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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 12:50

92px-Brooklyn Museum - Interview between Jesus and Nicodemu

Evangile de Jésus Christ selon St Jean (3, 1-10)

Or il y avait, parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs. Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit :

« Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. »

Jésus lui répondit :

« En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »

Nicodème lui dit :

« Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? »

Jésus lui répondit :

« En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit.

Ne t’étonne pas si je t’ai dit : “Il vous faut naître d’en haut”.

Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va.

Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. »

 

 

 

*Entrer dans la scène, faire quelques pas sur le sol de terre battue, jusqu’au tapis ; déposer mes sandales à côté des autres, et m’asseoir là, aux côtés de Jésus et de Nicodème.

Prendre le temps de me préparer à cette rencontre. Respirer profondément, plusieurs fois, lentement. Puis exprimer au Seigneur ce que je désire aujourd’hui, au fond de mon cœur.

*Contempler l’image, s’imprégner de l’ambiance… Méditer l’attitude des personnages: Jésus, Nicodème

Etre avec Nicodème

* Me laisser regarder par Jésus. Sentir sur mes mains son geste de bienveillance. Me rendre pleinement présent, avec toute l’épaisseur de ce que je suis, mes richesses et mes espoirs, ici et maintenant.

Puis Lui présenter les questions qui m’habitent aujourd’hui, qui à la fois stimulent et envahissent mon intelligence, tous ces « pourquoi et ces comment » qui à la fois me mettent en marche et me retiennent, tous mes « savoirs » sur Dieu qui à la fois renforcent et gênent ma relation avec Lui.

Demander au Seigneur la grâce de rendre mon cœur attentif à ce qu’Il veut me dire.

* Comme l’a vécu le Christ, et ce dont Nicodème sera le témoin jusqu’au bout, « naître de nouveau » est un chemin ardu, qui nécessite la foi, et qui traverse aussi la mort.

Sentir en Jésus sa profonde bienveillance, tout autant que son invitation exigeante : laisser derrière soi ce qui me rattache, ce qui m’entrave, ce qui me maintient courbé au sol …

Lui confier ce qui alourdit ma vie en ce moment : regrets, soucis, relations, travail… Faire avec Lui le tri entre l’encombrant et l’important … entre ce qui fait barrage  à  la vie, et ce qui la fait grandir, en moi et autour de moi…

Parler à Jésus comme un ami à son ami

* « naître d’en haut » Pourtant je suis déjà né-e, et  ma vie se déroule avec ses réalités auxquelles il m’est plus ou moins facile de consentir… Cette existence là, Jésus me propose de la relier à une origine qui dépasse la simple vue humaine… Cette source divine qui amplifie la vie de tout mon être, qui donne sens à mes relations avec les autres, qui renforce  ma propre identité…

Me laisser imprégner par l’Eau Vive qui fait re-naître…

* Considérer avec Jésus ce qui veut émerger de nouveau dans ma vie, pour me laisser créer encore et à chaque moment par l’esprit de Dieu, ce Souffle dont on ne sait « ni d’où il vient ni où il va… » 

Demander à Jésus la grâce de la confiance …

Etre avec Jésus

En tant que baptisé-e, me situer avec Jésus dans cette rencontre avec tous ces Nicodème que je côtoie parfois dans le quotidien de ma vie, ces personnes qui cherchent à questionner Dieu avec honnêteté, où celles qui veulent  comprendre le sens de leur existence, sans y reconnaître l’inouï de la vie de Dieu en eux… Avec Jésus, les regarder avec bienveillance.

Confier au Seigneur ces visages que je rencontre, ces personnes que j’écoute dans leurs questions ou leurs détresses, et Lui demander de m’inspirer des paroles ou des manières d’être qui pourraient orienter leur regard vers un horizon plus lumineux.

 

 

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 00:10

Je  me suis passionnée par cette philosophe. De ce que j’ai lu, il me semble que je peux résumer son œuvre par ces mots : l’absolue nécessité de penser pour que le monde vive.

 

Penser comme antidote du mal.

En effet, une des grandes interrogations d’Arendt est de comprendre comment on peut arriver au totalitarisme communiste ou nazi. En particulier,  en ce qui concerne le nazisme, elle écrit que sa barbarie n’est comparable à aucune autre forme de dictature, de tyrannie, de despotisme, de mal que des humains peuvent infliger à d’autres.

Les analyses que l’on peut faire de la barbarie, ne s’appliquent pas au nazisme. Il y a là quelque chose d’inédit, de radicale singularité. Comment comprendre qu’un régime politique soit passé  du « tu ne tueras pas » biblique à un «  tu tueras » généralisé ?

Pour le comprendre, il faut un concept nouveau pour un système de domination inédit car il y a entre le totalitarisme et d’autres formes de domination une distinction de nature et non de degré dans l’oppression : Le totalitarisme n’est pas un régime politique mais la suppression du politique. Il ne vise pas une manière d’organiser des rapports humains mais la destruction des rapports humains.

 

Son analyse part d’un constat fait à partir du procès d’Eichmann qu’elle a suivi en tant que reporter de journal. Eichmann est un homme ordinaire, bon père de famille. Comment peut-on en même temps être responsable de millions de morts ? Parce qu’il est médiocre et ambitieux, il fait ce qu’on lui dit de faire, en essayant de se hisser dans la hiérarchie. Il ne pense pas. C’est un homme vide. C’est cet oubli de penser qui a permis le nazisme. Eichmann a cessé de penser et perdu toute capacité de juger : il suffit d’obéir aux ordres, d’être un serviteur modèle et croire ainsi qu’on fait son devoir. C’est un conformisme qui est irresponsabilité. C’est ce déficit de penser qui rend le mal invisible, banal et banalisé. Ensuite l’endoctrinement parvient à généraliser la non-pensée.

Arendt  s’oppose à la notion de mal radical car cela voudrait dire que ce mal est à la racine de l’humain. Et que donc, il a un caractère inéluctable. D’une certaine manière, qu’on ne peut rien contre lui.

Non. Pour Arendt, c’est dû à des conditions particulières qui se sont cristallisées dans la société allemande du 19ème siècle et qui ont peu à peu rendu possible une élection démocratique mettant Hitler au pouvoir.

 Pour elle, ce n’est donc pas un mal radical mais une radicale banalité dont aucune société n’est à l’abri. La réflexion d’Arendt a pour but de comprendre pour que cela ne se reproduise plus. C’est pourquoi, c’est une philosophie du politique.

 

L’antidote à cette banalité du mal est l’exercice de la pensée.

Le fait d’aider les gens à penser, est le rempart contre cette barbarie-là et contre tout totalitarisme. Pour elle, penser, c’est s’arracher à la confusion, faire surgir du sens, singulariser notre rapport aux choses. Procéder par distinction conceptuelle, sortir des amalgames. Cela dépend de la pensée qu’il y ait du sens, que le monde soit sensé ou  non, que persiste un sens commun qui empêche le pire.

