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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 00:24

Le livre d’Esther est un des rares livres de la Bible qui porte le nom d’une femme.

Dans un livre qui a pour titre « les subversives", le bibliste André Lacoque présentent 5 femmes qui jouent un rôle central : la Shulamite du Cantique, Ruth, Esther, Suzanne et Judith. Les livres ou partie de livre qui en parlent, font tous partie d’une littérature biblique non conformiste. Ils appartiennent à la littérature contestataire du second Temple. Ils ont eu des difficultés  à entrer dans le canon juif, de ce fait ils portent trace par leur existence même de la difficile conversion quant à la situation des femmes et au regard posé sur elles.

Ils sont contestataires de la dégradation de la situation des femmes depuis le retour de l’Exil, en particulier par le refus des mariages mixtes et le renvoi des femmes étrangères ( ce qui fait porter implicitement la faute aux femmes)

 

Attachons-nous plus particulièrement à l’un d’entre eux : Le livre d’Esther. Voilà donc un livre qui porte le nom d’une femme, une femme en est l’actrice principale et sa présence et son action sont décisives pour le salut de son peuple.

1-Ce faisant, cela montre qu’une femme peut être choisie comme instrument de salut.

Dieu choisit aussi des femmes pour sauver son peuple.

2-Par le risque qu’elle prend pour sauver son peuple, le risque de perdre sa vie, elle réalise la figure du serviteur souffrant d’Isaïe 53 et de ce fait préfigure le Christ qui donne sa vie.

3-Elle est une illustration du renversement de situation qui est une des trames essentielles des livres bibliques : les esclaves qui se libèrent (Exode) ; l’esclave qui devient le bras droit du pharaon ( Joseph) ; une femme sauve son peuple au péril de sa vie ( Esther mais aussi Judith).

Esclave et femme, des choix exemplaires de Dieu, pour contester un désordre établi et montrer dans la victoire de ce qui est sans puissance humaine, la victoire de Dieu.

Quand les chances de réussite sont nulles, la victoire remportée par un-e exclu-e,  apparaît d’autant plus miraculeuse.

4-Le vis-à-vis masculin d’Esther c’est Mardochée.

Le texte nous montre une relation de communion pour le salut où aucun des deux ne domine  l’autre, mais une relation qui se vit dans l’écoute mutuelle et la réciproque « obéissance » :

-Esther obéit à Mardochée en ne révélant pas son origine 2/10.

-Mardochée obéit à Esther quand elle lui demande de justifier son attitude 4/5-7.

-Elle obéit à son ordre d’aller voir le roi 4/8.

-Il obéit à Esther en suivant ses instructions 4/16-17.

Nous avons là une réelle mixité sans domination, ce qui réalise le projet de Gn 1 et contredit la malédiction de Gn3/16c.

5-Il y a dans l’éloge de la désobéissance contenu dans ce livre, un appel à résister à l’injustice.

Mardochée et Esther, tous les 2 s’opposent à un édit royal ou le bravent  ( celui de fléchir le genou devant un simple humain ou de se présenter devant le roi sans avoir été convoqué .).

Esther réussit là où Vashti, la première reine a échoué, mais ce faisant, elle lui donne raison.

Vashti avait raison de s’opposer à un ordre injuste du roi. Elle l’a payé cher. Esther réussit là où Vashti a échoué mais elle montre qu’il est juste de refuser d’être traitée en objet qu’on exhibe lors d’un banquet.

6-Le texte hébreu d’Esther ne fait aucune mention de Dieu. Il ne contient aucune prière d’Esther. Il ne fait pas mention d’une intervention de Dieu. Le salut dépend uniquement de la décision d’Esther d’aller voir le roi.

Comme le dit R.M.Halls dans The theology of the book of Ruth, cité par Lacoque :

“Une histoire peut-être éminemment théologique dans son intention sans que l’auteur  parle explicitement de Dieu, si l’auteur choisit de laisser ses personnages ou les événements parler pour Lui-Elle.»

L’événement ici, c’est une histoire de salut, le cours de l’histoire qu’une femme a pu changer. Une lutte à main nue contre le mal.

Auteur-es du mal, homme et femme le sont. Victimes aussi mais il existe des injustices qui touchent les femmes en tant que femmes.

L’action d’Esther est décisive pour sauver son peuple. Et ceci sans apparente action divine.

C’est à celles qui sont au point le plus crucial du mal qu’il appartient de lutter contre lui.

Le combat contre le mal est témoignage de Dieu, est engagement pour Lui-Elle, même si son nom n’est pas prononcé.

7- Esther est aussi une belle illustration de la possibilité d’être juif-ve en dehors de la terre d’Israël. Ce faisant, ce livre est bien également dans la ligne des écrits contestataires du 2ème temple.

Contre un judaïsme qui se referme, qui veut protéger l’identité juive contre toute contamination étrangère, il montre qu’on peut ne pas pécher contre son identité en vivant dans un pays étranger. Qu’on peut y devenir reine et accéder à la plus haute responsabilité sans renier sa foi, être intégré-e sans perdre son identité, y vivre un judaïsme ouvert, créateur, autonome vis-à-vis de Jérusalem.

8-Il présente une autre forme de figure  de salut que l’Exode. Le salut ici, n’est pas de quitter un pays étranger mais au contraire de pouvoir y rester, de continuer à y vivre dans la paix et la prospérité. Vivre d’une tradition, non sous la forme d’une répétition mais dans une interprétation qui la renouvelle en fonction d’une situation nouvelle.

De ce point de vue aussi, le fait qu’une femme soit héroïne de ce salut, a du sens.

Une tradition figée ne peut que légitimer des stéréotypes où sont enfermé-es les femmes comme les hommes d’ailleurs. Etre confronté-e à des situations nouvelles, pouvoir ouvrir des chemins nouveaux peut libérer aussi un autre type de relation entre les hommes et les femmes.

 

Ce livre a reçu un accueil mitigé dans les mouvements féministes.

Cela tient à l’extrême sensibilité que certaines d’entre nous peuvent avoir à tout ce qui peut paraître dévalorisant pour les femmes.

Une lecture superficielle peut prêter le flanc à cette critique : une histoire qui commence par une répudiation arbitraire à cause du refus d’être traitée de faire-valoir lors d’une beuverie : femme objet qu’on exhibe ; le choix d’une nouvelle reine parmi celles, vierges et belles  qu’on aura ramassées dans tout le pays, et qui se soumettront à un régime de beauté pour satisfaire les besoins sexuels du roi ; ensuite reléguées au harem jusqu’à un hypothétique désir de sa part…

Le point de départ est rude et on comprend qu’on puisse arrêter là la lecture.

Si on en reste là, avec une lecture au premier degré, cela peut légitimer soit un refus de ce livre, soit une justification de comportement machiste.

 

Une lecture attentive montre que ce récit sensé qui se passe au 5ème siècle sous le règne Xerxès 1er est en fait un conte qui manie l’ironie à outrance : une satire pleine d’humour d’un roi sans personnalité, ce qui tranche avec la force de détermination d’Esther et de Mardochée.

