieu. Cela ouvre un accès à Dieu par la médiation du monde : tout ce qui est bon, juste, vrai, beau, en moi dans les autres, dans les choses est Présence de Dieu. Présence à adorer, à contempler.

L’apostolat n’est pas d’apporter Jésus mais de le découvrir et le révéler à l’œuvre dans ce monde, révéler sa présence au cœur de ce que nous vivons.

« Je vis, écrit comme en lettres d’or, ce mot de bonté…je le vis, écrit sur toutes les créatures…toutes portaient ce nom de bonté, je le voyais même sur la chaise qui me servait de prie-Dieu. Je compris alors que tout ce que ces créatures ont de bon …est un bienfait que nous devons à la bonté infinie de notre Dieu, afin que nous la rencontrions en tout et partout ».

Lettre de Ste Thérèse Couderc du 10 août 1866

Cela rejoint la phrase attribuée à Ignace de Loyola : « Chercher et trouver Dieu en toutes choses ».

J’y ajoute ce commentaire d’un jésuite d’aujourd’hui :

« Dieu n’est cherché en Lui-même que pour être trouvé en toutes chose…Le désir de voir Dieu trouve son repos en Dieu trouvé ici et maintenant dans l’humilité du quotidien ». P.Philippe Charru sj, homélie de la fête de Thérèse Couderc, sept 2007.

 

Ensemble, dans la contemplation du Christ et l’écoute de l’Esprit, pour être apôtre.

Voici ce temps du cénacle entre Ascension et Pentecôte.

Un temps et un espace dont on ne peut faire l’impasse si l’on veut que notre vie chrétienne devienne de plus en plus vivante.

 

« Tous d’un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes dont Marie mère de Jésus et avec ses frères ». Ac 1/14

Entendons bien, il s’agit de tous et toutes. Il s’agit de l’Eglise entière ! Femmes et hommes. Tous et toutes disciples. Il est vraiment dommage que tant de peintures, d’icônes de la Pentecôte ne représentent que des hommes avec Marie. ( Et même quelquefois sans elle !). Dans notre Centre spirituel, il y a une peinture de la Pentecôte sur bois où l’on voit Marie et des disciples femmes et hommes recevoir l’Esprit et partir en joyeux-ses messagères et messagers de la Bonne Nouvelle. Je me souviens de l’étonnement d’un prêtre d’y voir des femmes : « Mais il n’y avait pas de femmes au Cénacle quand les apôtres ont reçu l’Esprit Saint ! » me dit-il. Je lui ai ouvert Ac 1/14 : « Avec quelques femmes dont Marie ». Comme quoi les représentations mentales et picturales sont plus fortes que l’objectivité d’un texte.

Regardons Marie. Quel est son rôle ici ? Pourquoi la pensons-nous uniquement silencieuse ? Elle qui est remplie de l’Esprit depuis l’Annonciation, elle qui retenait toutes ces choses dans son cœur ( Lc 2/19)…Pourquoi ne pas la voir enseignant, à tous et toutes, les chemins de la foi, l’accès nouveau à Dieu inauguré par le Christ ? Faire comprendre son absence comme une chance : désormais Le découvrir, Le reconnaître à l’œuvre par nos mains. Donner goût à Le contempler pour que quelque chose de Ses yeux, de Son cœur deviennent les nôtres pour devenir Christ pour les autres. Regarder Marie transmettant ainsi son expérience du Christ son Fils et son Sauveur.

 

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 07:59
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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 14:03
Méditons:la désobéissance comme résistance au mal dans le livre de l'Exode.