 

Procéder par distinction conceptuelle, elle le fait dans son livre sur la condition humaine, en distinguant le travail ( animal laborens : domaine de la vie, de l’économique, produire ce qui ne dure pas), l’ œuvre (homo faber :domaine de la culture, du social, produire ce qui va durer) et l’action ( domaine de la révélation de soi, de l’activité politique qui développe un espace d’apparition pour la liberté, un espace public pour un peuple d’acteurs).

Travail et œuvre sont indispensables mais on perçoit dans cette distinction que seule l’action peut permettre une société où le totalitarisme ne peut pas naître. Car l’action politique, c’est le souci du monde ; parce que la liberté, c’est le caractère de l’action. L’action nous confronte à une pluralité d’acteurs qui créent un lien humain entre eux.

Agir, c’est quelque chose qui commence, c’est une action singulière qui fait du neuf, c’est nouer une communauté avec d’autres, c’est pouvoir donner naissance à un monde.

 

D’où sa réflexion sur la natalité, et la surprise pour moi, de trouver l’évocation de la naissance du Christ comme exemple de natalité qui fait du neuf dans l’histoire. : « Le miracle qui sauve le monde…c’est finalement le fait de la natalité, dans laquelle s’enracine ontologiquement la faculté d’agir. En d’autres termes, c’est la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau, l’action dont ils sont capables par droit de naissance. Seule l’expérience totale de cette capacité peut octroyer aux affaires humaines la foi et l’espérance…C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte , la plus glorieuse dans la petite phrase des Evangiles annonçant leur bonne nouvelle : Un enfant nous est né »

 

Ce livre sur la condition de l’homme moderne, elle voulait l’appeler l’amor mundi. Oui, c’est bien cela, aimer le monde, en prendre soin, et pour cela ne pas déserter le politique, agir, ne pas délaisser cette force d’action qui est notre plus haute faculté. Faire confiance à ce qui naît, aux ressources citoyennes, à la pluralité. Faire droit à la différence, au fait de la pluralité. Ce qui est la condition du vivre ensemble.

Le fait de lire Arendt, m’a ouvert à l’intérêt pour la philosophie. Justement dans le sens d’Arendt : invitation à penser pour agir.

 

 

H.ARENDT, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, Folio Histoire, 1997

A.ARENDT, Condition de l’homme moderne, Paris, Calmann-Lévy, Pocket 24, 1983, p 314

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 23:28

Marie rencontre Elisabeth. Action de grâce de Marie (Luc 1 v. 39-56)

 

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Or, quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Elisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : 

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Marie dit alors :

« Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. »

Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.

 

C’est dans la prière que Marie a l’idée d’aller rendre visite à sa cousine.  C’est la prière qui lui donne l’élan nécessaire pour réaliser son projet. Imaginons cette jeune fille sortir de chez elle, courir dans la montagne et entrer dans la maison de Zacharie. Quels sont ses sentiments ? De la joie sûrement d’avoir vécue une rencontre si intime avec Dieu, joie d’être aimée, choisie, joie qu’elle veut partager avec quelqu’un qui peut comprendre son secret.

  

 Comme l’ange est entré chez  elle,Marie entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth.  On peut imaginer  que cette salutation qui fait tressaillir Elisabeth au plus profond d’elle-même est  la même que celle qui déjà avait bouleversé Marie.

« Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi »

Alors, Elisabeth fut remplie de l’Esprit Saint et s’écria d’une voix forte.  Elisabeth crie des paroles fortes et inspirées qui viennent de Dieu. Nous pouvons laisser résonner ces paroles en nous.

Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est béni.   Tu  es aimée de Dieu, tu fais le bonheur de Dieu, Dieu aime la vie que tu portes en toi.

Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?  Merci Marie d’être venue jusqu’à moi, je suis heureuse de ta présence, je m’émerveille de la présence de Dieu en toi.

Car quand j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. Merci de ta salutation Marie, mon corps a tressailli, c’est le signe de la présence de Dieu en moi, je suis pleine de joie.

Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.

Heureux sommes-nous aussi de croire qu’il y a une parole d’Evangile dite pour nous et que nous avons à l’incarner dans nos vies.

 

Toutes ces paroles bienveillantes d’Elisabeth  révèlent à Marie qui elle est et confirment ce qu’elle savait  intuitivement sans en avoir une pleine conscience. Quelle joie pour Marie de se sentir comprise dans ce qui fait l’essentiel de sa vie !  Elle se tourne vers Dieu dans une prière d’action de grâce.

Mon âme exalte le seigneur, exulte mon esprit en  Dieu, mon Sauveur. Il s’est penché sur son humble servante, désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles..

Merci, mon Dieu, de m’aimer, de m’avoir choisie, de m’avoir sauvée, merci pour la merveille que je suis. Mon cœur est plein de joie. Je suis heureuse. Que tous sachent que je suis heureuse ! Que tous sachent que tu les aimes ! Tu me défends contre mes ennemis, tu es à mes côtés quand je suis humble  et pauvre. Merci pour tous ceux qui m’ont appris à te connaître. Tu seras pour toujours un Dieu d’amour.

Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois puis elle retourna chez elle.

Trois mois  de rencontre, d’amitié, d’intimité, de louange entre ces deux femmes enceintes, heureuses et se réjouissant du bonheur de l’autre et de l’accomplissement dans leur vie des paroles dites de la part du Seigneur.

 

 

 

 

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 22:22

« Puisque Dieu lui-même n'est pas un pouvoir, puisque Dieu lui-même est l'Amour, puisque Dieu lui-même ne possède rien, puisqu'il ne peut nous toucher que par son cœur, comme nous ne pouvons l'atteindre que par le nôtre, comment l'Église-Christ pourrait-elle être un pouvoir ?

Elle ne peut être qu'un lavement des pieds pour introduire l'homme dans l'univers de l'Esprit.

 

Par notre seule présence, nous pouvons susciter la vie, faire tomber les murs de séparation, être un évangile vivant. Et c'est le plus persuasif. Davantage ! la seule action vraiment humaine, irremplaçable, qu'aucune machine ne pourra jamais accomplir à notre place, c'est celle-là : une présence toute recueillie en son amour et qui le laisse transparaitre, et qui, en créant un espace de respect, comme Jésus au lavement des pieds, suscite en l'autre le sentiment qu'il y a quelque chose en lui qu'il n'a pas encore découvert et qu'il va découvrir maintenant parce que, à votre approche, à travers votre visage, il a vu luire le Visage déjà imprimé dans son cœur.

 

C'est cela qui est l'âme de tout apostolat. Nous n'avons pas à prêcher, nous n'avons pas à parler de Dieu ; moins on en parle, mieux ça vaut. Nous n'avons pas à faire un prosélytisme qui amène les autres à penser comme nous, puisque nous n'avons pas à penser quelque chose, mais à vivre Quelqu'un. Il s'agit de communiquer une Présence qui ne fait pas de bruit, une Présence qui est au cœur du silence et que le silence seul peut transmettre.