Et même ce point de départ rude n’est-il pas figure de réalités d’hier et d’aujourd’hui ?

Des femmes traitées comme des objets, c’est encore malheureusement une réalité.

 

La pointe, me semble-t-il, est à chercher dans l’attitude d’Esther : son courage, sa détermination, son audace et son réalisme pour changer ce qui paraît impossible à changer en utilisant la situation qui est la sienne. Sa fragilité même, son hésitation qui nous la rend plus proche et qui montre une peur surmontée par une générosité plus grande encore.

De ce point de vue, ce livre est « pascal », passage de la nuit à la lumière, de l’esclavage à la liberté, du péché au salut. Passage totalement don de Dieu et totalement œuvre humaine, comme le dit si bien St Thomas d’Aquin :

« Il est clair qu’un même effet n’est pas attribué à sa cause naturelle et à Dieu comme si une partie était à Dieu et une partie à l’autre. Il est tout entier de l’un-e et de l’autre, mais suivant des modalités diverses » (2)

(1) LACOQUE, André. Subversives. Un pentateuque de femmes, traduction française de Claude Veugelen. [ The Feminine Unconventional] Paris, Cerf 1992.

(2) St THOMAS D’AQUIN, 3 SCG 70

 

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 22:08

Je continue à publier mon étude sur l’encyclique Mulieris dignitatem.

Elle apporte une heureuse rupture sur la question du féminin par rapport à l’enseignement classique. Malheureusement, l’encyclique omet de dire que c’est une rupture. C’est dommage car des lecteurs non connaisseurs de l’histoire théologique de l’Eglise catholique peuvent, à tort, penser que ce fut la doctrine constante depuis 20 siècles. Il n’en est rien. Dans l’article précédent, nous avons vu la pensée d’Augustin. Voici maintenant celle de Thomas d’Aquin. 

 

Thomas va suivre Augustin dans l'attribution de l'image à la femme. Mais comme lui, en y apportant des corrections infériorisantes. Quand dans la Somme théologique, Thomas se pose la question de savoir si l'image de Dieu se trouve en l'homme seulement selon l'esprit,  il répond positivement et cela lui permet de l'attribuer  autant à la femme qu'à l'homme.

« Aussi faut-il dire que si l'Écriture, après avoir dit : A l'image de Dieu Il le créa , ajoute :  Homme et femme Il les créa , ce n'est pas pour inviter à découvrir l'image de Dieu dans la distinction des sexes, mais parce que l'image de Dieu est commune à l'un et à l'autre sexe, puisqu'elle se réalise au niveau de l'âme spirituelle dans laquelle il n'y a pas de distinction des sexes.  C'est pourquoi S. Paul (Col 3,10) après avoir dit : " A l'image de son Créateur ", ajoute :  là il n'est plus question d'homme ou de femme. » (THOMAS d’AQUIN, Somme théologique, 1a q93 a6 solution 2)

Thomas avait déjà établi cette même affirmation à la question 92 article 4 pour répondre à la question : l'image de Dieu est-elle en tout homme?

« Si l'on considère la réalité dans laquelle réside principalement la qualité d'image, à savoir la nature intellectuelle, l'image de Dieu se trouve aussi bien chez la femme que chez l'homme. Aussi c'est après avoir dit : A l'image de Dieu Il le créa  (l'homme), que la Genèse ajoute :  Homme et femme Il les créa " ; et, commente S. Augustin, il dit au pluriel: Il les créa  pour que l'on ne pense pas que les deux sexes avaient été réunis en un seul individu. » (1a q92 a4)

 

Mais il y apporte des restrictions qu'il est bon de citer.

« …pour ce qui est de certains traits secondaires, l'image de Dieu se trouve dans l'homme d'une façon qui ne se vérifie pas dans la femme ; en effet, l'homme est principe et fin de la femme, comme Dieu est principe et fin de toute la création. Aussi, une fois que S. Paul eut dit :  L'homme est l'image et la gloire de Dieu tandis que la femme est la gloire de l'homme , il montra la raison pour laquelle il avait dit cela en ajoutant : Car ce n'est pas l'homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l'homme, et ce n'est pas l'homme qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. » (Idem)

Nous avons ici un exemple significatif du caractère discriminant d'une interprétation biblique. Eve tirée du côté d'Adam a pour conséquence que l'homme( vir)  serait principe et fin de la femme: elle viendrait de lui, créée à partir de lui. Adam considéré comme vir serait principe, comme Dieu l'est, pour l'ensemble de la création, ce qui le placerait d'une certaine manière du côté de Dieu, et comme le médiateur entre la femme et Dieu. Il n'y a pas réciprocité de l'un pour l'autre mais un sens unique: la femme pour l'homme. C'est ce caractère de subordination qui serait propre à la femme qui établirait son incapacité à refléter l'image de Dieu.

 

A la question 92, article 1, Thomas se demande l'intérêt qu'il y avait à produire la femme.

« Il était nécessaire que la femme fût faite, comme dit l'Écriture, pour aider l'homme. Non pas pour l'aider dans son travail, comme l'ont dit certains, puisque, pour n'importe quel autre travail, l'homme pouvait être assisté plus convenablement par un autre homme que par la femme, mais pour l'aider dans l'oeuvre de la génération. »( 1a  q92 a1)

Dans cette pensée, la production de la femme est conçue comme celle d'une auxiliaire et l'aide apportée est précisée: une aide pour la génération. Elle est produite pour l'homme, pour la maternité, et non pour elle-même. Dans la solution 1 de la même question, Thomas répond à l'objection 1 où il y a la fameuse citation d'Aristote sur la femme, mâle manqué. Il convient de la citer en entier.

« Par rapport à la nature particulière, la femme est quelque chose de défectueux et de manqué. Car la vertu active qui se trouve dans la semence du mâle vise à produire quelque chose qui lui soit semblable en perfection selon le sexe masculin. Mais si une femme est engendrée, cela résulte d'une faiblesse de la vertu active, ou de quelque mauvaise disposition de la matière, ou encore de quelque transmutation venue du dehors, par exemple des vents du sud qui sont humides, comme dit Aristote. Mais rattachée à la nature universelle, la femme n'est pas un être manqué : par l'intention de la nature, elle est ordonnée à l'oeuvre de la génération. Or, l'intention de la nature universelle dépend de Dieu, qui est l'auteur universel de la nature, et c'est pourquoi, en instituant la nature, il produisit non seulement l'homme, mais aussi la femme. »( Idem)

Thomas reprend ici les idées d'Aristote (ARISTOTE, De la génération des animaux, I, 21. Par exemple : « la femelle est bien, en tant que femelle, un élément passif, et le mâle , en tant que mâle, un élément actif, et c’est de lui que part le principe du mouvement ») sur la génération humaine. Pour Aristote, seule la semence virile serait active, le corps féminin n'étant que réceptacle, sorte de couveuse naturelle. Puisque la semence vient de l'homme, il ne devrait naître que des garçons; s'il y a naissance de filles, c'est à cause d'une défectuosité.