Bible : Livre de l’Exode chapitre 1 verset 8 à 22

Un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte. Il n’avait pas connu Joseph. Il dit à son peuple : « Voici que le peuple des fils d’Israël est maintenant plus nombreux et plus puissant que nous. Prenons donc les dispositions voulues pour l’empêcher de se multiplier. Car, s’il y avait une guerre, il se joindrait à nos ennemis, combattrait contre nous, et ensuite il sortirait du pays. » On imposa donc aux fils d’Israël des chefs de corvée pour les accabler de travaux pénibles. Ils durent bâtir pour Pharaon les villes d’entrepôts de Pithome et de Ramsès. Mais, plus on les accablait, plus ils se multipliaient et proliféraient, ce qui les fit détester. Les Égyptiens soumirent les fils d’Israël à un dur esclavage et leur rendirent la vie intenable à force de corvées : préparation de l’argile et des briques et toutes sortes de travaux à la campagne ; tous ces travaux étaient pour eux un dur esclavage. Alors le roi d’Égypte parla aux sages-femmes des Hébreux dont l’une s’appelait Shifra et l’autre Poua ; il leur dit : « Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux, regardez bien le sexe de l’enfant : si c’est un garçon, faites-le mourir ; si c’est une fille, laissez-la vivre. » Mais les sages-femmes craignirent Dieu et n’obéirent pas à l’ordre du roi : elles laissèrent vivre les garçons. Alors le roi d’Égypte les appela et leur dit : « Pourquoi avez-vous agi de la sorte, pourquoi avez-vous laissé vivre les garçons ? » Les sages-femmes répondirent à Pharaon : « Les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes, elles sont pleines de vitalité ; avant l’arrivée de la sage-femme, elles ont déjà accouché. » Dieu accorda ses bienfaits aux sages-femmes ; le peuple devint très nombreux et très fort. Comme les sages-femmes avaient craint Dieu, il leur avait accordé une descendance. Pharaon donna cet ordre à tout son peuple : « Tous les fils qui naîtront aux Hébreux, jetez-les dans le Nil. Ne laissez vivre que les filles. »

Exode chapitre 2 versets 1 à 10

Un homme de la tribu de Lévi avait épousé une femme de la même tribu. Elle devint enceinte, et elle enfanta un fils. Voyant qu’il était beau, elle le cacha durant trois mois. Lorsqu’il lui fut impossible de le tenir caché plus longtemps, elle prit une corbeille de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de goudron. Elle y plaça l’enfant, et déposa la corbeille au bord du Nil, au milieu des roseaux. La sœur de l’enfant se tenait à distance pour voir ce qui allait arriver. La fille de Pharaon descendit au fleuve pour s’y baigner, tandis que ses suivantes se promenaient sur la rive. Elle aperçut la corbeille parmi les roseaux et envoya sa servante pour la prendre. Elle l’ouvrit et elle vit l’enfant. C’était un petit garçon, il pleurait. Elle en eut pitié et dit : « C’est un enfant des Hébreux. » La sœur de l’enfant dit alors à la fille de Pharaon : « Veux-tu que j’aille te chercher, parmi les femmes des Hébreux, une nourrice qui, pour toi, nourrira l’enfant ? » La fille de Pharaon lui répondit : « Va. » La jeune fille alla donc chercher la mère de l’enfant. La fille de Pharaon dit à celle-ci : « Emmène cet enfant et nourris-le pour moi. C’est moi qui te donnerai ton salaire. » Alors la femme emporta l’enfant et le nourrit.

10 Lorsque l’enfant eut grandi, elle le ramena à la fille de Pharaon qui le traita comme son propre fils ; elle lui donna le nom de Moïse, en disant : « Je l’ai tiré des eaux. »

Première piste :

S’aider de ce texte pour saisir ce qu’est le mal :

-Le mal comme ignorance de l’histoire :

Le Pharaon n’avait pas connu le juif Joseph qui avait tant fait pour l’Egypte. Son ignorance de l’histoire l’empêche de considérer positivement le peuple juif.

-Le mal qui se nourrit de peur sans fondement, qui se nourrit d’imaginaire : « En cas de guerre, il pourrait bien se joindre à nos ennemis ».

-Le mal qui se réalise dans l’exploitation, l’esclavage, la violence, le génocide.

Deuxième piste :

S’aider de ce texte pour saisir ce qu’est la résistance au mal et entrer en son cœur dans cette résistance.

- la résistance au mal a une « raison » :

c’est la crainte de Dieu des accoucheuses. Crainte à entendre comme respect de Dieu, qui fait entrer dans sa colère contre tout ce qui défigure l’humain.

-la résistance au mal qui se fait agissante, qui prend les moyens de résister.

-le refus d’obéir à l’injustice : les sages-femmes laissent vivre les garçons.

-un mensonge légitime pour ne pas subir la répression : « nous arrivons trop tard ».

-la désobéissance d’une mère qui refuse qu’on tue son enfant et un vrai amour qui accepte de le perdre pour qu’il ait une chance de vivre.

-la vigilance d’une sœur qui veille

-la désobéissance de la fille du pharaon qui recueillit l’enfant.

Troisième piste :

Regarder les gestes de la fille du Pharaon.

Les mettre en synopse avec ce que fait le bon Samaritain (en Lc10 /25-37). Le bon Samaritain est figure du Christ. La fille du Pharaon est aussi figure du Christ.

Quatrième piste :

Considérer les conséquences de cette résistance et de ce salut :

Sans cette désobéissance : pas de libération, pas de naissance d’un peuple, pas d’alliance, pas d’entrée en terre promise…

Rien de tout cela, sans des femmes faisant échec à la mort.