 

Le témoignage que nous avons à donner, le témoignage de notre vie : apporter à tous ces hommes pourvus des techniques les plus parfaites la révélation de l'amour par la lumière et l'amour du Christ. C'est pourquoi il faut apprendre à baisser les yeux devant les âmes.

Il ne s'agit pas de convertir les êtres en leur jetant des paquets d'arguments, mais de baisser les yeux avec tant d'amour qu'ils comprennent qu'il y a en eux une valeur tellement grande et tellement belle. Les êtres ne croiront en lui, le Dieu vivant, que lorsqu'ils découvriront en nous une source de vie. C'est cela, être missionnaire, prêtre, saint.

 

Si souvent, la religion s'est réduite à un ensemble de rites, d'exclusivismes étroits, parce qu'on ne l'a pas comprise comme l'ouverture à la vie. Comment pourront-ils résister à la religion, quand elle sera la vie, la vie qui chante, qui assume toute créature pour la porter à l'appel du Christ ?...

 

Dire les mots avec cette plénitude intérieure qui les rend efficaces. Ne jamais prendre soin de soi-même.

Il faut que le sourire commence à luire dans les ténèbres. C'est cela, la merveille de la parole: c'est que nous pouvons vraiment engendrer le Christ sans le nommer, sans qu'il soit jamais question de lui, sans qu'il soit jamais fait allusion à la religion ou à l'Église, car il remplit tous les mots, dès lors que la parole est ouverte sur lui. Le son devient l'harmonique de l'éternelle Musique qui fait lever dans la parole le rayonnement de l'Amour.

 

Notre vocation ? C'est d'être le sacrement collectif d'une Présence qui est la liberté dans sa source, un sacrement de silence où toute l'humanité contemporaine subira l'attraction de cette Présence qu'il est inutile de nommer si l'on n'en vit pas, car on ne fait que l'abimer, la défigurer, la limiter et la rendre odieuse. Il nous faut vivre (de) cette liberté, vivre (de) cette Présence qui est universelle et en chacun de nous, la vie de tout l'univers. Car si nous sommes axés sur le Dieu vivant, nous sommes au cœur des autres. C'est la seule manière d'atteindre les autres, d'atteindre leur intimité sans la violer, c'est d'aller, justement, nous-mêmes, jusqu'à la racine de notre être, c'est la même racine que les autres plongent dans le cœur de Dieu.

 

Nous pouvons agir sans prosélytisme, sans indiscrétion. Nous pouvons agir les yeux baissés, à condition que nous écoutions cet appel, que nous soyons atteints et fascinés par un Amoureux, un Dieu qui est totalement engagé dans notre vie, (...) un Dieu qui ne peut pas s'exprimer dans cette création, si nous ne sommes pas translucides à sa Présence. »

Maurice Zundel

Dans "Les Minutes étoilées de M. Zundel", d'Emmanuel Latteur. (page 40-42, Editions Anne Sigier)

Texte trouvé dans le site : www.chautard.info

 

 

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 19:19

ble-et-ivraie-de-Van-Gogh.jpg

Van Gogh

 

Dans l’Évangile de Matthieu au chapitre 13 verset 24 à 30

Il en va du Royaume des Cieux comme d'un homme qui a semé du bon grain dans son champ.

Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu, il a semé à son tour de l'ivraie, au beau milieu du blé, et il s'en est allé.

Quand le blé est monté en herbe, puis en épis, alors l'ivraie est apparue aussi.

S'approchant, les serviteurs du propriétaire lui dirent :

« Maître, n'est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D'où vient donc qu'il s'y trouve de l'ivraie ? »

Il leur dit :

« C'est quelque ennemi qui a fait cela ».

Les serviteurs lui disent :

« Veux-tu donc que nous allions la ramasser ?

Non, dit-il, vous risqueriez, en ramassant l'ivraie, d'arracher en même temps le blé.

Laissez l'un et l'autre croître ensemble jusqu'à la moisson ; et au moment de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes que l'on fera brûler ; quant au blé, recueillez-le dans mon grenier."

 

Il est des titres qui sont trompeurs. Est-ce vraiment la parabole de l’ivraie ? Cette parabole est d’abord en continuité de celle du semeur. Le semeur a semé du bon grain dans un terrain qui est bon. S’il sème ce qui est bon, c’est que lui-même est bon. Une sainte,  Thérèse Couderc,  disait de lui : « il est bon, il est plus que bon, il est la bonté ». Bonté du grain, bonté de la terre, bonté du monde, bonté de l’homme qui sème, bonté de Dieu. Nous sommes dans le fondamental de la création : « Dieu vit que cela était bon » Gn 1. Et nous sommes dans le fondamental d’une création en histoire. Non pas un monde créé tout fait, statique, immobile. Ce qui est semé est pour une croissance, une création continuée : grain puis épi, puis blé. Entre semailles et moisson, il y a le temps de l’histoire, le temps de la liberté de veiller à la croissance de ce qui est bon. Responsabilité qui est nôtre. Etre veilleur pour que la vie semée par Dieu vienne à maturité. Ce n’est pas du tout fait de toute éternité, immobile mais c’est une semence riche d’avenir, un don à faire qui périrait s’il ne peut s’épanouir grâce à la bonne terre de nos vies, de nos réponses humaines, don et accueil qui vont ensemble porter à maturité la nouveauté de l’épi.

Ce titre trompeur est en cohérence avec la réaction des serviteurs qui se focalisent sur l’ivraie, leur question sur son origine et surtout leur doute : « N’est-ce pas du bon grain que tu as semé ? ». Leur doute qui frise le soupçon.  Mais leur question n’est-elle pas la nôtre ? Leur doute et leur soupçon ne sont-ils pas les nôtres ? Cette question du mal qui nous taraude tous, qui est souvent un obstacle à la foi. La réponse du propriétaire est la même que celle de la Genèse. C’est un ennemi qui a semé de l’ivraie. La Genèse parle d’un serpent qui insinue le doute sur le don qui est fait, qui insinue le doute sur la bonté du donateur.

Que faut-il donc faire ? Arracher au risque de détruire la bonté des épis de blé ? Ce serait faire le jeu de l’ennemi. Le propriétaire fait une autre option. Celle de la confiance dans le blé semé et dans la terre qui participe à la nouveauté de l’épi. Confiance dans l’épi assez fort pour ne pas se laisser étouffer par l’ivraie. Dans nos vies, il y a du bon grain et de l’ivraie. N’est-ce pas une erreur de se focaliser sur l’ivraie ? L’homme de cette parabole nous conseille un autre chemin. Croire en ce qui est bon en nous, croire que ce qui a été semé en nous par Dieu est bon et le développer au maximum, en y mettant toute notre énergie, notre créativité. C’est le développement de la bonté en nous, un « habitus » de bonté qui fera se dessécher l’ivraie. Et non un arrachage volontariste qui risque de dessécher la vie en nous.