Nous avons ici un bon exemple de la manière dont le théologien se confronte au philosophe: il ne remet pas en cause l'information qui lui vient de la philosophie, cependant il la confronte à ce que dit le texte révélé: il ne peut rien y avoir de "manqué" dans la nature dont Dieu est l'auteur, donc la femme n'est pas un être manqué. Mais il le fait cependant par une distinction entre nature particulière et nature universelle qui n'annulerait pas le caractère manqué de chaque individu féminin mais  fonderait le caractère non-manqué du fait féminin universel par son ordination à la génération.

 

Dans la même question, la solution 2 répond à l'objection qu'il devait y avoir égalité de l'homme et de la femme avant le péché car la sujétion est une conséquence du péché.

« Il y a deux espèces de sujétion. L'une est servile, lorsque le chef dispose du sujet pour sa propre utilité, et ce genre de sujétion s'est introduit après le péché. Mais il y a une autre sujétion, domestique ou civique, dans laquelle le chef dispose des sujets pour leur utilité et leur bien. Ce genre de sujétion aurait existé même avant le péché. Car la multitude humaine aurait été privée de ce bien qu'est l'ordre, si certains n'avaient été gouvernés par d'autres plus sages. Et c'est ainsi, de ce genre de sujétion, que la femme est par nature soumise à l'homme, parce que l'homme par nature possède plus largement le discernement de la raison. D'ailleurs l'état d'innocence, comme on le dira plus loin, n'excluait pas l'inégalité entre les hommes ».( Idem)

Pour Thomas donc, l'inégalité entre l'homme et la femme ne serait pas une conséquence du péché mais un fait de nature. La femme doit être gouvernée par l'homme parce qu’il  possèderait davantage le discernement de la raison. Cette sujétion serait en vue de son bien.

 

Thomas s'interroge également sur la création de la femme à partir de l'homme. Il en donne 3 raisons . Première raison :

« Il convenait que la femme, dans la première institution des choses, fût formée à partir de l'homme et cela beaucoup plus que chez les autres animaux.: Ainsi serait accordée au premier homme cette dignité d'être, à la ressemblance de Dieu, le principe de toute son espèce, comme Dieu est le principe de tout l'univers. Ce qui fait dire à S. Paul (Ac 17,26)  que Dieu " d'un être unique fit tout le genre humain ». (1a q92 a2)

Cette première réponse est significative. Elle met le masculin du côté de Dieu, lui conférant une ressemblance avec Lui du fait qu'il serait principe de l'espèce puisque de lui a été tirée la femme et tout le genre humain. Il serait donc à la ressemblance de Dieu, principe de tout l'univers. Le masculin serait principe à la ressemblance de Dieu qui est principe.

2ème raison :

« Afin que l'homme chérît davantage la femme et s'attachât à elle de façon plus inséparable, sachant qu'elle avait été produite de lui, aussi est-il dit dans la Genèse (Gn 2,23) :  Elle fut tirée de l'homme ; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme.  Ce qui était d'ailleurs particulièrement nécessaire dans l'espèce humaine, où l'homme et la femme demeurent ensemble pendant toute la vie, à la différence des autres animaux. » (idem)

La deuxième raison de la production de la femme par l'homme est affective: il la chérira et s'attachera davantage à elle et ce lien sera pour la vie. 

3ème raison :

« Parce que, selon Aristote, ‘ l'homme et la femme s'unissent chez les humains non seulement pour les besoins de la génération, comme chez les autres animaux, mais aussi pour la vie domestique, qui comporte certaines activités de l'homme et de la femme, et dans laquelle l'homme est le chef de la femme ‘. Aussi convenait-il que la femme fût formée de l'homme comme de son principe. » (idem)

Dans cette troisième raison, il y a un dépassement du seul motif de génération pour justifier l'union de l'homme et de la femme. Ils sont unis pour la vie domestique. Cette vie domestique est présentée sous l'angle d'activité propre à l'homme et propre à la femme. Dans la pensée de Thomas, cette vie domestique ne peut être que  hiérarchique. Le texte de la Genèse, selon Thomas,  décrirait donc le type de relation entre l'homme et la femme telle  que Dieu la voudrait. S'il a créé la femme tirée de l'homme, c'est qu'il voudrait qu'il soit son chef.

 

En ce qui concerne l'image, nous avons donc des textes de droit canonique qui refusent à la femme la qualité d'image de Dieu. Augustin et Thomas la lui accorderont mais avec les restrictions que nous avons analysées et une lecture de Genèse qui justifierait la place subordonnée de la femme.

 

La citation suivante tirée de St Bonaventure, contemporain de St Thomas nous signale que ce progrès, même limité chez eux, ne faisait pas l'unanimité.

« Le sexe masculin est nécessaire pour la réception des Ordres…car nul ne peut recevoir les Ordres s’il n’est image de Dieu, parce que dans ce sacrement la personne humaine devient d’une certaine manière Dieu ou divine, puisqu’elle devient participante au pouvoir divin. Mais c’est l’homme qui est, en raison de son sexe, Imago Dei, comme il est dit dans le chapitre 11 de la 1ère lettre aux Corinthiens. Il est donc impossible à une femme d’être ordonnée »( Commentarium in IV Libros Sentatiarum Magistri Petri Lombardi, Div 25, Art.2 Qu.1)

 

La question de l'image est ici décrite dans le cadre de la question du sacrement de l'ordre. C'est l'homme seul qui serait image de Dieu, la femme ne le serait pas. Il est nécessaire d'avoir cette image pour devenir d'une certaine manière Dieu en participant à son pouvoir. La femme n'ayant pas cette image, elle ne pourrait donc pas recevoir ce sacrement.( Le supplément de la Somme Théologique de Thomas sur ce même sujet n'utilisera pas cet argument puisque pour lui, homme et femme sont image mais  utilisera un autre argument : du fait de son état de soumission, la femme ne pourrait signifier une éminence de degré. ST, Suplément q 39 a1)

 

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 12:02

Dire la foi autrement

Dieu

Il faut bien commencer par ce mot : Dieu. Car si ce mot est vide, s’il ne signifie rien, tout ce qu’on peut dire après n’a pas de raison d’être.

Mais que peut-on dire ? D’une certaine manière : rien. Car toute idée, tout mot, toute image, ne peut en aucun cas rendre compte de ce qu’Il-Elle est…

Mot, image, idée sont en-deçà, sont illusions,projections de nos désirs, mensonges.

Dieu est radicalement Autre. Rien de ce qui est de nous, de ce qui nous est familier ne peut Lui être appliqué. Dieu est « inconcevable », au sens fort de ce mot, ce que l’on ne peut concevoir.

 

Mais il reste ce mot qu’on ne peut évacuer. Mystère qui dit un-e Autre que nous.