 

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 15:57
Aquarius: 122 migrants secourus dont 60 femmes

Dimanche 24 avril, l’association SOS MEDITERRANEE qui a affrété l’Aquariusen Méditerranée centrale et son partenaire médical Médecins du Monde, ont reçu un appel de détresse provenant du Maritime Rescue and Coordination Center (MRCC basé à Rome). L’opération de sauvetage s’est déroulée entre 14h30 et 15h45 (heure française). 122 personnes ont été secourues dans un bateau pneumatique au large de Ra’s Tajura (Libye), dans des conditions météorologiques difficiles, avec des vagues de 1,5 mètre et des vents forts allant de 30 à 40 km/heure. Les rescapés, très éprouvés, viennent du Nigeria, de Guinée Conakry, Gambie, Mali, Burkina Faso, Somalie.

Pour lire la suite :

http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/6_eme-sauvetage-de-l-aquarius

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 08:28
Ecouter RCF: La pensée politique d'Hannah Arendt au secours de la vie spirituelle

Une émission des Radios chrétiennes francophones à écouter:

https://rcf.fr/spiritualite/fondamentaux-de-la-foi/la-pensee-politique-dhannah-arendt-au-secours-de-la-vie-spiritue

 

Que serait notre vie, notre confort, notre espérance, sans les autres? Pour Marion Muller-Colard, invitée de Christophe Henning, la pensée d'Hannah Arendt peut enrichir la vie spirituelle.

J’ai le sentiment que ma génération s'est réfugiée dans quelque chose d'anti-spirituel, qui est le cynisme."

En philosophe qui questionne et en chrétienne qui espère, Marion Muller-Colard considère qu'à une époque "charnière" comme la nôtre, on a le choix entre l'angoisse de la fin d'un monde et l'enthousiasme des débuts d'un autre. Elle observe: "on ne fait pas des enfants avec la même insouciance que nos parents". Mariée, deux fois maman, elle a fait le choix de vivre dans une maison reculée, isolée du monde. Fréquenter la pensée d'Hannah Arendt l'a menée vers un questionnement: de quoi cherchait-elle donc à se mettre à l'abri en s'installant ainsi loin de tout?

Elle fait le parallèle entre son isolement physique et sa vie spirituelle: "pendant longtemps j'ai pu vivre tranquillement sans me demander s'il était possible d'avoir une vie spirituelle sans qu'elle découle naturellement vers la question de l'identité politique de l'homme". Or il faut parfois questionner "ce qui dans nos vies fait politique", se dit-elle.

"On nous autorise très facilement, chrétiens, à cultiver quelque chose qui serait de l'ordre du petit jardin intime et personnel que serait notre foi, sans venir nous demander ce que ça change dans notre rapport aux autres et au monde."

Marion Muller-Colard cherchait depuis longtemps à lier l'intuition d'Hannah Arendt que la vie humaine n'est une vie que si elle est politique, avec ce qu'elle comprend de l'Evangile.

Or, la philosophe allemande a avancé l'idée que tout vie humaine est déterminée par le fait que l'on est plusieurs. Considérer et admettre que le monde a bien été bâti par d'autres que soi avant, pendant et après notre passage sur terre, cela "autorise à penser la politique non pas en termes de prendre une carte dans un parti mais en se réfléchissant soi-même comme faisant partie d'un monde qui est ce qu'il est parce qu'il est bâti par plusieurs".

A quel moment a-t-on cette conscience politique de l'autre? Sait-on, lorsque l'on est chez soi, confortable et insouciant, qu'on le doit aux autres?

Romanesque, philosophique, l'écriture de Marion Muller-Colard est le creuset de ses questionnements, de ses émerveillements aussi.

Un style nourri de ses expériences concrètes, de la richesse des relations personnelles, d’une vie de famille essentielle et de cette terre d’Alsace qui lui est chère. Théologienne protestante, elle a été longtemps aumônier d’hôpital. Et si l'écrivain vit retirée à la campagne, la philosophe reste ouverte au monde. Elle a signé de nombreux livres, donc, notamment des ouvrages destinés à la jeunesse - comme "Prunelle de mes yeux" ou "Bouche cousue" (éd. Gallimard). Elle a aussi publié "Le Professeur Freud parle aux poissons" et "Le petit théâtre de Hannah Arendt" pour expliquer la philosophie aux enfants (éd. Les petits Platons). Son essai "L'autre dieu" (éd. Labor et Fides, 2014) lui a valu le prix "Ecritures et spiritualités" et le prix "Spiritualités d'aujourd’hui".

 

 

 

 

 

 

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