 

 

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 22:38

Dans l’Evangile de Matthieu au chapitre 14 verset 13 à 21

L'ayant appris, Jésus se retira en barque dans un lieu désert, à l'écart ; ce qu'apprenant, les foules partirent à sa suite, venant à pied des villes.

En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié ; et il guérit leurs infirmes.

Le soir venu, les disciples s'approchèrent et lui dirent : "L'endroit est désert et l'heure est déjà passée ; renvoie donc les foules afin qu'elles aillent dans les villages s'acheter de la nourriture."

Mais Jésus leur dit : "Il n'est pas besoin qu'elles y aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger" -

"Mais, lui disent-ils, nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons." Il dit :

"Apportez-les-moi ici."

Et, ayant donné l'ordre de faire étendre les foules sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit, puis, rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent aux foules.

Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta le reste des morceaux : douze pleins couffins !

Or ceux qui mangèrent étaient environ 5.000 hommes, sans compter les femmes et les enfants.

Et aussitôt il obligea les disciples à monter dans la barque et à le devancer sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules.

Et quand il eut renvoyé les foules, il gravit la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.

 

Le texte débute par une information que Jésus apprend : l’arrestation de Jean-Baptiste. Cette notation est-elle importante ? Oui, parce que cela nous montre comment Jésus réagit à un événement : il monte dans une barque, il se retire dans un lieu désert pour être à l’écart. Un autre découpage liturgique de ce texte aurait davantage mis en valeur cela. En effet après que la foule eut été rassasié, le texte nous indique une réaction similaire de Jésus : il ordonne aux disciples de monter dans une barque sans lui, il renvoie la foule, il gravit la montagne, il se met à l’écart pour être seul et prier. Le point commun de ces 2 réactions est un choix de solitude. C’est une même réaction devant deux événements opposés. Le premier est l’événement tragique de l’arrestation de Jean, l’échec que cela représente, la tristesse de la mort d’un ami, le danger de mort qui se profile. Le second est l’événement heureux d’une foule rassasiée, donc une réussite.

Echec et réussite provoque en Jésus la même réaction, la même attitude, la même décision : solitude et prière. Regardons sa manière de réagir. Elle nous indique un chemin de vie. Nous avons besoin de temps de solitude pour nous laisser interroger par les événements, pesez les décisions à prendre, pour ne pas être déstabilisés par les échecs ou tromper par les réussites. Solitude et prière qui ouvre un chemin dans ce qui est obscur ou lumineux dans nos vies. Solitude habitée puisqu’elle est écoute, parole, dialogue avec un autre. En fait, tout bien considéré, espace pour aimer et se laisser aimer par Dieu. Ce faisant, Jésus, débarquant, vit du même amour. Il aime en n’étant pas aveugle sur cette foule en attente de lui. Il aime en étant bouleversé devant cette foule et en les guérissant. Il aime ses disciples en les faisant partenaires de son action, d’abord par l‘accueil de leurs pauvres 5 pains et 2 poissons et ensuite en les faisant serviteurs d’une abondance à partager. Il aime celui qu’il appelle Père et qu’il sait trouver au cœur de l’action par la bénédiction, source d’une telle fécondité qu’elle nourrit toute une foule. Arrêtons-nous à cette bénédiction. Bénédiction du pain ? Oui mais à travers ce pain, bénédiction de la pauvre offrande des disciples. C’est lui qui l’a suscité par sa question mais c’est eux qui en ont fait l’offrande. Et à l’instar de la pauvre veuve qui a donné tout ce qu’elle avait pour vivre, Jésus bénit ce pain de leur pauvreté. Pauvreté offerte et bénédiction de Jésus font le miracle de nourrir une foule. Quelles sont mes pauvretés à offrir à la bénédiction du Christ pour qu’il en fasse abondante nourriture ?

 

 

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 21:33

 

J'ai donné cette intervention lors d'une rencontre de Soeurs du Cénacle et de laïcs collaborateur-trices et ami-es. Il s'agissait d'entrer dans une dynamique de changement. Je le partage sur mon blog car cela peut rejoindre celles et ceux qui ne résignent pas à l'état des choses telles qu'elles sont et travaillent à un autre avenir.

 

Cela évoque en soi quelque chose de dynamique. Le contraire de « faire du sur place », le contraire du statique, de l’immobile. Cela évoque un déplacement, quitter un lieu pour un autre. Un aller qui est orienté, puisqu’il y a le vers. En fait ce « aller vers » et ce sortir évoque ce qui est vivant. Le sortir n’est-il pas le premier acte de nos vies : sortir du ventre maternel pour aller au chemin de nos vies ?

Chemin de nos vies qui est une suite de « sortir » pour « aller vers » : sortie de l’enfance, sortie de l’adolescence. Cela rejoint aussi toutes nos expériences de vraies rencontres qui sont des « aller vers », dans la mesure où elles sont sorties de soi faites d’écoute et de parole, et qui de soi nous transforment, nous font bouger. La vie commune entre deux personnes est aussi de cet ordre. D’autres ici, en parleraient mieux que moi mais on peut dire qu’à l’origine, il y a un aller vers, un quitter. Un aller vers qui transforme au contact de l’autre.

 

Il est nécessaire de tisser cet « aller vers » avec une autre expérience, celle du « demeurer ». Demeurer et aller vers ne sont pas contradictoires si on les conjugue. Pour l’enfant qui naît, demeurer c’est grandir, épanouir l’être qu’il est déjà. Pour un adulte, pour une famille spirituelle comme la nôtre, c’est « élargir l’espace de sa tente » pour être fidèle dans l’aujourd’hui de son histoire au caractère original de son être. Donc un demeurer qui n’est pas statique, qui est d’autant plus un demeurer qu’il peut l’incarner dans la nouveauté des temps de son histoire. Je vais me risquer à un exemple. A la naissance de notre famille spirituelle, il y a : ne pas être seulement une maison d’accueil pour des femmes en pèlerinages mais un lieu de ressourcement pour leur foi. Il y a sûrement dans cet acte de naissance un demeurer fort, quelque chose d’une identité. A ce moment-là, c’était déjà une grande nouveauté que des femmes enseignent la foi, dirigent spirituellement. Il y avait déjà là aussi  un sortir ! Sortir de préjugés, de conceptions figées du rôle des femmes dans la société et l’Eglise. Et puis, il fut un temps, où la société a permis un élargissement de ce « demeurer » : pas seulement accueillir des femmes mais aussi des hommes ! Et bien d’autres élargissements sont devenus possibles. Demeurer et aller vers sont donc solidaires car la vraie fidélité est créatrice. Les défis nouveaux de notre monde, faits de changements profonds, de conflits aigus, de superbes potentialités, nous provoquent à bouger. Et cet aller vers commence dans notre tête, dans nos yeux, dans nos cœurs.