D’abord cela nous délivre car cela nous empêche de nous enfermer en notre solitude.il y a de l’Autre en face de nous.


Ensuite cette altérité indéfinissable de l’Autre, pose le fondement du respect de tout autre, de tous les autres, à ne jamais enclore dans une définition, dans un « croire savoir »

Dieu est une question toujours ouverte et à ne jamais refermer.

 

Peut-on aller plus loin, dire autre chose ?

Oui. Si nous accueillons un VISAGE. Celui de Jésus.

Mais là, d’une autre manière, nos images, nos idées, nos représentations vont devoir voler en éclats. Son visage d’humain est visage de Dieu.

Il va falloir accepter Dieu dans le temps, Dieu dans la chair, Dieu dans la mort, Dieu dans la vie.

Il va falloir accueillir Dieu dans la petitesse et la vulnérabilité d’un enfant. Dieu qui crie, qui apprend à parler, à marcher. Dieu qui aime, qui souffre. Dieu qui prie, qui pardonne, qui espère, qui croit.

Dieu radicalement différent de tout ce qu’on pouvait et peut imaginer.

Mais Dieu finalement, le seul qu’on puisse aimer.

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 23:01

Evangile de Jésus Christ selon St Luc ( 24, 36-49)

Comme ils en parlaient encore, Lui-même était là au milieu d'eux, et Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.

Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n'a pas de chair ni d'os, et vous constatez que j'en ai. »

Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.

 Dans leur joie, ils n'osaient pas encore y croire, et restaient saisis d'étonnement.

Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé.  Il le prit et le mangea devant eux.

Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j'étais encore avec vous : Il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »

Alors Il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures.

Il conclut : « C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, Sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en Son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que Mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une force venue d'en haut. »

 

* Un geste et une parole de reconnaissance

A Emmaüs , un geste, la fraction du paix, ici à Jérusalem, une parole, la paix soit avec vous.

Arrêtons-nous à ce geste, à cette parole car ce sont les signes du Ressuscité. Ses signes pour se faire reconnaître à nous encore aujourd’hui. Regardons les lieux de paix, les moments de paix, de nos vies, de nos proches, du monde et contemplons Jésus ressuscité présent par la paix donnée. Regardons les pacifiques que nous connaissons, de près ou de loin et contemplons Jésus ressuscité présent par la paix donnée. Regardons-nous aussi, nous-mêmes, dans nos gestes de paix, nos paroles de paix et contemplons Jésus ressuscité présent par la paix donnée. Et faisons de même avec les lieux, les moments, de partage pour y contempler aujourd’hui Jésus ressuscité, là,présent par le pain rompu pour être partagé.

 

* Ouvrir à l’intelligence des Ecritures

Ce passage est une reprise quasi mot à mot des paroles de Jésus aux disciples d’Emmaüs et un même acte, celui de les ouvrir à l’intelligence des Ecritures. Il est pédagogue et interprète les Ecritures  qui nous parlent de Lui.

Nous aussi, avec Jésus repassons dans notre mémoirequelques textes de l’Ecriture qui parlent de Lui :

Comme par exemple Joseph vendu par ses frères. Texte qu’on lit en carême car Joseph est figure du Christ vendu pour trente pièces d’argent. Suzanne, accusée injustement, car elle est figure de Jésus, l’innocent condamné. Le serviteur souffrant dans le livre d’Isaïe car il n’a plus visage d’homme. Il est figure de Jésus qu’on humilie, qu’on défigure, la croix de toutes les injustices. Mais ces trois figures de l’Ancien Testament nous disent aussi la Résurrection. Joseph sauveur de ses frères, Suzanne reconnue innocente, le Serviteur qui justifie les multitudes. C’est la résurrection de toutes les victoires de la vie.

Et dans l’écriture de nos vies, quels sont les passages de la mort à la vie ?

 

* Regardons le Dieu qui se révèle ainsi

L’intelligence des Ecritures, c’est l’intelligence de Dieu. Dieu d’infinie proximité. Dieu avec nous. Dieu crucifié, mort de mort violente et injuste. Cette mort dénonce toute injustice. Le Dieu crucifié, Dieu victime de l‘injustice est jugement et dénonciation de toute injustice. Par la croix qui est « le jusqu’au bout de la proximité », Dieu souffre. S’il n’était pas ce Dieu-là, Dieu resterait distant, froid, silencieux.

Jésus par sa vie et sa mort donne accès à ce Dieu-là. Cela permet de mettre en question la doctrine de la toute-puissance de Dieu. Doctrine non crédible pour l’homme d’aujourd’hui. La toute-puissance que Dieu possède et manifeste dans le Christ est la toute-puissance de l’amour souffrant. Et la Résurrection est promesse d’un avenir ouvert pour tous, d’un accès à Dieu dans le définitif de nos vies …

Laissons Jésus nous ouvrir à l’intelligence profonde de Sa mort et de Sa Résurrection et à la révélation de Dieu qu’Il nous donne.

 

* « Demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut."

Ce « demeurez » est parallèle à l’ordre que l’on trouve dans Actes 1,1-14 :

« Il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem mais d’y attendre ce que le Père avait promis … Vous allez recevoir une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous ». Sur cet ordre de demeurer, ils vont monter à la chambre haute « remplis de joie ».

Il s’agit pour nous aussi de répondre à cette invitation à « demeurer » dans  la chambre haute de ce  Cénacle qui n’est pas un lieu mais une attitude intérieure.

Entrons dans une écoute de la Parole, entrons dans un éveil de la vie profonde, entrons dans l’accueil d’un don, entrons dans une vie animée par l’Esprit de Jésus.

Laissons-nous inviter doucement à entrer dans ce « demeurer », temps de gratuité, temps pour goûter simplement le fait de vivre et d’être aimé.

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 10:41

 Je viens par cet article vous informer d'un événement grave qui se passe dans l'Eglise catholique romaine aux Etats-Unis d'Amérique.

Rome impose à la Leadership Conference of Women Religious ( LCWR , en français on peut traduire par Conférence des Religieuses en responsabilité de leur communauté) une refonte de ses statuts, un évêque qui aura pouvoir de contrôle sur leurs décisions et  leur future organisation. La raison de cet ingérence, c'est leur liberté de parole sur un certains nombre de points en divergence avec celles des évêques.

Vous trouverez ci-dessous une réaction à cette situation. C’est une « actu » du site des Sœurs du Cénacle de France-Togo

http://www.ndcenacle.org/avec-nos-soeurs-etats-unis.html

Cet article montre bien le prophétisme et la liberté de la vie religieuse quand elle est fidèle à sa vocation.

 

Vous pouvez aussi visiter le site de cette LCWR, pour y découvrir l’ampleur de leur travail pour la justice et la foi, l’audace libre de leur parole qu’elles puisent dans l’Evangile de Jésus.

 http://www.lcwr.org 


 American Nuns...