 

Ainsi donc, ce « aller vers », ce « partir » sont au cœur de notre expérience humaine personnelle et également pour le corps, la famille spirituelle que nous formons.

 

Structurant notre expérience humaine, le « aller vers » structure notre expérience de foi en Dieu. Pour comprendre cela, allons du côté du récit de la nativité en Luc. Voici une manière de l’interpréter à la lumière de notre recherche. Des bergers sont aux champs et gardent leurs troupeaux. A l’annonce de l’ange, ils décident de se déplacer, d’aller vers le lieu indiqué, « Allons donc jusqu’à Bethléem » Lc 2/15. Cet « aller vers » physique est un fait signe d’un déplacement intérieur profond qui touche en fait tous les acteurs de ce récit. Ils sont bergers ( et le texte ne nous dit pas qu’ils ne le seront plus) mais l’expérience d’écoute de la parole de l’ange et leur décision d’aller à Bethléem les transforment en  annonceurs de bonne nouvelle quand ils arrivent : « Ils firent connaître ce qu’il leur avait été dit à propos de cet enfant » Lc2/17 et quand il repartent, ils sont devenus des messagers qui ne font que « remercier et chanter les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, tel qu’on leur avait annoncé » Lc 2/20. Cet « aller vers » des bergers est source d’un profond déplacement intérieur, devenir disciples et apôtres d’une parole et d’une expérience.

Quand nous contemplons cette scène nous sommes introduits nous aussi à ce même « aller vers », à un déplacement intérieur : quitter nos images de Dieu pour accueillir cette image, cette icône de Dieu qu’est cet enfant.

Et comme elle est difficile cette sortie pour aller vers ce qui est tellement déroutant, cette sortie de nos vieilles idées pour aller vers la nouveauté de Dieu qui se dit dans un enfant et ensuite se dit dans la vie humaine de Jésus. L’expérience de la foi chrétienne est ouverture à une nouveauté inouïe :

Jésus fait tomber les barrières qui interdisent l’accès à Dieu, Il donne la parole à ceux à qui on la refuse,  Il libère les gens d’idées fausses qu’ils se font sur Dieu et les libère de la peur.  Il leur parle de Dieu comme d’un ami. La relation avec Lui est à vivre au cœur de notre vie et non dans des observances et des sacrifices. Son message est à la fois attirant et inquiétant, car cela rend libre mais cela fait perdre des points de repère rassurants. Oui c’est bien un langage nouveau (Mc 1/27) mais insupportable pour certains. Et il me semble qu’un des « aller vers » auquel nous sommes conviés en ce début du 21ème siècle relève de ce défi : retrouver la force provocatrice de liberté de l’Evangile de Jésus. Et c’est un déplacement qui est de taille ! Un « aller » vers Jésus pour irriguer nos vies et celles de nos contemporains du fleuve de liberté qu’Il veut et peut nous communiquer.

C’est sûrement lire l’Evangile autrement. Pour revenir à mes bergers, pourquoi sont-ils dans l’Evangile de Luc, les premiers témoins choisis ? Parce que, dans la société religieuse de leur temps, ils sont considérés comme impurs, mal croyants et mal pratiquants car incapables par leur métier d’accomplir la loi mosaïque. Dès sa naissance, Jésus redonne leur dignité à ces parias. Comme Il le fera pour tous les autres qui ont nom publicains, pécheurs, samaritains et samaritaine, lépreux, aveugles, adultère, prostitués…

N’est-ce pas pour eux qu’Il est venu ? Il le dira à la synagogue de Nazareth : « consacré pour donner aux pauvres, une bonne nouvelle…envoyé annoncer la libération aux captifs, la lumière aux aveugles…libérer ceux qui sont écrasés… » Lc 4/18

Ce faisant, Jésus va au devant d’un conflit avec les forces qui refusent le Royaume qu’Il inaugure. Oser aller vers le conflit par fidélité à l’Evangile, cela fait partie aussi du « aller vers «  de notre recherche.

 

Le nombre de fois où dans les Evangiles, il est question de Jésus qui sort est important, c’est la trace dans la rédaction de ce souvenir du côté mobile de Jésus, un homme en marche qui ne s’installe pas. Le sens le plus fort qui est donné de ce « aller vers de Jésus » est sans doute en Mc 1/38 : « Il leur dit alors : sortons d’ici, allons aux villages voisins pour que j’y prêche aussi ; c’est pour cela que je suis sorti ».

Cette sortie, cet  « aller vers », Jésus en fera une parabole. Sa vie est à l’image d’un employeur qui sort pour embaucher des ouvriers. Il sortira quatre fois de suite pour embaucher. Il le fait sans se lasser et jusqu’à la dernière heure du jour. Car l’essentiel, c’est que personne ne soit exclu de la joie du Royaume, et reçoive l’unique denier de son amour. Un amour que personne ne mérite, mais qu’on reçoit par la gratuité de son cœur.  Il le dira aussi avec l’image du paysan qui sort pour semer sans se soucier de la déperdition des grains sur les mauvais terrains de nos vies car l’essentiel est que certains rejoignent le meilleur de nous même.

Sortir pour semer, sortir pour embaucher.

Sortir aussi pour rejoindre des pays méprisés comme la Samarie oùIl se met à l’écoute d’une femme ayant soif d’un vrai dialogue sans domination

Sortir, descendre de la montagne, du lieu de son intimité avec le Père,  envoyé par Lui pour remettre debout celui que l’on ne voit plus.

 

Sortir comme un berger à la recherche de sa brebis, sortir à la rencontre d’hommes et de femmes à guérir, en fait, sortir pour la fête.

Sortir en territoire païen et rencontrer la syro- phénicienne qui Le provoque à sortir de son projet initial qui était de ne s’adresser qu’à Israël.

 

Mais c’est Jean qui nous fera entrevoir le sens profond de cette sortie ou plutôt d’où Il sort.

« Je suis sorti de Dieu pour venir ici. C’est Lui qui m’a envoyé et je ne suis pas venu de moi-même » Jn8/42

« Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde » Jn16/28

Il y a donc en Dieu un « aller vers » qui a pris visibilité humaine en cet homme Jésus. Cet « aller vers » qu’Ignace de Loyola fait contempler dans les Exercices spirituels ( n°101 à 109). Cette contemplation montre la Trinité tournée vers ce monde, le regardant avec l’attention de l’amour, se réjouissant de ses joies, se désolant de ses malheurs, et ne se résignant pas à ces dernières au point de décider l’Incarnation. Ici Ignace n’a pas pu se libérer d’une théologie qui ne voit l’Incarnation qu’en réponse au péché. D’autres théologies sont possibles pour répondre au « Cur Deus homo ? » (Pourquoi Dieu s’est-Il fait homme ?)  Mais retenons que la contemplation proposée par Ignace, montre bien que cet « aller vers » de l’Incarnation est un souci, un engagement de la Trinité. J’ai envie de dire : Dieu le paye de sa personne. Et il faut aller jusqu’à dire : cela change Dieu, puisque toute rencontre change les partenaires d’une relation et cela nous change puisque notre humanité est déifiée.