Une Actu pour dire notre soutien et notre amitié aux religieuses américaines
Ce mercredi 18 avril, le Saint-Siège a décidé une réforme complète de la Conférence des religieuses des Etats-Unis, la Leadership Conference of Women Religious, l'organisme rassemblant plus des 80% des sœurs vivant aux Etats-Unis (plus de 50 000 membres).

Nos sœurs du Cénacle aux USA font partie de cette Conférence. C'est pourquoi, par ces quelques lignes nous venons leur dire notre soutien et notre amitié en cette période où elles sont publiquement mises en cause.

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi reproche notamment aux soeurs de trop "axer leurs travaux sur la pauvreté et l'injustice économique" et leur " absence de soutien aux enseignements de l'Eglise sur l'ordination des femmes et sur l'homosexualité." Elle déplore aussi "leur silence" concernant le droit à la vie de sa conception à la mort naturelle. De fait, le soutien des religieuses à la réforme de la santé du président démocrate - "Obamacare", qui comprend tout un volet de médecine reproductive et contraceptive - n'est certainement pas étranger à leur recadrage. 

Vivre à la suite du Christ dans la vie religieuse apostolique, c’est chercher à Lui ressembler toujours plus, à regarder et à aimer ce monde et tous ses habitants comme le Christ Jésus les aime et regarde. Filles d'un même Père qui ne fait pas acception de personnes Actes 10,34-35, nous désirons être la voix qui transmet une Bonne Nouvelle, celle de la Parole fondamentale dont le Souffle nous maintient en vie : C'est bon, c'est très bon  Genèse 1, 1-31.

Quand nous accueillons une personne, nous cherchons à imiter le Christ. C'est-à-dire, nous cherchons à rencontrer l'autre tel qu'il est, en entier, de manière inconditionnelle… sans lui demander ses papiers d'identité, son origine sociale, sa religion, son orientation sexuelle, etc. A la suite du Christ, nous voulons donc rejoindre chacun-e dans son aspiration à la vie et à l'amour.Je suis venu pour qu'ils aient la vie, et la vie en abondance Jean 10-10Choisis donc la Vie !  Deutéronome 30,19  C'est ce cri de notre Bon Dieu que nous faisons retentir. Oui, nous accueillons des couples qui ont recours à la contraception, des personnes homosexuelles, des femmes qui envisagent d'avorter, des hommes et des femmes qui ne vivent pas en conformité avec la loi morale de l'Eglise catholique… Oui la Bonne Nouvelle du Christ,l'Évangile de Dieu  Marc 1,14  n'exclut personne !

 

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 13:32

Au Centre spirituel du Cénacle

68 avenue de Paris 78000 Versailles

 

QUAND S'OUVRE l'OREILLE
Un parcours humain et spirituel
du mardi 10 juillet (19h) au lundi 16 juillet (9h)

Animé par
Monsieur Michel Corsi et Soeur Vanessa Micoulaud
contact et inscriptions : cenacle.versailles@wanadoo.fr

Travail de la voix parlée et chantée pour une libération du geste vocal de chacun.

*Repérer les sensations produites en nous.

*Se rendre disponibles à une écoute pleine, sereine et fructueuse des textes de l’Ecriture.

*S’initier à la prière et aux éléments de vie spirituelle selon la pédagogie ignatienne

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 21:04

La 2ème partie de cette étude de l’encyclique Mulieris dignitatem va mettre en valeur les heureuses ruptures avec la pensée classique. Pour mieux comprendre la profondeur de la rupture, j’exposerai la pensée qui était en vigueur encore très récemment.  D’abord dans des anciens textes du Droit canon, ensuite chez St Augustin.

 

 

2ème partie : Rupture et continuité de cette lettre encyclique avec la pensée classique.

 

J’appelle « pensée classique » ce qui a été pensé jusqu’à un passé récent dans le discours catholique romain. Mulieris dignitatem sur certains points est en rupture avec cette pensée. Sur d’autres, elle est en continuité.

Les ruptures :

*La première rupture est l’affirmation de la commune théomorphie de la femme et de l’homme.

Une pensée de la différence ne peut donc, de ce fait, mettre en cause une commune humanité théomorphe. 

*La seconde rupture est sa lecture de la Lettre aux Ephésiens qui affirme la soumission réciproque de l’homme et de la femme dans le couple et non la soumission de la femme seule. 

Une pensée de la différence ne peut donc de ce fait, justifier un statut inégalitaire.

*La troisième rupture est la reconnaissance d’une image féminine de Dieu.

Une pensée de la différence ne peut donc de ce fait exclure le féminin pour représenter le divin.

La continuité :

Mais conjointement à cette triple rupture existe dans cette lettre deux continuités avec la pensée classique.

*Tout d’abord la lettre encyclique justifie la posture féminine de l’Eglise par le caractère sponsal de la relation du Christ à l’Eglise, et met symboliquement les femmes uniquement du côté de l’Eglise, épouse réceptrice.

*Ensuite  la typologie Eve/Marie face à la typologie Adam/Christ  oublie de mettre les femmes dans la christotypie.

 

A : Rupture : la théomorphie au chapitre 3

Le chapitre 3 de cette lettre qui a pour titre « Image et ressemblance de Dieu » est une affirmation très forte de la dignité égale de l’homme et de la femme car tous deux sont créés à l’image de Dieu. Cette théomorphie est fondée sur le premier récit de la création dans le livre de la Genèse. Mais il n’est pas dit (et donc a fortiori regretté) que ce discours n’a pas été constant dans la réflexion chrétienne. La lettre donne l’impression que ce  discours a été le même depuis le début du christianisme jusqu’à maintenant. Or il n’en est rien. Le reconnaître et le regretter aurait été une bonne manière de prendre acte qu’un certain discours ecclésial a pu donner des arguments religieux légitimant la « valence différentielle des sexes »( « Valence différentielle des sexes » est un concept de F.HERITIER dans Masculin/Féminin,I et II, La pensée de la différence, Odile Jacob 1996 et Dissoudre la hiérarchie, 2002).

Passer sous silence la nouveauté de cet enseignement  empêche de voir la rupture, donc de reconnaître les erreurs du passé et de faire acte de repentance à son juste niveau.

C’est pourquoi, et pour vraiment saisir la nouveauté contenue dans cette lettre encyclique, il convient donc d’abord de rappeler quel pouvait être le discours avant le Concile Vatican II. Ce sera l’objet de la première étape. Cela permettra dans la deuxième étape de mieux saisir la rupture que représente ce chapitre 3 de la lettre encyclique. 

 

                            I : Pensée classique avant le Concile Vatican II

Commençons par des documents de Droit Canon.( I.RAMING, La situation inférieure de la femme dans le Droit canonique, Concilium 111, 1976, P63 à 72) Celui qui est en vigueur actuellement date de 1983. Il a remplacé celui de 1917 qui lui-même avait remplacé le Corpus Iuris Canonici établi sous le pape Grégoire XIII en 1582. Ce corpus dans sa première partie reprenant le travail de Gratien (1140) appelé décret de Gratien qui est une compilation de textes établie par un juriste romain au 4ème siècle (la 2ème partie est constituée par les décrétales de Grégoire IX (1234)). Par une fausse attribution à Augustin et à Ambroise ces textes ont profité du prestige de ces deux Pères de l’Eglise. Que trouvons-nous dans ces textes ? La femme n’était pas considérée comme image de Dieu dans l’ordre de la création. Adam représentait le premier homme exemplaire. Eve était vue comme secondaire parce que dérivée. Le couple originel était le prototype de tous ceux à venir, chaque « vir » héritant de la primauté d’Adam et chaque « mulier » de la dépendance d’Eve. « Caput mulieris vir » : la prééminence de l’homme sur la femme était justifiée par sa création en second de la côte d’Adam. Ils avaient en commun une même substance mais hiérarchisée car le privilège de l’image n’appartenant qu’à l’homme.

« … qu’elle soit image de Dieu, ce qui est absurde. De quelle façon en effet peut-il être dit de la femme qu’elle est image de Dieu, elle qu’on constate soumise à la domination de l’homme et n’avoir nulle autorité ? En effet elle ne peut ni enseigner, ni être témoin, ni dire la foi, ni juger et encore moins commander ! » ( CSEL 50, 83)

« L’homme en effet a été fait à l’image de Dieu, et non la femme » ( CSEL 81, II, 121)

Le voile de la femme était considéré comme signe de sa subordination en tant que non-théomorphe. « C’est pourquoi la femme doit se voiler la tête parce qu’elle n’est pas image de Dieu et doit se montrer soumise »( CSEL 81, II, 121)

Ces textes posent toutefois la question de leur conciliation avec Ga 3/28(« Baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni juif, ni grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites plus qu’un dans le Christ » Traduction de la Bible de Jérusalem). Pour cela, ils font  appel à la distinction entre l’ordre de la création et l’ordre du salut. Dans l’ordre du salut évoqué par ce verset de la lettre aux Galates, il y aurait équivalence de l’homme et de la femme mais non dans l'ordre de la création. Il y aurait donc deux sortes d’images : celle de la création attribuée exclusivement à l’homme, l'autre, celle du salut, accordée également à la femme.  

« Autre, cependant, est cette image que l’on dit être créée dans la connaissance du Sauveur et autre est l’image selon laquelle a été faite le premier humain. La première image est aussi dans la femme, puisqu’elle connaît celui qui l’a créé et, obéissant à sa volonté, elle s’abstient d’une vie honteuse et d’une activité mauvaise; mais la deuxième image, celle de la création, est dans l’homme seulement.…ainsi, si la femme ne se voilait pas la tête, elle serait elle-même image de Dieu, mais il serait incongru que celle qui a été faite soumise à l’homme soit dite image de Dieu »( CSEL 81, III, 197)

Ce qui donne en conclusion dans le décret de Gratien :

« Comme le dit Augustin : la ressemblance de l’homme à Dieu se trouve en ce qu’il fut créé comme le seul être dont tous les autres sont sortis, et qu’il possède, en quelque sorte, la domination de Dieu en tant que son représentant, puisqu’il porte en lui l’image du seul Dieu. Ainsi la femme n’est pas créée à l’image de Dieu. C’est pourquoi l’Ecriture dit : Dieu créa le mâle, à l’image de Dieu il le créa. C’est pourquoi l’apôtre dit aussi : l’homme ne doit pas se couvrir la tête car il est l’image et le reflet de Dieu, mais la femme doit se couvrir la tête car elle n’est ni le reflet ni l’image de Dieu »( Même référence)

On peut noter que l’auteur pour dénier à la femme d’être image de Dieu, s’appuie sur Gn 1 en traduisant par  vir au lieu de homo.  C’est d’abord une faute de traduction, c’est ensuite une manière d’interpréter Gn 1 à la lumière de Gn 2-3.

 

Dans les textes authentiques d'Augustin, on constate une tentative d'inclure le féminin dans la théomorphie. Selon Kari Borensen(K.BORENSEN, Imago Dei, privilège masculin ? Interprétation augustinienne et pseudo-augustinienne de Gn1/27 et 1 Co11/7, Augustinianum 25 (1985) p 213 à 234)  il est le premier à vouloir explicitement concilier des éléments scripturaires en apparence contradictoires.( Clément d’Alexandrie avait lui aussi inclus le féminin dans la théomorphie en mettant l'image dans l'âme rationnelle. Les femmes  sont images de Dieu dans leur âme malgré leur féminité inférieure. Le Pédagogue livre 1, Cerf, 1983, Sources Chrétiennes 70,10  )Comment concilier Gn 1/27 qui déclare l'humain masculin et féminin, image de Dieu  et 1Co11 /7 interprété comme une négation explicite de l’image divine chez la femme ? La réponse se trouve à plusieurs endroits dans son œuvre et peut se résumer en une distinction entre l’esprit qui est théomorphe et le corps qui est sexué. « La femme en tant qu’elle était aussi créature humaine (femina homo erat) avait une âme, une âme raisonnable, selon laquelle elle était, elle aussi, à l’image de Dieu »( AUGUSTIN, De Genesi ad  litteram III, 22; CSEL 28, II, 88-90; BA 48,266-9 )Cependant, au niveau corporel, pour Augustin, le corps mâle, seul, symbolise la partie théomorphe de l’âme humaine (qui se trouve également chez l’homme et  la femme) tandis que le corps féminin, considéré comme inférieur, symbolise la partie qui n’est pas à l’image de Dieu. (Déjà cité )

Il suggère aussi une autre explication à la non attribution de l’image divine de 1Co 11/7 :

« Avant la chute, la femme de moindre intelligence, vivait selon le sens charnel, n’avait pas encore reçu le privilège de l’image; elle aurait pu la recevoir peu à peu sous la conduite et par l’enseignement de l’homme » (AUGUSTIN, De Genesi ad  litteram XI,42; CSEL 28,I,376-7; BA 49,322-5)

Mais c'est dans le De Trinitatae XII, VII, 10 qu'il pose une affirmation forte de la femme image de Dieu avec, cependant, une différence importante:

« D’après la Genèse, c’est la nature humaine en tant que telle qui été faite à l’image de Dieu, nature qui existe en l’un et l’autre sexes et qui ne permet pas de mettre la femme à part, quand il s’agit de comprendre ce qu’est l’image de Dieu…Comment dès lors l’apôtre peut-il dire que l’homme est l’image de Dieu et qu’à ce titre il ne doit pas se voiler la tête, mais que la femme ne l’est pas et doit par conséquent voiler la sienne ? La raison, à mon sens, est celle que j’ai déjà apportée, lorsque j’ai traité de la nature humaine : la femme avec son mari est image de Dieu, de sorte que la totalité de cette substance humaine forme une seule image ; mais lorsqu’elle est considérée comme l’auxiliaire de l’homme -ce qui n’appartient qu’à elle seule- elle n’est pas image de Dieu ; par contre l’homme, en ce qu’il n’appartient qu’à lui, est image de Dieu, image aussi parfaite, aussi entière, que lorsque la femme lui est associée pour ne faire qu’un avec lui»( De Trinitate XII, 7,10 ; CCl 50,364-5; BA 16,229-31)

Pour Augustin donc, associée à l'homme, la femme est image de Dieu, mais  l'homme n'a pas besoin de la femme pour l'être, il l'est en lui-même, image parfaite, entière. La raison de la non-théomorphie de la femme sans l'homme, selon Augustin, ce serait donc son statut d'auxiliaire.