 

Mais cet « aller vers » notre humanité pour devenir l’un de nous s’il est sommet et visibilité en histoire, n’est pas le seul « aller vers » de Dieu. Il y a aussi le « aller vers » de la création. Dieu est Etre débordant, dont la richesse ne se vit pas en possession mais en débordement, qui va avec soi-même au-delà de soi, communication de soi, qui se donne en partage, en soi éternellement créateur. Dire cela c’est dire Dieu en mouvement. C’est Le penser radicalement différent de philosophies qui Le pensent immuable. En créant, Il se donne, Il se communique Lui-même et de ce fait tout homme, toute femme depuis l’émergence de l’humain jusqu’à la fin de l’histoire a eu accès à Dieu même, a accès, aura accès. Dieu est vers nous, Il est pour nous radicalement et gratuitement. La manière la plus simple de le dire c’est que l’Amour est Dieu. Aimer, c’est forcément aller vers, sortir de soi pour être lié à un autre. Il y a « l’aller vers » du Fils un jour du temps en Son Incarnation et il y a « l’aller vers » de l’Esprit en toute histoire humaine. Esprit qui ouvre à Dieu, porte d’entrée de Dieu en tout temps et en tout lieu où Dieu Se révèle et Se communique. Source intérieure qui fait accéder à la liberté, qui introduit à la vérité toute entière. C’est Lui qui fait sortir de toute étroitesse, qui suscite les décisions libératrices comme celle qu’a vécue la 1ère communauté chrétienne en accueillant les païens.

S’Il est pour nous communication gratuite de Lui-même, ouverture et don de soi, tourné vers nous, c’est qu’Il l’est en Lui-même. Ainsi nous  pouvons un peu approcher le mystère de Dieu même. Il est « aller vers » en Lui-même. Trinité de relations. Aller vers mutuel des Trois. Don mutuel et accueil mutuel. Car ce que Dieu est pour nous, il l’est en Lui-même.

 

Nous approcher de ce mystère pour en vivre. A notre tour, avancer au large, jeter les filets Lc5/4, avec la question : où veut-Il que nous allions, que veut-Il que nous fassions ? Le suivre, entraînés dans le même pas, le même regard, le même risque.

Nous laisser déplacer, quitter des certitudes et le rivage rassurant, nous laisser transformer selon sa vérité, tout quitter, partir vers l’inconnu

Apprendre de lui le décentrement, l’ouverture, la rencontre, la force pour vaincre nos résistances pour vivre l’inattendu comme les disciples d’Emmaüs. Se laisser toucher par l’attente des foules, regarder l’autre tel qu’il est.

Sortir à la rencontre, se faire proche des plus éloignés, quitter des repères, être disponible à ce qui vient

 

Annoncer la Bonne nouvelle avec les formidables techniques de communications que nous offre l’aujourd’hui de notre histoire. Un aller, aussi, vers  ces nouveaux outils.

 

Comme Lazare qui sort du tombeau à l’appel de Jésus, comme au Cénacle, sortir de tout ce qui n’est plus source de vie, d’une manière d’être qui ligote, se laisser délier afin de pouvoir délier à notre tour et collaborer ainsi à la libération de l’être tout entier.

 

Mais pour cela toujours davantage, sortir vers Lui, Le laisser nous prendre avec Lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 18:57

Merci au site du Comité de la Jupe de cette prise de position qui « remet les pendules à l’heure » !

 

« Cessons de laisser dire que la notion de genre est une machine de guerre contre la conception de l’humanité qui est la nôtre. C’est faux. Elle est le fruit d’un combat social qui s’est développé depuis environ un siècle, au départ dans les pays développés (États-Unis d’Amérique et Europe), et dont les pays en développement commencent à ressentir les fruits, le combat pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce combat social a stimulé la réflexion de chercheurs dans de nombreuses disciplines des sciences humaines, ces recherches ne sont pas closes, et ne constituent pas du tout une « théorie » unique, mais un champ diversifié et toujours en mouvement, qu’il ne faudrait pas réduire à certaines de ses expressions très radicales.

La vraie question n’est donc pas ce que l’on pense de la notion de genre, mais ce que l’on pense de l’égalité homme/femme. Et, de fait, la lutte pour les droits des femmes remet en cause la conception traditionnelle, patriarcale, inégalitaire, des rôles attribués aux hommes et aux femmes au sein de l’humanité. Dans les sociétés en développement en particulier, la situation des femmes est encore tragiquement inégalitaire. L’accès des femmes à l’éducation, à la santé, à l’autonomie, à la maîtrise de leur fécondité se heurte à des résistances puissantes des sociétés traditionnelles. Pire encore : c’est le simple droit des femmes à la vie, à la sécurité et à l’intégrité physique qui est dans certains lieux constamment menacé. »

 

http://www.comitedelajupe.fr/soutiens/nous-catholiques-refusons-de-condamner_le_genre/

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 16:08

Evangile de Jésus Christ selon saint Jean 1, 35-51

Le lendemain, Jean Baptiste se trouvait de nouveau avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l'Agneau de Dieu. » Les deux disciples l’entendant parler ainsi  suivirent Jésus. Celui-ci se retourna, vit qu'ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi (c'est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils l'accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure.

André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus.  Il trouve d'abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ).  André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras Képhas» (ce qui veut dire : pierre).  Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il rencontre Philippe, et lui dit : « Suis-moi. » (Philippe était de Bethsaïda, comme André et Pierre.)  Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : « Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. »  Nathanaël répliqua : « De Nazareth ! Peut-il sortir de là quelque chose de bon ? » Philippe répond : « Viens, et tu verras. »  Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare : « Voici un véritable fils d'Israël, un homme qui ne sait pas mentir. »  Nathanaël lui demande : « Comment me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. »  Nathanaël lui dit : « Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu ! C'est toi le roi d'Israël ! » Jésus reprend : « Je te dis que je t'ai vu sous le figuier, et c'est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. »  Et il ajoute : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez les cieux ouverts, avec les anges de Dieu qui montent et descendent au-dessus du Fils de l'homme. »

 

Avec cet appel des disciples chez St Jean, nous vivons comment le Fils de Dieu se révèle. Nous sommes invités à contempler Jésus qui se manifeste à nos yeux, qui se révèle. Nous pouvons demander la grâce d’être attentif à cette présence qui se révèle à nous, et de prendre le temps d’entrer pour chacun de nous dans cette approche de Jésus dans la singularité de son histoire et de l’habiter.

Imaginer le lieu de cette rencontre entre Jésus et ses premiers disciples, le long d’un fleuve ou plutôt dans un désert aride où beaucoup se sont rassemblés pour écouter Jean-Baptiste dans le désert.

 

Le lendemain, Jean Baptiste se trouvait de nouveau avec deux de ses disciples …

Regarder et écouter Jean-Baptiste. Il avait annoncé celui qui était derrière lui et que personne ne connaissait encore. Jésus passe. Regarder Jean-Baptiste désigner Jésus comme « l’Agneau de Dieu », l’agneau qui pour un juif évoque la Pâque, le signe de l’Alliance avec Dieu et percevoir l’écho que cela peut avoir dans le cœur des disciples. Ils vont suivre Jésus.

Les disciples de Jean étaient porteurs d’une attente. C’est celui qu’ils étaient venus écouter qui les incite à se laisser déplacer. Faire silence pour laisser monter en moi l’attente qui m’habite. Distinguer dans ma vie ce qui me fait me déplacer, le souffle nouveau qui me fait avancer hors des sentiers habituels.

 

Les deux disciples l’entendant parler ainsi suivirent Jésus … Celui-ci se retourna, vit qu'ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? »

Chez les autres évangélistes, Jésus dit « Suis-moi ». Ici les disciples suivent mais n’osent pas lui parler et c’est Jésus qui va les interroger sur leur désir profond : « Que cherchez-vous ? » et non pas « Qui cherchez-vous ? » C’est la première parole de Jésus dans l’Evangile de Jean. Il les incite à laisser émerger l’objet de leur attente. Jésus propose de le suivre et attend une réponse personnelle. « Venez et vous verrez ».Leur réponse est un peu maladroite : «  Où demeures-tu ? »

Rechercher qui dans ma vie a été pour moi un autre Jean-Baptiste pour me montrer le Seigneur et me faire comprendre qui il est. Oser exprimer au Seigneur mon désir profond.

 

« Rabbi, où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »

Ce qui leur importe aux disciples, ce n’est pas de savoir quelque chose mais c’est d’être avec lui. Jésus répond de venir voir. L’expérience qu’ils feront consiste à aller voir où il demeure, et à demeurer avec lui ce jour-là. A partir de ce moment, ils vont suivre Jésus, non plus poussés par quelqu’un mais parce qu’ils ont fait une expérience de la rencontre avec le Seigneur. Quel est le retentissement intérieur de cette invitation du Seigneur, sentiment intérieur d’allégresse, de joie de paix donné par l’Esprit qui les entraîne à la décision de suivre Jésus ?

L’appel de Jésus et la réponse qui lui est donnée relèvent du mystère le plus intime entre le Seigneur et nous. Quelle expérience ai-je de « demeurer avec lui » et de « rester avec lui » et de me laisser conduire par lui où il veut et de la manière qu’il veut pour être accueilli dans l’intimité de sa demeure ? Il me faut apprendre de Jésus le parcours qui mène vers lui au quotidien.

 

André … trouve d'abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie …

La découverte de Jésus par André lui impose de partager tout de suite sa découverte et sa joie avec son frère pour l’amener à Jésus. Voir le regard de Jésus sur Simon et entendre sa Parole, efficace, active : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras Képhas» (ce qui veut dire : pierre) ». Recevoir un nouveau nom de la part de Jésus, c'est changer d'identité. Cette rencontre bouleverse l’itinéraire de Simon-Pierre. Un autre horizon, une vocation lui est donnée.

A partir de ce moment ils vont suivre Jésus, non plus poussés par quelqu’un mais parce qu’ils ont fait sa connaissance et ils vont commencer à en appeler d’autres : André appelle Pierre et Nathanaël est appelé par Philippe …

Voir ce qui a changé profondément en moi par la découverte, tous les jours renouvelée, du Seigneur. De quel nom le Seigneur m’appelle t-il à sa suite ? A sa Résurrection, le Seigneur, s’adressant à Marie-Madeleine, ne nous nomme t-il pas ses frères/sœurs ? Comment puis-je témoigner par et dans ma vie de cette expérience de Dieu ?

 

Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu

« De Nazareth peut-il sortir de là quelque chose de bon ? » Philippe, appelé par Jésus, accepte de le suivre et veut entraîner Nathanaël qui ne peut imaginer qu’il soit le fils de Dieu, lui le fils de Joseph. Le seul regard de Jésus le convainc bien plus que le fait de reconnaître en lui ‘un véritable Israélite’.

« Je t’ai vu » dit le Seigneur. Vivre ce regard de Dieu dans ma vie, regard d’amour et de miséricorde, regard qui entraîne une transformation intérieure et qui modifie mes critères de jugement. Demander d’apprendre d’aller au-delà des apparences et d’avoir le regard de Jésus pour tous mes frères, au-delà des conventions humaines, parfois si trompeuses.

 

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 10:39

 

Voici un article trouvé sur le site d'une paroisse à Bordeaux animée par une communauté jésuite

http://nda33.fr/les-jesuites-et-les-femmes/

Merci à nos amis jésuites d'avoir publié ce décret lors de leur rencontre internationale en 1995. Il est toujours d'actualité.


 

En cette journée internationale des femmes, il intéressant de découvrir la parole… d’hommes religieux…

Il s’agit des jésuites… En effet, aux hasards de navigation sur Internet vous pouvez tomber sur leur site et découvrir un texte de loi étonnant… Il s’agit d’un texte créé en 1995 à l’occasion d’une de leur Congrégation Générale, l’instance suprême de leur gouvernement, qui ne fut réunie que 35 fois depuis leur fondation au XVIe siècle… C’est dire que, lorsque cette instance publie des décrets, ceux-ci ne sont pas des documents qui peuvent être considéré avec légèreté…

Or que trouvons nous dans le 14e décret ? La position de « la Compagnie et la situation des femmes dans l’Eglise et dans la société civile ». Un document qui, aux dire mêmes de ceux qui l’ont réalisé a provoqué « une grande surprise », car « rien ne faisait prévoir à l’avance » la possibilité d’un tel texte… C’est dire si ce document n’est donc pas le fruit d’un quelconque lobby, préparé à l’avance, mais bien le fruit d’un patient travail d’écoute, de prière et de lecture fine d’une situation historique. Et il est clair que cette émergence laissa place « à un accueil chaleureux et un appui sans ambigüité ».