 

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 20:57

92px-Brooklyn Museum - Interview between Jesus and Nicodemu

Entretien de Jésus et de  Nicodème, Aquarelle sur mine de plomb de JJ Tissot (1836-1902) , 23,2 x 17,8 . Brooklyn Museum.

Dans l’Evangile de Jean au chapitre 3 verset 1 à 8

 [1] Or il y avait parmi les Pharisiens un homme du nom de Nicodème, un notable des Juifs.

[2] Il vint de nuit trouver Jésus et lui dit : "Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n'est pas avec lui."

[3] Jésus lui répondit : "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu."

[4] Nicodème lui dit : "Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ?"

[5] Jésus répondit : "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'eau et d'Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.

[6] Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit.

[7] Ne t'étonne pas, si je t'ai dit : Il vous faut naître d'en haut.

[8] Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit."

1ère piste

Se rappeler l’itinéraire spirituel de Nicodème. Il va de la nuit à la lumière. En effet, ici, il se cache pour aller voir Jésus, incapable de faire cette démarche en plein jour. Mais ensuite il prendra une position courageuse devant les grands prêtres en 7/50, et enfin en 19/39 il fera le don de 100 livres de parfum pour la sépulture de Jésus

Et pour nous, qu’en est-il ? Quelle lumière après la nuit avons-nous pu déjà vivre ?

 

2ème piste

Mais ici au chapitre 3, cela commence mal. Nous sommes dans la nuit. La même mention de la nuit qu’on trouve aussi en Jean 19/39 pour la trahison de Judas.

Pourquoi venir de nuit ? Le texte ne le dit pas. Ne projetons pas trop vite une raison, comme la peur de se compromettre pour Jésus. Cela peut-être une raison plus profonde de l’ordre du verset 19 : préférer la nuit à la lumière. La nuit  peut-être ici, c’est de croire qu’on sait, il dit « nous savons ». Prétention à connaître qui est Jésus au lieu de laisser Jésus  se dire lui-même. Il reconnaît bien l’origine divine des actes de Jésus mais cette origine ne porte pas sur sa personne. Il lui fait un compliment qui enferme dans ce qu’il veut qu’il soit : un rabbi comme lui. Une manière de l’annexer à son monde.

Entrons dans une attitude d’accueil, essayons de nous défaire de nos savoirs trop connus pour nous ouvrir à ce que Jésus va nous dire et nous en étonner.

 

3ème piste

Comment Jésus réagit-Il devant quelqu’un qui croit savoir, qui affirme quelque chose de Lui, qui le catalogue et veut l’annexer ?

La réponse de Jésus est étonnante : au lieu de parler de Lui, Jésus renvoie Nicodème à lui-même, Il lui parle d’une naissance d’en haut pour lui, Il lui parle de quelque chose qui est important pour lui, qui l’implique, et qui concerne tout le monde.

Naître d’en haut. Mais qu’est-ce que naître d’en haut ?

Naître pour cet homme, chef des pharisiens, cela résonne comme une régression: lui le maître, redevenir enfant ? Cela implique un renversement de sa position de chef.

Il n’entend pas la parole de Jésus et la transforme.

Au lieu de reprendre l’expression exacte de Jésus, il dit autre chose : naître une 2ème du sein de sa mère, ce qui évidemment est impossible mais ce n’est pas ce que Jésus a dit !

Transformer une parole c’est une manière de se dérober, un refus d’entendre.

Sa mauvaise écoute est signe de sa difficulté à accueillir une liberté identique à celle du vent.

Et moi quelle attitude, me faut-il quitter pour me laisser conduire par la liberté de l’Esprit ?

 

4ème piste

Alors qu’est-ce que « naître d’en haut » ?

Peut-être que la réponse est dans la lettre de Jean où il dit que : « Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » 1 Jn 4/7

Naître d’en haut, c’est aimer. Aimer c’est connaître Dieu. Cela ouvre large la porte de la connaissance de Dieu, cela l’ouvre à l’universel au delà des cloisonnements religieux. Cela

fait entrer dans une fraternité, où tout homme, toute femme est fils et fille du Père, frère et sœur de Jésus.

Laisser retentir en moi cet appel à naître d’en haut, de Dieu, donc de naître à l’amour.

 

 

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 22:03

Dans l’Evangile selon Luc au chapitre 24 verset 13 à 32

[13] Et voici que, ce même jour, deux d'entre eux faisaient route vers un village du nom d'Emmaüs, distant de Jérusalem de 60 stades,

[14] et ils conversaient entre eux de tout ce qui était arrivé.

[15] Et il advint, comme ils conversaient et discutaient ensemble, que Jésus en personne s'approcha, et il faisait route avec eux ;

[16] mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

[17] Il Leur dit : "Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant ?" Et ils s'arrêtèrent, le visage sombre.

[18] Prenant la parole, l'un d'eux, nommé Cléophas, lui dit : "Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui y est arrivé ces jours-ci" -

[19] "Quoi donc ?" Leur dit-il. Ils lui dirent : "Ce qui concerne Jésus le Nazarénien, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple,

[20] comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné à mort et l'ont crucifié.

[21] Nous espérions, nous, que c'était lui qui allait délivrer Israël ; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées !

[22] Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, stupéfiés. S'étant rendues de grand matin au tombeau

[23] et n'ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire qu'elles ont même eu la vision d'anges qui le disent vivant.

[24] Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses tout comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu !"

[25] Alors il leur dit : "O cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu'ont annoncé les Prophètes !

[26] Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ?"

[27] Et, commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Ecritures ce qui le concernait.

[28] Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin.

[29] Mais ils le pressèrent en disant : "Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme." Il entra donc pour rester avec eux.

[30] Et il advint, comme il était à table avec eux, qu'il prit le pain, dit la bénédiction, puis le rompit et le leur donna.

[31] Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent... mais il avait disparu de devant eux.

[32] Et ils se dirent l'un à l'autre : "Notre cœur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures ?"

 

Ce texte nous apprend beaucoup de choses sur Dieu et sur nous-mêmes.

En regardant d’abord Jésus qui prend l’initiative de la rencontre et qui rejoint ces deux personnes sur leur chemin, cela nous permet de prendre conscience que Dieu nous précède.

Bien avant de chercher Dieu, c’est Lui qui nous cherche. Bien avant d’aimer Dieu, c’est Lui qui nous aime et Il nous rejoint au cœur même de notre vie.