Cette Congrégation Générale a donc voulu attirer l’attention des jésuites sur leurs attitudes et leurs réactions face à ce problème de la situation des femmes. Car il ne s’agit pas d’un « décret sur la femme », et ils n’ont pas la prétention de « parler au nom des femmes » mais comme ils le disent eux-mêmes, c’est un décret qui s’adresse aux jésuites et veut que, dans la fidélité à leur mission, ils n’oublient pas un problème aussi évident que celui de cette « tradition civile et ecclésiale qui a blessé les femmes »

Ce décret commence donc par une analyse lucide et sans fard de la situation. Dès le début le ton est donné : « La domination des hommes dans leurs relations avec les femmes s’est traduite de multiples manières. » (§ 2) Et les jésuites reconnaissent leur part de responsabilité : « Pourtant nous portons encore avec nous l’héritage d’une discrimination systématique contre les femmes.  […] il fait partie d’un ensemble de préjugés et de stéréotypes culturels plus profonds. Beaucoup de femmes, en vérité, estiment que les hommes ont été lents à reconnaître la pleine humanité des femmes. Elles font souvent l’expérience d’une réaction de défense de la part des hommes quand elles attirent leur attention sur cet aveuglement.» (§ 3)

Ils rappellent que c’est Jean-Paul II lui-même qui « a demandé à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté, spécialement aux catholiques, de faire de l’égalité fondamentale des femmes une réalité vécue. Ceci est un authentique “signe des temps” » (§ 5)

Aussi les jésuites en prennent acte et en assument les conséquences : « Ces sources nous appellent à changer nos attitudes et à travailler à un changement des structures. […] Le ton de cette réflexion de l’Église sur l’Écriture indique clairement qu’il y a urgence à relever le défi de traduire la théorie en pratique, non seulement hors de l’Église, mais aussi au sein de celle-ci. » (§ 6). Et cela sans confusion des genres ou de la place qui tient à chacun : « La Compagnie de Jésus relève ce défi et accepte la responsabilité qui est la nôtre de faire ce que nous pouvons en tant qu’hommes et en tant qu’ordre religieux masculin. Nous ne prétendons pas parler au nom des femmes. Nous parlons, cependant, à partir de ce que nous avons appris des femmes sur nous-mêmes et sur nos relations avec elles. » (§ 7)

La première démarche commence alors par un acte de repentance impressionnant par sa simplicité et de pardon : « En réponse à cette interpellation nous, jésuites, demandons d’abord à Dieu la grâce de la conversion. Nous avons fait partie d’une tradition civile et ecclésiale qui a offensé les femmes. Comme beaucoup d’hommes, nous avons tendance à nous convaincre qu’il n’y a là aucun problème. Fût-ce sans la vouloir, nous avons souvent participé à une forme de cléricalisme qui a renforcé la domination masculine en l’accompagnant d’une sanction prétendument divine. Par cette déclaration, nous voulons réagir personnellement et collectivement, et faire ce que nous pouvons pour changer cette situation regrettable. » (§ 9)

Vient alors le temps d’une reconnaissance du bienfait de la complémentarité du travail avec les femmes : « Nous savons que le développement de notre propre foi et une grande part de notre ministère seraient considérablement amoindris sans le dévouement, la générosité et la joie que des femmes apportent dans nos écoles, nos paroisses et d’autres champs d’apostolat dans lesquels nous travaillons ensemble. Cela est particulièrement vrai de l’apport des femmes, laïques et religieuses, parmi les pauvres, en milieu urbain ou rural, souvent dans des situations très difficiles et pleines de défis. […] De nombreuses femmes ont contribué à renouveler notre tradition théologique d’une manière qui a libéré à la fois les hommes et les femmes. Nous voulons dire ici que nous apprécions cette généreuse contribution des femmes, et nous espérons que cette collaboration dans le ministère pourra se poursuivre et se développer. » (§ 10)

Peut alors s’envisager avec lucidité, sans idéalisme ou angélisme, l’avenir pour continuer à avancer : « Nous ne supposons pas qu’il y ait un modèle unique de relations entre homme et femme qui doive être recommandé, encore moins imposé, pour le monde entier ou même dans une culture donnée. Nous soulignons plutôt la nécessité de beaucoup de tact dans notre réponse. […]Nous devons être spécialement attentifs à adopter une pédagogie qui ne mène pas à une plus grande séparation entre hommes et femmes, celles-ci étant déjà, dans certaines circonstances, soumises aux énormes pressions d’autres forces culturelles et socio-économiques sources de division. » (§ 11)

Vient alors la reconnaissance de ce que l’on pourrait appeler un ministère d’écoute, première étape fondamentale avant d’aller plus loin : « En tout premier lieu, nous invitons tous les jésuites à se mettre sérieusement et courageusement à l’écoute de l’expérience des femmes. Beaucoup de femmes sentent que les hommes tout simplement ne les écoutent pas. Rien ne peut remplacer cette écoute. Plus que toute autre chose, c’est elle qui apportera le changement. Sans écoute, toute action dans ce domaine, quelque bien intentionnée qu’elle soit, passera probablement à côté des préoccupations réelles des femmes, confirmera la condescendance masculine, et renforcera la domination des hommes. L’écoute, dans un esprit de partenariat et d’égalité, est la réponse la plus concrète que nous puissions donner, et le fondement même de notre partenariat pour la réforme des structures injustes. » (§12)

Peut venir alors l’invitation à des actions de solidarité très concrètes à savoir
« l’enseignement explicite dans nos ministères, […] de l’égalité essentielle entre hommes et femmes ;
un soutien donné aux mouvements de libération qui s’opposent à l’exploitation des femmes et encouragent leur entrée dans la vie politique et sociale ;
une attention spéciale au phénomène de la violence exercée contre les femmes;
une présence adaptée de femmes dans les ministères et les institutions jésuites, sans exclure la formation ;
la participation authentique de femmes dans les instances de consultation et de prise de décision dans nos ministères ;
une collaboration pleine de respect avec nos collègues femmes dans les projets communs ;
l’emploi du langage “inclusif” qui convient dans les discours et les documents officiels ; la promotion de l’éducation des femmes et, en particulier,
l’élimination de toute forme de discrimination injustifiée entre garçons et filles dans le processus d’éducation. » (§ 13)

 

Les jésuites mesurent bien que de telles attitudes ne peuvent aller sans provoquer des changements profonds au sein même de l’Eglise : « Le changement de sensibilité que cela comporte aura, inévitablement, des implications pour l’enseignement et la pratique de l’Église. Dans ce contexte nous demandons aux jésuites de vivre, comme toujours, avec la tension qu’implique le fait d’être fidèles aux enseignements de l’Église et d’essayer en même temps de lire avec exactitude les signes des temps. » (§ 14)

Vient alors le temps de la conclusion : « La Compagnie rend grâces pour tout ce qui a déjà été accompli, souvent au prix d’une lutte difficile, pour de plus justes relations entre hommes et femmes. Nous remercions les femmes pour l’exemple qu’elles ont donné et continuent à donner. » « Surtout nous voulons engager la Compagnie d’une manière plus formelle et plus explicite à considérer cette solidarité avec les femmes comme faisant partie intégrante de notre mission. » (§15 & 16)

 

Un bel exemple qui nous est donné en Eglise et qui peut en inspirer d’autres 

 

 

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