Il y a en Dieu un désir de relation, de communication avec nous, un désir d’amour. La foi, c’est prendre conscience de cela. Dieu me cherche, Dieu m’aime, chacun de nous est le désiré du cœur de Dieu, Dieu s’adresse à moi et me propose une relation d’amitié.

Une autre manière de le dire :

Dieu s’est engagé envers nous de manière définitive.

Dieu est définitivement pour nous, de notre côté, à nos côtés.

Il est le compagnon de nos vies, Il marche à nos côtés nous rejoint sur la route de notre vie.

 

En écoutant Jésus qui leur pose une question : «de quoi discutiez-vous en chemin ?» Nous découvrons aussi quelque chose de Dieu.

Dans l’Evangile, Jésus pose beaucoup de questions. Des questions ouvertes… Comme par exemple «Que veux-tu que je fasse pour toi ?»

En Jésus Dieu se révèle « maître en communication. » Il nous révèle un Dieu qui donne la parole, un Dieu qui écoute. La question de Jésus va les faire sortir de leur détresse. Grâce à Lui ils vont pouvoir dire leur espérance déçue, leur découragement, leur révolte aussi, libérer une parole. Ils sont écoutés par Jésus dans ce qui fait leur vie. Du coup ils vont devenir disponibles pour écouter à leur tour une parole révélatrice de sens.

Oui Jésus est vraiment maître ès communication.

A tel point que cet inconnu qu’ils n’ont pas encore reconnu, ils vont l’inviter à rester avec eux, avides de continuer le dialogue.

Ce faisant, Jésus nous révèle un Dieu qui n’exclut personne. Tous sont invités, accueillis, attendus. Il nous prend tels que nous sommes, là où nous en sommes. L’essentiel pour nous, pour que la relation avec Lui soit possible, c’est de désirer avancer avec Lui, c’est d’avoir un désir au cœur de mieux Le connaître, avoir un désir d’amitié.

 

Ce texte peut nous poser enfin une question impertinente (ou pertinente ! ), si nous consentons à penser…

Allons pas à pas :

1-Il nous est donné le nom de l’un des deux disciples : Cléophas.

2-Qui est le deuxième ? Toute l’iconographie nous a montré qu’ils étaient deux hommes. Mais rien ne prouve qu’il en soit ainsi. Ces deux pèlerins pouvaient être un couple, ou un frère et une sœur...

Donc le deuxième était peut-être une femme !

3-Comment reconnaissent-ils Jésus ? A la fraction du pain. Cela veut donc dire qu’ils étaient au dernier repas de Jésus, à la Cène.

4- Cela veut donc dire qu’à la Cène, il n’y avait pas que les 12 apôtres. Ils y avaient des disciples, comme Cléophas, des disciples, hommes et femmes.

5-Tous et toutes ont entendu ces paroles de Jésus : «Faites ceci en mémoire de moi».

6-Je laisse chacun-e tirer les conséquences de cela.

7-Voici ci-dessous une icône contemporaine où visiblement il s’agit d’un homme et d’une femme.

On peut la voir au monastère de Bose en Italie. Elle a été peinte par P.Riccomagno en style éthiopien

Emmaus-copie-1

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 23:27

Les sœurs du Cénacle sont présentes à Madagascar depuis plus de 50 ans. Actuellement elles sont une centaine réparties en une dizaine de communautés.

Voici le témoignage de Sr Arline. Elle nous raconte la célébration d’entrée en « 3ème an ».  Dans le cursus de formation des Sœurs du Cénacle, le 3ème an est la dernière étape avant l’engagement définitif.

 

J’aimerais partager avec vous mon expérience dans cette nouvelle étape de vie religieuse qu’on appelle 3ème An et qui prépare à l’engagement définitif.

Cette parole du Christ « Avance au large » anime ma vie depuis quelques années, et me pousse aujourd’hui à avancer, à aller en profondeur avec audace, car la vie nous réserve parfois bien des surprises !

La veille du 3 Mars dernier, j’ai pris un temps fort de prière pour relire ma vie : convaincue de ma redécouverte de cette Parole du Christ, j’ai senti que suivre le Christ n’est pas mon affaire personnelle mais une invitation à m’engager sérieusement dans la vie de l’Eglise et dans la vie de la Congrégation.

Pendant ce temps fort de prière, j’ai demandé à Dieu la grâce de fortifier en moi cette décision de risquer ma vie aujourd’hui, à suivre le Christ  pour toujours.

J’apprécie beaucoup l’importance et le sérieux de la formation à cette nouvelle étape. 

Le samedi 3 Mars 2012 était l’ouverture de la préparation, une belle cérémonie au cours de la Messe présidée par le Père Recteur du Petit Séminaire près de chez nous avec la communauté du Juvénat. La Sœur déléguée de la Province a dit un mot d’accueil en ouverture  soulignant l’importance et les caractéristiques de cette formation spéciale. Elle a ensuite présenté les 2 responsables de la formation qui dure 6 mois. Ces dernières ont exprimé chacune brièvement leur disponibilité à la confiance que la Congrégation fait à chacune d’elles.

Ensuite, ce qui m’a beaucoup interpelée dans cette cérémonie, c’est la signification du symbole de la bougie allumée tenue  par la première responsable de formation et qui m’a été  offerte en me disant : «  Aujourd’hui, et durant cette formation spéciale et tout au long de ta vie, que Dieu te comble de Sa grâce et de Sa lumière pour que tu sois  porteuse de lumière à tes sœurs  de la Congrégation et à tous ceux que tu rencontreras dans la vie ». Ensuite j’ai été invitée à distribuer aux sœurs présentes, des bougies  que j’ai allumées  avec la mienne.

En me tournant vers mes sœurs et exprimant ma devise « Avance au large », je partageais  ce que je ressentais en moi : ce jaillissement de disponibilité, de  joie, la formation offerte par la Congrégation, la grandeur de la mission du Cénacle « Faire naître de la vie dans ce monde où nous vivons ». Je me sens si petite  face à cela mais avec le Christ,  à qui j’ai donné ma parole,  j’avance au large, et je peux tout, comme dit Saint Paul dans une de ses épîtres.

Ce temps de formation est pour moi un temps d’expériences, comme une « école du cœur » pour se convertir, se renouveler, et grandir en Celui qui m’appelle sans cesse  à « avancer au large » et en profondeur. C’est encore un temps de grâce, de gratuité, de découverte,  mais aussi un temps de recherche personnelle, d’approfondissement et d’assimilation de tout ce que j’ai déjà acquis.

C’est aussi le temps d’un regard nouveau sur l’identité de la Congrégation et sur la vie fraternelle, avec l’aide de la responsable de formation notamment dans l’accompagnement.

Je peux dire que ma vision sur l’avenir me porte davantage  à « avancer au large » dans l’espérance.

                                          Arline Perle, Sœur du Cénacle malgache

 

 

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